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Le même et l'autre. Quarante-cinq ans de philosophie française (1933-1978)
Descombes Vincent
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Épuisé
EAN :9782707302557
Cette étude vise à délimiter le terrain sur lequel ont été préméditées les diverses tentatives ayant animé la scène de la philosophie française depuis quarante-cinq ans, sans prétendre pour autant offrir un tableau exhaustif de la philosophie pendant cette période : il s'agit d'abord de provoquer la discussion. Sur le thème " Le même et l'autre ", c'est-à-dire la dialectique, l'exposé commence en 1933, avec l'ouverture du cours d'Alexandre Kojève consacré à la Phénoménologie de l'esprit ; il se poursuit par la présentation des figures qui, de l'Humanisme de l'après-guerre au Perspectivisme des années soixante-dix, en passant par les Structures de 60 et les Désirs de 68, ont successivement représenté la philosophie sur la place publique. Ainsi sont principalement examinées les positions de Sartre et de Merleau-Ponty, des premiers structuralistes, de Foucault, d'Althusser, de Serres, de Derrida, enfin de Lyotard et de Deleuze.
On a souvent considéré qu'une philosophie de l'esprit devait choisir parmi les traits distinctifs du mental celui qu'elle retiendrait pour le mettre en relief. Il ne serait pas possible de faire place dans une même philosophie aux trois faits majeurs : l'intentionnalité du mental (on discerne les pensées de quelqu'un en disant à quoi il pense), le holisme du mental (impossible de concevoir un état d'esprit isolé du tout d'une vie mentale), la part impersonnelle du mental (les acteurs ne manifestent pas seulement des capacités mentales attachées à leurs personnes respectives, mais aussi des manières de penser communes, des institutions de sens formant ce qu'on appelle un esprit objectif). Ainsi, les théories intentionalistes de l'esprit ont généralement exalté le sujet aux dépens des totalités symboliques, tandis que les théories des structures de l'esprit ont paru faire de l'acteur un simple figurant sur la scène du signifiant. De tels partis pris signalent l'échec de bien des philosophes à concevoir clairement les conditions d'une analyse holiste des phénomènes de l'esprit. Ce livre utilise les ressources analytiques de la logique des relations de C.S. Peirce pour développer une conception holiste de l'intentionnalité de l'esprit (tant subjectif qu'objectif). Ce faisant, il introduit, par l'analyse d'exemples plutôt que par un simple survol historique des doctrines, aux problèmes discutés dans les grandes philosophies de l'esprit de ce temps : phénoménologie, individualisme, structuralisme, pragmatisme.
L'énonciation du vrai est-elle possible Le montrer revient à traiter de ce qu'il est convenu d'appeler l'inconscient. Celui-ci est souvent représenté comme une affaire de mauvaise volonté: on ne veut pas savoir, on ne veut pas dire. Mais l'hypothèse selon laquelle celui qui parle veut dire ce qu'il dit est celle de l'omniscience. L'inconscient n'est pas ce qu'on ne veut pas dire, mais ce qu'on ne sait pas direExposer le concept d'inconscient appartient à la théorie de l'énonciation, si une telle théorie est possible. Elle l'est, si on peut montrer comment s'y est pris celui qui parle de l'énonciation pour dire ce qui arrive, non seulement à celui dont il parle, mais encore à lui-même qui en parle Biographie de l'auteur Vincent Descombes est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il a récemment publié Le complément du sujet (Gallimard, 2004)
Comment la philosophie doit-elle traiter de l'actualité ? De tous côtés, on invite les philosophes à se prononcer sur le sens de l'époque. Mais en quoi un philosophe serait-il plus qualifié que d'autres pour rédiger l'éditorial de votre journal quotidien ? En réalité, la notion d'un " discours philosophique de la modernité " doit être rejetée. Le sujet de la modernité appartient aux écrivains, aux critiques des m?urs, aux sociologues de l'individualisme. C'est d'ailleurs ainsi que Baudelaire l'entendait dans ses pages sur la poésie de la vie moderne. A la racine des confusions sur le sens philosophique du temps présent, il y a une assimilation abusive du moderne au rationnel. Ceux qui ont posé cette équivalence ont été partout placés devant un paradoxe : le rationnel tel qu'ils le définissent ne parvient plus à se distinguer de l'arbitraire que par une différence elle-même arbitraire. Position connue aujourd'hui sous le nom générique de " post-structuralisme ". Il appartient maintenant aux philosophes de concevoir autrement les principes de la raison, de façon à éviter l'outrecuidance d'en réserver l'intelligence à la disposition légitime aux seuls citoyens du monde moderne.
