Historiens, architectes, urbanistes ont contribué très largement à la connaissance de Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier, qui, par la place phare qu'il a occupée dans la production architecturale, artistique et urbanistique mondiale, ne laisse personne indifférent. Cependant le bilan social des réalisations de ce grand architecte n'a que très rarement fait l'objet d'une expertise sociologique. Comment vit-on dans l'architecture de Le Corbusier? Quelles implications ses conceptions urbanistiques ont-elles eues sur la vie des habitants? L'architecture moderne a-t-elle répondu à ses promesses ainsi qu'aux attentes de ses utilisateurs? Deux ans d'enquête auprès des habitants de la Maison Radieuse de René, une des cinq unités d'habitation de grandeur conforme réalisées par Le Corbusier, ont permis de confronter les conceptions de l'architecte à la réalité des pratiques habitantes. L'étude explore les modes de vie, les choix résidentiels, les aménagements, les sociabilités, les rapports à l'environnement paysager et urbain dans une perspective de comparaison avec les projets et les théories de Le Corbusier. Elle invite à entrer à l'intérieur d'une unité pour comprendre comment on y a vécu pendant ces cinquante dernières années et comment on y vit encore au quotidien. La recherché met en évidence le rapport identitaire des habitants à la Maison Radieuse, voire à l'architecture et à -l'architecte; elle montre comment les grandes transformations sociales et économiques du XXe siècle rencontrent ce projet avant-gardiste; elle souligne les évolutions d'un habitat social stigmatisé comme tel et cependant classé au titre des Monuments Historiques. Biographie de l'auteur Sylvette Denèfle et Sabrina Bresson (Citeres-Université François Rabelais), Annie Dussuet (GTM-Université de Nantes) et Nicole Roux (ARS-Université Bretagne Occidentale), sociologues, ont collaboré pour cette recherche, financée par le ministère de la culture de la mairie de Rezé.
Flahault Erika ; Couppié Thomas ; Denèfle Sylvette
En quelques décennies, les progrès accomplis par les femmes en matière d'accès à l'éducation et à l'emploi ont été immenses. Les filles sont à présent plus nombreuses que les garçons dans l'enseignement secondaire et supérieur et y obtiennent de meilleurs résultats. Les femmes représentent 46,5 % de la population active et leur présence sur le marché du travail relève aujourd'hui de la norme sociale. Cependant, les inégalités restent tenaces en matière de niveau de salaire, de perspectives de carrière, d'exposition au chômage et à la précarité. Dans un contexte où les jeunes hommes et femmes rencontrent toujours plus de difficultés pour accéder rapidement à un emploi stable et où l'instauration du nouveau Contrat Première Embauche laisse craindre une dégradation des conditions générales d'insertion des jeunes, qu'en est-il de la situation des femmes ? Quelles épreuves et difficultés spécifiques jalonnent leurs parcours d'insertion ? Comment affrontent-elles ces inégalités, voire ces discriminations ? Cet ouvrage montre que si les femmes sont effectivement victimes de formes particulières de précarité, elles savent parfois les contourner au moyen de solutions individuelles. Finalement, une minorité de femmes parviennent aux mêmes postes que leurs collègues masculins après avoir suivi les mêmes formations, tirent parti des statuts singuliers qui pour d'autres catégories de femmes riment inexorablement avec précarité et dépendance, obtiennent des rémunérations et une reconnaissance dignes de leurs efforts. Mais ces parcours sans faute, toujours plus nombreux, côtoient une multiplicité de situations de femmes qui peinent à accéder aux emplois pour lesquels elles ont été formées, aux mêmes conditions de statut et de travail, au même salaire que leurs collègues masculins. Pourtant, au-delà des difficultés pointées, les constats prometteurs ne manquent pas. Les femmes qui entrent ou reviennent sur le marché du travail ne subissent pas passivement les discriminations. Si leur marge de man?uvre est souvent limitée, elle est toujours investie et donne lieu à des stratégies innovantes.
