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En découdre avec le pré sur Philippe Jaccottet
Crépu Michel
CREPUSCULES
12,00 €
Épuisé
EAN :9782918394211
C'EST Mongin, de la revue Esprit, qui m'a amené à Jaccottet. Il avait lu les Onze études sur la poésie moderne de Jean-Pierre Richard. Fameux volume, un fleuron de la collection Pierres Vives aux grands beaux jours des éditions du Seuil. Je connaissais un peu Richard qui était assez en faveur à Censier, mais moins que Genette dont nous vénérions les trois volumes des Figures - le volume III surtout. Richard, j'avais lu son Proust et le monde sensible, il vivait dans un petit appartement près de la rue Claude Bernard, sa voix était flûtée, il semblait amusé par tout ça. Il s'intéressait à tout le monde, à Jaccottet, à Bonnefoy, à Dupin, d'autres encore, des seconds couteaux qu'il respectait comme les autres. Il s'en moquait d'être un gourou de la scène intellectuelle ou un tocard suspect de phénoménologie spiritualiste. Jaccottet m'était tout à fait inconnu. Mongin m'avait dit: «prends La Semaison» avec une de ses mimiques familières quand il se redressait de tout son long en arrière du fauteuil et qui signifiait: «Il n'y a pas de moyens humains pour dire la sublimité de cette chose, je ne sais pas ce que vous faites ce soir mais moi je jette l'éponge.» Je «pris» donc La Semaison et j'entrais ainsi dans cette oeuvre qui ne m'a pas quitté depuis.À cette époque, nous étions vers 1978, je me nourrissais essentiellement de Joyce et Beckett. C'était une façon comme une autre d'habiter les extrêmes. Il me semblait que l'on ne pouvait pas aller plus loin. Et par conséquent, c'était là, selon moi, qu'il fallait vivre. Jaccottet m'ouvrit une autre porte dont je ne soupçonnais pas l'existence. Quelqu'un écrivait de la poésie, il commentait celle des autres. Un intercesseur, un transmetteur: sans lui, jamais je n'eusse lu ni Hölderlin, ni Rilke, ni Leopardi, ni Ungaretti, tant d'autres, en tout cas pas ainsi. Cette lecture fut pour moi une révélation. Il y avait donc, en dehors du prisme sublime Joyce-Beckett un royaume fréquentable et qui ne se confondait point avec le Nouveau Roman. Par fréquentable, je veux dire: où l'on était assuré de rester un moderne. Il faut voir, tout de même, que nous vivions alors sous le régime d'un structuralisme qui dominait le surmoi universitaire. J'écris cela d'autant plus tranquillement que je n'ai - une chance - aucun compte à régler avec cette période de l'histoire de nos lettres. Avoir affaire à Roland Barthes, ce n'était tout de même pas la même chose que d'assister à l'extermination de la littérature par les jdanoviens de l'Éducation Nationale.La lecture de Jaccottet, en surprenant contrepoint de cette sévérité marxiste-structuraliste, c'était la preuve écrite que l'on pouvait, sans déchoir, se déplacer dans la modernité littéraire avec d'autres compagnons. D'autres «livres» devrais-je plutôt dire: le mot «livre» ayant été, toutes ces années, un mot tellement sésame, si symbolique de tout ce qu'il pouvait y avoir de plus précieux ici-bas. My God, que serait-il advenu de nous si les livres n'avaient pas été là? J'écris le mot «livres», j'ai failli, je l'avoue, écrire le mot «guides» et je me suis retenu à temps. Ni Hölderlin, ni Goethe, ni Rilke, pour citer trois Allemands chers au coeur de Jaccottet ne furent, à aucun moment, des «guides». Des livres en beauté, dirais-je plutôt et qui ne demandaient qu'à ouvrir pour nous la salle aux trésors. Et Jaccottet était l'homme qui avait les clés comme on le dirait du vieux curé à qui l'on demande le trousseau pour la visite du moutier. (Comparaison inadéquate, à vrai dire: Jaccottet ayant toujours été au contraire stoïquement conscient qu'il ne pouvait pas, pour des raisons hautement métaphysiques tout à fait justifiées, faire le «vieux curé.») Peu d'écrivains ont, comme lui, choisi au contraire d'assumer la malédiction propre au poète moderne de ne pouvoir être un «curé» de substitution, ni même un «mage romantique» pour reprendre une expression chère à Paul Bénichou. Malédiction ou privilège? Les deux bien sûr, sans qu'on sache jamais distinguer l'un de l'autre, comme il arrive parfois que «le masque soit plus vrai que le visage». (cf. «Parler» dans A la lumière d'hiver). (...)