Le XXe siècle philosophique a été traversé, en Europe, par la querelle du sujet. On en connaît les grandes étapes: le tournant idéaliste de la phénoménologie et la réaffirmation d'une orientation cartésienne de toute la philosophie (Husserl); l'essai d'une radicalisation existentielle (le l'idée du rapport à soi (Heidegger et Sartre); la démystification structuraliste qui fit (lu sujet une illusion d'optique ou un effet de langage; le dépassement des philosophies classiques de la conscience dans un dialogisme (Habermas). les travaux de restauration herméneutique d'un sujet rendu frugal par l'accent porté sur sa finitude, son historicité, sa dette (Gadamer, Ricoeur). La guerre est finie. Les adversaires du sujet lui font une place à la condition que, tirant les leçons de l'expérience humaine, il soit divisé, fragmenté, souvent opaque à lui-même, voire impotent. Les tenants du sujet en conviennent, à la condition que l'idée n'en soit pas tenue pour illusoire. Tous concluent que le sujet avait été conçu, à tort, comme doté de deux attributs auxquels il n'avait pas droit: la transparence et la souveraineté. Mais aussi due le sujet réformé peut et doit conserver sa place architectonique dans notre conception générale du monde et notre propre statut cosmologique. Telle est la grande illusion de la philosophie morale, politique ou de la cognition. Car il n'est pas certain qu'aujourd'hui la philosophie puisse dire ce qu'elle entend par sujet. Sauf à revenir à la conception élémentaire, syntaxique, de complément du verbe, de sujet d'un agir soi-même. Ce sont là les raisons comme les enjeux de l'ébranlement qu'entreprend ce livre.
Classeurs classés par leurs classements, les sujets sociaux se distinguent par les distinctions qu'ils opèrent - entre le savoureux et l'insipide, le beau et le laid, le chic et le chiqué, le distingué et le vulgaire - et où s'exprime ou se trahit leur position dans les classements objectifs. L'analyse des relations entre les systèmes de classement (le goût) et les conditions d'existence (la classe sociale) qu'ils retraduisent sous une forme transfigurée dans des choix objectivement systématiques ("la classe") conduit ainsi à une critique sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociale du jugement qui est inséparablement un tableau des classes sociales et des styles de vie. On pourrait, à titre d'hygiène critique, commencer la lecture par le chapitre final, intitulé Eléments pour une critique "vulgaire" des critiques "pures", qui porte au jour les catégories sociales de perception et d'appréciation que Kant met en oeuvre dans son analyse du jugement de goût. Mais l'essentiel est dans la recherche qui, au prix d'un énorme travail d'enquête empirique et de critique théorique, conduit à une reformulation de toutes les interrogations traditionnelles sur le beau, l'art, le goût, la culture. L'art est un des lieux par excellence de la dénégation du monde social. La rupture, que suppose et accomplit le travail scientifique, avec tout ce que le discours a pour fonction ordinaire de célébrer, supposait que l'on ait recours, dans l'exposition des résultats, à un langage nouveau, juxtaposant la construction théorique et les faits qu'elle porte au jour, mêlant le graphique et la photographie, l'analyse conceptuelle et l'interview, le modèle et le document. Contre le discours ni vrai ni faux, ni véritable ni falsifiable, ni théorique ni empirique qui, comme Racine ne parlait pas de vaches mais de génisses, ne peut parler du Smig ou des maillots de corps de la classe ouvrière mais seulement du "mode de production" et du "prolétariat" ou des "rôles" et des "attitudes" de la "lower middle class", il ne suffit pas de démontrer ; il faut montrer, des objets et même des personnes, faire toucher du doigt - ce qui ne veut pas dire montrer du doigt, mettre à l'index - et tâcher ainsi de forcer le retour du refoulé en niant la dénégation sous toutes ses formes, dont la moindre n'est pas le radicalisme hyperbolique de certain discours révolutionnaire.
Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en "dons" personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.