Les villes modernes sont en apparence des lieux de liberté, de mixité que chacun utilise à sa guise. Les projets de ville sont projets de vie meilleure, voire de société nouvelle, souvent d'égalité. Pourtant l'étude de leurs fondements historiques, de leurs évolutions, de leurs projets politiques montre que, tout en étant créatrices de pratiques nouvelles et porteuses d'innovation, les villes sont fondamentalement le reflet des normes sociales dominantes. Et dans les sociétés actuelles, femmes et hommes n'avancent pas du même pas alors même que le Droit les y engage. Comment ce dilemme s'est-il inscrit dans l'espace urbain ? Comment changer la vie en changeant la ville ? Comment rêver, projeter, réaliser des villes où règne l'égalité entre les habitants, citoyens et citoyennes ? Quels rêves d'égalité, de mixité, de séparation, de domination se sont inscrits dans l'espace des villes ? Quels projets ont été assez prégnants pour connaître des formes de réalisation ? Quelles utopies ont échoué sur la plage des chimères ? Quels temps ont porté des conceptions féministes assez fortes pour modifier les rôles de sexe, pour donner aux femmes une place d'individues à part entière ? C'est à partir de ces interrogations que nous avons porté attention aux dimensions féministes des expérimentations urbaines. Nous avons regardé les projets anciens et ceux qui sont expérimentés aujourd'hui pour comprendre comment les normes sociales de sexe s'affichent dans les villes, comment lieux et genres interagissent dans leur construction sociale simultanée et pour saisir enfin la sexualité comme vecteur fondamental de l'utopie socio-urbaine. Utopies féministes et expérimentations urbaines réunit des réflexions et des analyses sur la place des femmes et des hommes dans la ville et sur les projets urbains égalitaires, utopistes ou réalisés, qui veulent changer les rapports entre les sexes.
Quels sont les rapports qu'entretiennent les femmes marocaines avec leur ville ? Quelle est la place réelle qu'elles occupent dans les espaces public et privé ? Comment la ville de Rabat, capitale moderne, ouverte sur l'Occident porte-t-elle la modernité des femmes ? Cet ouvrage se propose de répondre à toutes ces questions et il entend montrer l'évolution de la place des femmes à travers l'analyse de l'espace (la ville et le logement] tel qu'il est vécu, utilisé et pratiqué par les femmes. En effet, le contexte urbain révèle et reproduit les inégalités entre les sexes et nous montre comment chacun des deux sexes vit la ville à sa manière et s'y comporte selon les normes et les valeurs qu'elle lui dicte. Il est intéressant d'analyser la particularité de l'occupation et de l'organisation de l'espace par les femmes. Il s'agit aussi d'explorer leurs actions et leurs compétences pour gérer l'espace domestique, leurs stratégies résidentielles et familiales et de voir les ressources ou les stratégies de contournement et de détournement auxquelles elles ont recours pour arriver à leurs fins, ainsi que les différents changements qu'elles inscrivent dans la vie sociale.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la liberté de conscience a été conçue, en latin et dans une poignée de langues européennes, comme une possibilité de croire, de changer de croyance ou de ne pas en avoir. Elle a ainsi reçu une acception distincte de celle de la liberté religieuse ou de la liberté de religion. Lors de son inscription dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée sans vote négatif par l'assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948, ce droit individuel a néanmoins suscité des réserves ou oppositions qui ont empêché sa déclinaison constitutionnelle par des Etats membres. Une génération plus tard, la contestation de la liberté de conscience s'est trouvée renforcée au nom de la reconnaissance de sensibilités culturelles différenciées, au nom d'une lutte contre l'apostasie - parfois associée au blasphème ou à l'insulte contre des religions - ou au nom de la défense de l'unité d'un corps. Cette enquête historique s'inscrit dans le temps long des sociétés humaines. Etablie sur des sources linguistiques diverses, elle vise à saisir l'émergence d'une notion au sein de communautés spécifiques, du Bassin méditerranéen à la Chine et à l'Amérique, à comprendre les motifs d'adhésion et de rejet formulés par plusieurs centaines d'auteurs, à déterminer les modalités d'expansion de cette liberté, de sa traduction dans des langues qui n'en avaient pas dessiné les contours, ainsi qu'à appréhender les ressorts des remises en question contemporaines. Explorant, entre autres, les registres de la philosophie, de la théologie et du droit, cette recherche met en exergue la force et la fragilité d'une des libertés fondatrices de la modernité, historiquement située, louée ou décriée. Préface de Yadh Ben Achour