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Langues sans demeure
Crépon Marc
GALILEE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782718606668
En relisant des textes de Kafka (Journal, Correspondance) et de Derrida (Le Monolinguisme de l'autre, Fichue, Béliers), Langues sans demeure interroge les sentiments d'exil et d'étrangeté que l'on peut éprouver au contact de sa propre langue, à l'opposé de la familiarité et de la sécurité que l'attachement à la langue maternelle serait censé connoter. Croisant la pensée de l'un et de l'autre, dans un éclairage réciproque, il fait des questions de l'appropriation et de la propriété de la langue la pierre d'angle d'une réflexion sur la nécessité, éthique et politique, d'inventer, à même "sa" langue, une "autre" langue, un idiome qui la désolidarise de toute appartenance à une communauté, à une demeure, familiales, sociales ou nationales. Au titre des exigences qui s'imposent à la langue, l'attention se porte alors sur l'invention requise, dans des circonstances toujours singulières, d'un idiome chaque fois unique: celui du deuil.
Il y a dans la violence que doivent aujourd'hui affronter nos sociétés une dimension propre à la langue. Quiconque a fait l'apprentissage de l'éducation doit reconnaître, au creux de sa propre expérience, la manière dont la langue façonne, modèle, impose. Quant au XXe siècle, il s'est chargé de nous montrer comment la langue peut condamner à une mort certaine. C'est cette dimension propre au langage que se propose d'explorer le philosophe Marc Crépon, convaincu que le noeud de toute violence tient d'abord dans la langue et l'usage que nous en avons. S'il chemine avec Kafka, Lévinas, Singer ou Derrida, ce n'est pas seulement parce que chacun d'entre eux s'est en son temps insurgé contre les détournements de la langue, préludes aux plus grands crimes commis contre l'humanité, constituant un réservoir d'expériences, pour prévenir les prochains massacres. C'est aussi parce que leur oeuvre affirme la vocation de l'écriture : celle qui fait de la littérature et de la philosophie l'arme ultime pour démasquer, au coeur de la langue, la violence et la haine dont celle-ci est porteuse. Affirmer la vocation de l'écriture, c'est retourner la langue contre elle-même, désamorcer ses potentialités meurtrières en l'ouvrant à l'échange, à la responsabilité, à l'humanité, quand celle-ci se fixe autrui et le monde comme buts.
Marc CréponVivre avecLa pensée de la mort et la mémoire des guerresIl n'y a pas de guerre, pas de génocide, pas d'abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soient possibles sans une «suspension» de la relation a la mort d'autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu'elle appelle.Notre mémoire du siècle dernier et notre appréhension du siècle à venir sont inséparables du souvenir de leur éclipse qui trace les «limites» de la fraternité. Elle fait du monde dans lequel nous vivons un monde divisé, autant que l'est notre attitude devant la mort des autres, le deuil et la mémoire qui en résultent. C'est cette éclipse que, à la lecture de textes de Freud, de Heidegger, de Sartre, de Levinas, de Patocka, Ricoeur et Derrida, cet essai entreprend de comprendre et d'interroger, alors même qu'elle fait l'objet d'une double responsabilité, éthique et politique.Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS (Archives Husserl).
On dit "les Allemands sérieux" et "les Français frivoles" . Nombreux sont les jugements du sens commun qui caractérisent ainsi les peuples avec une violence aussi réductrice que généralisante. Marc Crépon se fait ici l'archéologue des représentations de la diversité humaine - diversité des peuples, des moeurs, des langues, des religions. S'il est pertinent d'étudier leur récurrence dans les philosophies allemande et française du XVIIIe siècle, depuis Leibnitz jusqu'à Hegel, c'est parce que ces jugements se trouvent aggravés sous la plume des philosophes par la justification rationnelle dont ils font l'objet. Cinq types de représentations se distinguent. Le premier, chez Voltaire et Buffon, fait de l'Europe un modèle à l'aune duquel tous les peuples sont jugés. Le deuxième entend reconnaître à chaque peuple une identité singulière et demande qu'elle soit défendue, notamment dans la langue. Un troisième type, cosmopolite, étudié à partir de Kant, tient pour négligeables ces différences au regard de la fin commune de l'humanité. Mais il existe aussi une représentation messianique, avec le romantisme allemand et Fichte, qui investit un peuple de la mission d'incarner l'humanité, voire de la sauver. La représentation systématique, enfin, avec Humboldt et Hegel, se veut une étude exhaustive et sans préjugés. Ces "géographies de l'esprit" , dont aucune n'échappe à la violence, remettent en question toute possibilité de caractériser les peuples et de penser la diversité humaine en termes de caractères ou d'esprit nationaux.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
La publication d'un Carnet soviétique écrit lors d'un voyage effectué en URSS en 1983 est l'occasion de critiquer ce que je nomme la gauche bifide - l'une libérale, l'autre robespierriste -, au nom d'une autre gauche : celle de l'individualisme libertaire. Pour ce faire, il faut penser l'impensé de la gauche. Penser l'impensé de la gauche, est-ce vouloir la fin de la gauche ? C'est vouloir plutôt la fin de cette gauche bifide et promouvoir une gauche qui en est très exactement l'antipode : celle de l'individualisme libertaire, forte de singularités qui installent dans l'Histoire leur révolte et leur rébellion, leur insoumission véritable et leur indocilité concrète au nom de la liberté. Doline avait bien raison - c'était la leçon de sa Révolution inconnue qui fut mon livre de chevet lors de ce séjour en URSS, c'est son esprit libertaire qui m'a animé et m'anime encore jusqu'à cette heure où je vois les Gilets Jaunes mourir d'avoir été mordus par Macron puis étouffés par les anneaux constricteurs de Mélenchon.