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Dressing
DeForge Michael ; Pellegrino Daniel ; Gouveia Robe
ATRABILE
18,00 €
Épuisé
EAN :9782889230402
On aurait sans doute tort de considérer Michael DeForge comme un dessinateur purement de voué au bizarre, un obsédé du glauque et un apôtre du malsain. Certes certes certes, le prodige canadien s'aventure souvent dans des recoins bien sombres, et n'a pas peur de jouer avec les aspects les plus monstrueux de l'être humain ; mais ce qui fait que le travail de DeForge est parfois dérangeant tient moins d'une volonté superficielle de se complaire dans le "trash" que d'une certaine faculté à toucher là où ça fait mal, la ou gît une vérité peu agréable a entendre. Cette vision du monde, parfois peu amène, parvient au lecteur dans une forme sans cesse renouvelée, le trait s'adaptant au sujet et aux ambitions de chaque histoire. DeForge n'est pourtant pas qu'un pur formaliste, et il faut souligner son travail sur la narration, son vrai talent d'écriture et son attachement aux mots. Toutes ces qualités, on les retrouve dans Dressing. A l'image de certains écrivains orfèvres de la nouvelle plutôt que du roman fleuve, DeForge excelle dans les histoires dites courtes, des récits de quelques pages aux situations souvent kafkaîennes, traversées de personnages victimes des circonstances, ignorant jusqu'au bout le pourquoi de leur destin ; des histoires courtes aux décors changeant - Mars, le Po le Nord, une chambre d'hôtel, l'intérieur d'une tête, une jungle emplie d'animaux armes - mais qui disent bien plus qu'il n'y pourrait paraître toutes les blessures et les perversions de âme humaine.
Résumé : "Année après année, nos corps devenaient de plus en plus optimisés. Mais optimisés comment ? Il était impossible de le dire. Nos villes aussi avaient été optimisées, au point de devenir des machines minutieusement réglées et extrêmement efficaces. Mais efficaces comment ? " Marchant sur les traces d'un Georges Orwell ou d'un Aldous Huxley, Michael DeForge décrit dans Un Visage familier une dystopie inquiétante, un monde futuriste où règne une forme de dictature de la technologie. Dans ce monde, les routes, les villes, mais également leurs habitants, sont régulièrement "updatés" ; d'un jour à l'autre les immeubles changent de forme et place, les chemins ne mènent plus aux mêmes destinations, et les êtres humains se réveillent avec des visages différents, des côtes en moins ou des jambes en plus. Le livre suit plus particulièrement une employée du gouvernement (et narratrice du livre), qui travaille au département des plaintes ; son seul rôle est de les lire, n'y apportant ni réponse, ni solution, comme si le simple fait de fixer un écran signifiait que "quelqu'un s'en occupe" . Le lendemain d'une optimisation, la compagne de l'employée a disparu sans laisser de trace - est-elle partie volontairement, ou a-t-elle été victime d'une optimisation ? A la recherche d'un signe, dans une étrange ambiance de paranoïa, ce que découvre la narratrice, c'est que quelque part, il y a encore un peu de colère, d'indignation dans ce monde sans âme, et que la colère gronde... Michael DeForge excelle dans la description d'univers à la logique interne déroutante, et sa description d'une société outrageusement efficace, déshumanisée, fait froid dans le dos autant qu'elle stimule l'esprit, comme une mise en garde dénuée de moralisme. Le trait organique de DeForge, sa palette de couleur acidulée et son sens de l'humour viennent parfaire ce récit qui navigue entre pur récit de science-fiction et pamphlet politique. La liberté avec laquelle l'auteur canadien aborde le dessin ne doit tromper personne : DeForge est un narrateur hors pair, et sans doute une des meilleures choses qui soient arrivées à la bande dessinée durant cette dernière décennie.