Résumé : Editorial : La Revue, La littérature et la rentrée littéraire Chronique : Michel Crépu, Artaud et les post-modernes Ouvertures : Antonin Artaud, Lettres inédites Christine Angot, Conférence à New York David Foster Wallace, Quelques remarques sur la dimension comique de Kafka, qui auraient pu être écourtées Contemporains : Grégory Schneider, Didier Deschamps l'obscur Jean-Noël Orengo, En dollars et en français (Premier épisode : Mourir comme Marlowe)Linda Lê, La vie par effraction (Rodanski, Prevel, Giauque)Entretien : Eugène Savitzkaya - Michel Crépu, Une rencontre avec Eugène Savitzkaya Eugène Savitzkaya, Fragments pour un Pinocchio dionysiaque Arts : Magali Lesauvage, Michel Leiris, dans le miroir Alexandre Mare, Physique de la poésie. Le muséum Emmanuel-Liais de Cherbourg Document : Ioanna Kohler, Un aperçu des prix littéraires aux Etats-Unis Notes de lecture : Nathacha Appanah, Elena Costa, Daniel Avner a disparu (Ed Gallimard) Stéphanie Cochet, Thomas B. Reverdy, Il était une ville (Ed Flammarion) Gaëlle Flament, Nicolas Fargues, Au pays du p'tit (Ed P.O.L.) Renaud Pasquier, Tristan Garcia, 7 (Ed Gallimard) Nicolas Mouton, Vincent Almendros, Un été (Ed de Minuit)
Résumé : "Longtemps, j'ai été à me dire : "Quand mon père mourra, ce sera énorme." Je voyais ça comme une rupture d'ordre cosmique. Je n'arrivais pas à imaginer mon père absent du monde. Lui et le monde, ça faisait tout un. Cela était peut-être dû au fait que mon père, toute sa vie, a construit des maisons. Des années entières, il s'est débrouillé pour faire tenir debout des volumes dans l'espace. Crayon, T, équerre, gomme, compas, table à dessin : voilà pour les munitions, le carquois. Mon père en blouse blanche, noyé dans les calques, les devis, les plans, est une des images cardinales que je garde de son passage sur cette terre. Vous l'avez sûrement croisé. On ne pouvait pas le rater." Michel Crépu.
Résumé : La Revue, Editorial Chronique : Michel Crépu, Ronde de nuit Ouvertures : Mario Vargas Llosa, Boccace sur scène Marie Darrieussecq, Rousseau et le petit chat Jean-Luc Hennig, Dassoucy corps burlesque Contemporains : Jakuta Alikavazovic, Nos visages Célia Houdart, Paul Klee et Monsieur La Mort Frédéric Verger, Le dernier rêve de soeur Claire Entretien : Raphaëlle Bacqué, Richard Descoings, alias Richie (entretien)Arts : Anish Kapoor - Judith Oriol, Anish Kapoor, roi de Versailles (entretien)Alexandre Lenot, Neil Young, l'enfant roi Documents : Nicolas Mouton, Présentation d'un entretien inédit d'André Malraux André Malraux, André Malraux répond aux jeunes Rémi Mathieu, Figures de la femme dans la poésie chinoise ancienne Notes de lecture : Renaud Pasquier, Olivier Cadiot, Providence Réginald Gaillard, Anna Akhmatova, Secrets de fabrication. Derniers cycles Judith Oriol, Ambai, De haute lutte.
