Au Second âge du Fer, les sphères funéraire, domestique et cultuelle sont mêlées. Chez les Sénons comme chez les Parish, aux marges picardes comme en Champagne, en parallèle de petits ensembles et de vastes nécropoles, la présence d'os humains, de sépultures et de dépôts domestiques est lourde de sens quant à des pratiques peu figées mais lisibles. Le questionnement concernant la présence de squelettes et/ou de fragments anatomiques humains et animaux dans des structures d'ensilage s'enrichit de nouvelles hypothèses, suggérant non plus un rejet injurieux de ces cadavres, mais leur participation réglementée à l'élaboration d'offrandes souterraines via un séjour dans une structure de stockage. Ces communautés agricoles voient leur survie adossée aux modalités de stockage et le silo devient l'enjeu d'un échange saisonnier entre les hommes et l'invisible des forces souterraines. Dans une lecture plutôt pacifique, les cadavres e en décomposition " semblent invoquer les forces de fertilité/fécondité. Si les observations s'accordent sur le sacrifice animal, les indices indiscutables lisibles sur l'humain exaltent le e travail " sur l'os sec ou frais préalable à une mise en scène ritualisée des pièces osseuses qui, parfois, e réintègrent " l'habitat à des fins d'exposition et de commémoration ancestrale. Ces morts réifiés, détournés de la nécropole participent, au môme titre que des animaux sélectionnés et que certains cortèges de mobiliers, aux prémices de la mise en place d'une e religion ", de lecture plus accessible lorsqu'elle sera pratiquée dans des sanctuaires collectifs et non plus seulement au sein de la sphère domestique.
Quel était le quotidien d'un individu handicapé ? Etait-il pris en charge par les siens ? Rejeté ? Soigné ? Accompagné ? Appareillé ? Aujourd'hui, les progrès de l'archéologie permettent une lecture de plus en plus précise de cette prise en charge des infirmes, des " corps différents ", des estropiés, des faibles ou des malades. Et une réflexion collective sur l'accueil de la différence dans les sociétés qui nous ont précédés... qui peut nourrir les débats actuels sur la place du handicap dans nos sociétés contemporaines.
Quand il présente Fenêtre sur cour en 1954, Alfred Hitchcock jouit d'une popularité croissante, bien que la critique peine encore à le prendre au sérieux. Le film est tourné en un lieu unique, un défi séduisant pour le réalisateur qui confirme son inventivité en matière de mise en scène, de montage et d'utilisation de la musique. L'intrigue, quant à elle, offre une dimension subversive évidente : le spectateur se trouve dans la position du héros-voyeur, et tous deux sont déçus quand ils pensent qu'il n'y a pas eu meurtre ; en finissant par assouvir leurs désirs macabres, Hitchcock joue ainsi avec leurs sentiments. Il contourne également la censure, l'épilogue n'étant qu'une façade, au même titre que les murs en briques des immeubles du décor. Comme la caméra qui dépasse le cadre strict de la fenêtre de l'appartement de Jeff dès la scène d'ouverture, cet essai se propose d'étudier ce classique à la lumière des autres réalisations du cinéaste, afin de montrer combien Fenêtre sur cour peut être envisagé comme une synthèse de son oeuvre, périodes anglaise et américaine confondues.
La psychomécanique du langage, fondée par G Guillaume (1883-1960), a longtemps suscité des études consacrées à l'histoire des langues (en particulier du français), et a parfois été tenue pour une linguistique fondamentalement diachronique. Cependant, aucune synthèse n'avait encore été consacrée à l'exposition des conceptions guillaumiennes de la diachronie et du changement linguistique. La linguistique diachronique suscitant un regain d'intérêt sans cesse croissant, c'est cette lacune que le présent ouvrage vise à combler, en réunissant l'ensemble des propositions théoriques de Guillaume relatives à la diachronie. S'il présente la diachronie telle qu'elle est développée dans le cadre conceptuel de la psychomécanique du langage, l'ouvrage vise également à confronter cette théorie aux propositions du paradigme du changement linguistique, et à mesurer ainsi les points d'accord et les singularités de chacune de ces deux approches de l'histoire de la langue.
Traditionnellement, le monde de la vigne et du vin se caractérise par une apparente permanence, une continuité régulée par une histoire sans heurts, fruit d'un savoir-faire millénaire transmis d'une génération à l'autre. Pourtant, derrière cet immobilisme de façade, se cache une histoire mouvementée. Ainsi, cet ouvrage, qui réunit les contributions d'une vingtaine de spécialistes internationaux, propose de revenir sur trois siècles, décisifs et encore peu explorés, d'identification, de construction et de régulation des territoires de la vigne et du vin. Au prisme d'un regard pluridisciplinaire, ce recueil montre comment, du XVIIIe au XXIe siècle, différents acteurs ont pu décrire, réguler, organiser des territoires vitivinicoles aussi différents que ceux de Bourgogne, de Champagne, de Nouvelle-Zélande, du Chili ou encore de Rioja. Replaçant l'homme au coeur de cette construction historique et sociale qui, au XXe siècle, va consacrer l'idée même de terroir auprès de l'oenophile, cet ouvrage invite plus largement à jeter un regard durent sur les sociétés contemporaines et leur passé.