Le titre de poète cosmique va comme un gant à Eschyle. Il est cosmique par son oeuvre immense (90 drames, selon la Souda) : le point est fait sur L'Eschyle perdu. Il est cosmique, parce que le monde est présent sur la scène de son théâtre : l'étude est menée à travers le thème structurel. Il est cosmique par la permanence et la transcendance du Divin c'est la religion d'Eschyle qui est cernée, les personnes des dieux, les dieux dans l'âme humaine, les dieux source de tout. Eschyle est le poète d'une ontologie panthéiste et d'une unité cosmique qui s'inscrivent dans la chaîne continue des enseignements ésotériques. Il faut refuser les approches dichotomiques qui, en général, marquent les études eschyliennes : justice-injustice, pessimisme, optimisme. Le cosmos d'Eschyle est le Tout. Les souffrants sont les élus. Les Erinyes sont les Euménides. Bernard Deforge est professeur de langue et de littérature grecque à l'université de Caen où il dirige le Centre de Recherches sur l'Antiquité et les Mythes (CERLAM). Il a publié aux Belles Lettres, dans la même collection, Le commencement est un dieu. Le Proche -Orient, Hésiode et les mythes et Le Festival des cadavres. Morts et mises à mort dans la tragédie grecque.
Résumé : A l'instar de En toute simplicité ou Dressing, Le Paradis pas l'enfer se présente comme un généreux recueil d'histoires courtes, forme dans laquelle excelle Michael DeForge. Ici chaque nouvelle est un joyau ciselé, avec son propre univers graphique, son propre ton, sa propre écriture, et ses propres enjeux : dans Jeu de rôle, des rôleurs ont poussé l'usurpation jusqu'au point de non-retour ; dans L'Heure du jugement, chacun peut faire ce qu'il veut pendant 24 heures - vraiment ; dans Un Amour d'astronaute, deux personnages isolés vivent un crush spatial exclusif, platonique, et mortel ; Un de mes étudiants est un meurtrier... mais lequel ? met en scène une enquête faussement naïve en milieu scolaire ; dans Mon nouveau beau-père est un insecte répugnant et je le déteste, le beau-père du titre est réellement un insecte ; dans Album, un personnage feuillette un album de photos issues du passé, mais aussi du futur ; dans Progéniture, un couple explore une application qui leur fait découvrir comment sera leur futur enfant, dans tous les détails... Malgré le côté disparate des sujets abordés et des styles employés, la sauce prend pour former un tout cohérent, grâce à des études de personnages fines et détaillées, une vision incisive du monde, et un humour mordant, voire carrément vachard, caractéristiques de DeForge. Chaque nouveau livre de Michael DeForge doit être considéré comme un cadeau de la vie, car il participe à sa manière à rendre le monde un peu plus beau (ou un peu moins moche). Alors merci Michael ! Michael DeForge est un dessinateur canadien, connu entre autres choses pour son implication dans le design d'Adventure Time - mais c'est surtout l'un des auteurs les plus inventifs et prolifiques du moment. Artiste multi-primé en Amérique du Nord, il a reçu le Prix de l'Audace à Angoulême en 2022 pour Un Visage familier.
Biographie de l'auteur Pierre Oscar Lévy est un documentariste à la carrière déjà bien fournie. On citera, entre autres films, la série de documentaires sur la grotte Chauvet, Premier Convoi, Georges Perec - Un parmi eux, ou encore Je sais que j'ai tort mais demandez à mes copains, ils vous diront la même chose (Palme d'or du court-métrage en 1983). C'est à travers le projet d'une adaptation cinématographique de Pilules bleues qu'il va rencontrer Frederik Peeters. Château de Sable est son premier scénario pour la bande dessinée. Frederik Peeters n'a eu de cesse de se remettre perpétuellement en question et semble décidé à n'être jamais là où on pourrait l'attendre, comme le prouve sa bibliographie, de Pilules bleues à Pachyderme, en passant par Lupus, RG ou Koma, et comme le confirme aujourd'hui Château de Sable.