Dans ces conditions que reste-t-il au psychanalyste ? Son premier et dernier secours : le recours à la clinique et à ses lois. Il y a urgence à inventer et établir le praticable adéquat pour la publication de l'expérience psychanalytique élevée à la dignité du témoignage. Publier serait l'illusion heuristique susceptible de faire pièce aux trois passions qui fondent pour l'analyste l'horreur de son acte : l'amour, la haine et l'ignorance... Alors psychanalystes : - Légiférez ! - Et vite ! - Y'a l'FEU."
Safouan Moustapha ; Frérot Sylvain ; Frau-Frérot D
Comme l'inconscient se signifie à demi-mot, il faut aussi répondre au sujet à demi- mot ", voilà qui n'est pas sans résonances avec cette phrase de Montaigne " la parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute ". Ces entretiens avec Moustapha Safouan se sont déroulés sur plusieurs années et s'inscrivent dans un parcours où sont abordées l'histoire de la psychanalyse, la question de sa transmission et celle du désir d'analyste, l'évolution des structures familiales et l'idéologie individualiste, l'actualité du malaise dans la civilisation et la clinique contemporaine. A la question qui a fait relance pour lui " que devient le père à la fin d'une analyse ? ", Moustapha Safouan en vient à cette autre concernant notre époque : le père serait-il devenu un objet partiel ? " L'avenir de la psychanalyse ne tient qu'à sa capacité à contribuer à l'intelligence de notre époque et aux métamorphoses de l'éros, autrement qu?en poussant des cris d'alarme. Encore faut-il qu'elle s'en donne les moyens. " C'est dans cet esprit que ce questionnement s'est ouvert.
BARBE BLEUE OU LE MAITRE DES REJOUISSANCES développe une approche novatrice de la thématique de ce conte. Dans ce très beau texte métaphorique, porté par la splendeur et la menace forestières, Michèle Faivre-Jussiaux explore le chemin et les embuches de la féminité. On est saisi par les évocations qui tracent, tout au long de ce récit, cet enchevêtrement des images que l'on porte en soi, et qui nous portent, pour traduire les traversées ténébreuses, parcours broussailleux dans lequel on peut se perdre mais aussi se retrouver au terme d'une errance pleine d'obstacles. Parcours labyrinthique, mais au bout, la lumière. Les sept femmes de Barbe bleue pourraient bien n'être qu'une seule et même femme dans sa difficile progression à traverser toutes les étapes vers sa liberté, échappant in fine à sa fascination : celle d'être l'objet d'un autre, d'un Barbe bleue, figure imaginaire d'un jouisseur tout puissant. POINTS FORTS : S'arracher à cette fascination, c'est cela le courage, quitter le château aux délices maléfiques pour vivre dans la vérité de son être et se nourrir d'un nouvel amour. Et la dernière femme songe à l'homme qu'un jour elle aimera. Celui qui accueillera ses blessures, ses secrets. Murmurera son nom entrelacé au sien. Avec lui, elle marchera vers un pays où tout se partage.
Cet essai fait autre chose avec la psychose que l'attendre en embuscade et la névrotiser de force. Autre chose avec la Chose-psy que la combattre pour la réduire, l'accommoder par un discours, lui passer la camisole. La pratique implique un détour : tout réinterroger et changer de référentiel. Peut-être aussi changer de mots. Comment se manient dans la rencontre ces images résiduelles, ces inquiétantes étrangetés, morceaux de réel effractants, ces repérages élémentaires qui surgissent et s'actualisent en désordre ? Comment manoeuvrer dans le transfert psychotique ? Comment la Chose-psy, dans sa radicalité, viendrait-elle à faire transfert, et tendre pour une écriture à venir ? En livrant ici les concepts opératoires de sa pratique, Daniel Bartoli témoigne de son engagement auprès des patients, et de la tâche quotidienne de construire avec eux un récit. Il s'oppose violemment à la ségrégation des " malades mentaux ". Cyrille Deloro