Résumé : Rita doit bien se rendre à l'évidence : il y a déjà quelqu'un dans ce T1. Les signes sont là, la présence de la "chose" est indéniable, il faut mettre de côté sa raison, et accepter l'existence du plus étrange des ce co-loc : Mauk ! Pourtant Mauk n'est pas facile à trouver, sa forme incertaine, sa faculté à se cacher, son mutisme en font - dans un premier temps en tout cas - une créature plutôt discrète. Puis Mauk se met à parler, et à discuter même... Entre le parasite récalcitrant et la jeune architecte, la relation évoluera lentement mais sûrement, de houleuse à plus complice, quand ils se rendront compte de ce qui les lie plutôt que camper sur ce qui les sépare. Avec un sens du rythme et de la narration indéniable, un graphisme tout en rondeur et des couleurs acidulées, Louise Aleksiejew nous offre ici une comédie douce-amère en forme de réflexion sur la solitude et l'amitié, mais aussi sur la puissance de nos rêves - ceux qui hantent nos nuits mais aussi ceux qui nous guident et nous font avancer loin des compromissions et aux plus proches de nos vraies inspirations. Louise Aleksiejew est artiste plasticienne et autrice de bande dessinée ; on a pu l'apercevoir dans Ink Brick (2015, 2016), Kus ! (2017), Francette (Une autre image, 2018) ou encore Gros Gris (2019). Mauk est son premier livre.
Johnnychrist : derrière ce nom, plein de promesses, se cache le nouveau projet de Moolinex et Aurélie William Levaux, un livre réalisé à plusieurs mains, un travail singulier et sans réel équivalent. Car dans ce grand format tout en couleurs, Aurélie William Levaux et Moolinex se sont comme fondus en une troisième personne, le Johnnychrist du titre, artiste inclassable et personnalité borderline, et inventeur d'un mouvement (dont il semble être le seul membre), le PRISME. Ce personnage complexe, dans la peau duquel se sont glissés les deux auteurs (et dont le livre dresse un portrait en creux), produit alors une oeuvre flirtant perpétuellement avec le ringard et le beau, le mauvais goût et la recherche. Perclues d'obsessions et de visions affolantes, les images offertes ici font parfois rire, mettent aussi mal à l'aise, et, par leur étrange radicalité, obligent toujours le lecteur à prendre position - car en allant loin, très loin, repoussant dans ses derniers retranchements des notions comme le goût, alors, comme par magie, Johnnychrist touche au beau. "L'art c'est beau disait Alphonse Daudet, Et il a pas tort, dit Johnnychrist par l'intermédiaire du PRISME".
Edimbourg, début du XXe siècle. Charles Hamilton a tout pour être heureux : un confort financier qui le met à l'abri du besoin, des nuits bien remplies et des journées oisives juste ce qu'il faut. Et pourtant, après la fête, c'est la descente. Victime de troubles de l'humeur, de hauts et de bas, Charles Hamilton se sent en alternance. Déçu par l'amour, Charles est néanmoins père d'une petite Sophia, mais ne voit pas là de quoi combler ce vide existentiel qui l'habite. Ce qu'il lui faudrait c'est un exemple - un maître, un sage, là, au fond de son jardin. En s'inspirant de l'histoire (réelle) de Charles Hamilton et de son "ermite ornemental" , Gabrielle Piquet traque des maux bien modernes - recherche d'un bien-être perpétuel, positivisme à tout crin - et nous interroge sur cette dictature du bonheur qui voudrait éradiquer de nos vies toute forme d'aspérité, comme si la vie ne pouvait, ne devait être que réjouissance et béatitude. On retrouve dans La Mécanique du Sage toutes les qualités qui faisaient déjà le charme de La Nuit du Misothrope : un dessin aux influences retro tout en élégance, une écriture mélodieuse d'une grande finesse, avec un prime une touche d'ironie et un humour pince-sans-rire du plus bel effet.