C'est par la force des images que, par la suite des temps, pourraient bien s'accomplir les 'vraies' révolutions ". Ces paroles d'André Breton, le pape du surréalisme, s'appliquent-elles aux images graphiques, visuelles ou aux images verbales et mentales? Peut-être à toutes ces images à la fois. Sans négliger l'étude des faits ancrée dans l'analyse critique, austère et impartiale des documents écrits, les historiens se sont tournés depuis déjà quelques décennies tant vers l'analyse des documents iconographiques, documents de civilisation, que vers la recomposition des paysages mentaux des diverses époques. L'objectif du présent volume offert à Jean Pirotte à l'occasion de son éméritat est d'exploiter cette percée de l'image et de l'imaginaire dans les préoccupations historiennes, sans se contenter d'occuper un terrain déjà partiellement défriché. Il faut sans cesse imaginer des pistes nouvelles à explorer, suggestives pour l'historien du 21e siècle, car l'histoire n'a de sens que pour le vivant. Pour reprendre l'expression de Marc Bloch, les historiens interrogent les morts en fonction des vivants. Comment s'enracinent nos fantasmes d'aujourd'hui, sur quelles images, dans quels imaginaires anciens ? A quels mythes éternels ou nouveaux s'alimentent-ils? Comment notre liberté créatrice d'aujourd'hui va-t-elle rencontrer les libertés mortes des générations qui nous ont précédés ? Pour mieux comprendre notre propre univers mental, il faut partir à la recherche des pensées des générations disparues dans ce qu'elles pouvaient avoir de liberté foisonnante, y compris dans les recherches esthétiques, les créations de l'esprit, dans l'humour, etc. " Le renfrogné, le savant qui ne rit pas, ne peut découvrir ni imaginer le monde". Stimuler l'imagination des chercheurs, maintenir un intérêt sans cesse renouvelé pour la connaissance du passé, sont sans doute des nécessités pour des êtres humains toujours en quête de sens. Une des tâches de l'historien de demain sera de convaincre ses contemporains de la pertinence de cette quête de sens.
Au début des années 1970, un séisme s'est produit dans la famine monastique bénédictine. A la lumière des événements qui secouèrent la communauté de Maredsous entre 1969 et 1973, la rencontre projetée ici tente d'explorer les tensions vives qui ont traversé le monde silencieux, apparemment immuable et pourtant tellement vivant des abbayes. Simples tensions entre défenseurs de traditions séculaires et partisans d'expériences nouvelles ouvrant le monachisme, sa vie et ses valeurs sur le monde extérieur et les mentalités de leur époque ? Le thème de la réfexion présentée ici nous a été suggéré, d'une part, parle cinquantième anniversaire du livre paru sous le nom d'Oliver du Roy, alors abbé de Maredsous (Moines d'aujourd'hui. Une expérience de réforme institutionnelle, Paris, Epi, 1973) et, d'autre part, par l'arrivée aux Archives du monde catholique (ARCA, Louvain-la-Neuve), des papiers de cinq anciens bénédictins ayant joué un rôle dans-cette crise de Maredsous.
Graf von luckner Ferdinand ; Courtois Stéphanie de
Le "jardin paysager" fut la grande invention anglaise du début du XVIIIe siècle. Son style parvint à se substituer à la solennité régulière des jardins "à la française" et à coloniser nombre de jardins italiens. Mais c'est bien en Allemagne que furent réalisés les plus beaux parcs qui sont aussi, pour s'être émancipés de la tutelle britannique, les plus incomparables. A la différence de la France et de l'Italie, l'Allemagne comptait entre le XVIIIe et le XIXe siècle quantités de cours avec des princes suffisamment cultivés et passionnés, mais surtout assez riches pour satisfaire leurs passions grâce à de grands artistes paysagistes aux premiers rangs desquels figurent Friedrich Ludwig von Sckell, Peter Joseph Lenné et le prince Hermann von Pückler-Muskau. C'est à la découverte de ce pan essentiel de l'histoire culturelle allemande que convie cet ouvrage mettant en évidence les enjeux philosophiques et esthétiques de la discussion sur le nouveau modèle paysager. Et cela, tout au long d'une période qui a vu la création de nombreux parcs dont ceux, parmi les plus fameux, de Wörlitz à Dessau et de Wilhelmshöhe à Cassel, inscrits tous deux au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, ou encore de Muskau et de Branitz. Cette Esthétique du jardin paysager allemand regroupe un ensemble inédit en français de textes descriptifs et relatifs aux réalités pratiques de leur aménagement, mis en regard avec les photographies de Ferdinand Graf von Luckner qui donnent à voir ces parcs dans leur état actuel, à la fois exemplaire d'entretien et de conservation.
Au-delà des dichotomies recherche fondamentale - recherche appliquée et théorie académique - pratique politique, il s'agit pour l'anthropologie prospective d'explorer les voies d'une science engagée dans les évolutions et les enjeux sociétaux du 21e siècle. La collection Anthropologie Prospective entend mettre à disposition d'un large public des ouvrages concis - rédigés dans un style synthétique et enlevé - qui seront consacrés à des recherches contemporaines et inédites. reposant sur une connaissance et une expérience approfondies du terrain. Cette collection est dirigée par Pierre-Joseph LAURENT, Olivier SERVAIS et Anne-Marie VUILLEMENOT (professeurs à l'UCL et membres du LAAP, Laboratoire d'anthropologie prospective, Louvain-la-Neuve, Belgique). Cette enquête de terrain porte sur le vécu d'adolescents en exil, adolescents migrants ou issus de l'immigration, qui vivent dans des quartiers marqués par la précarisation, du nord-ouest de Bruxelles. L'ouvrage a trois parties : leurs lieux d'exil ici et là-bas, "l'ethnicisation" des regroupements de jeunes et des écoles et, enfin, les violences de l'Etat qu'ils relatent. L'originalité cette ethnographie est d'articuler processus macro-sociaux et bricolages du quotidien ; de retisser des liens entre les espaces de vie des adolescents : quartiers, écoles, rue, ce qui nous renseigne sur leur situation actuelle, mais aussi sur le fonctionnement de notre société. En effet, il n'est pas simple de vivre dans un pays divisé en plusieurs communautés. Les histoires, migratoire et coloniale, pèsent également. Les configurations spatiales - zones de relégation, logements sociaux - ainsi que la question de la reconnaissance de droits citoyens, jouent sur les possibilités d'un vivre ensemble.
Vrancken Didier ; Thomsin Laurence ; Boujasson Lau
L'analyse des politiques sociales met de plus en plus en scène des individus saisis à travers leurs trajectoires, leurs parcours d'emploi, de vie, de formation ou d'insertion. Au cours de ces dernières années, de nouvelles politiques sociales se sont surtout adressées à des publics largement fragilisés par la montée des multiples insécurités d'existence. A ces mêmes publics, il s'est souvent agi d'assurer une continuité des droits alors qu'ils connaissaient des trajectoires discontinues et de plus en plus incertaines. Ces récentes évolutions traduisent sans doute une orientation biographique des politiques sociales annonçant un profond mouvement de dérégulation de l'héritage providentiel. A terme, un nouvel ordre social plus incitatif tend à se mettre en place. Passant de politiques protectionnelles dites "passives" à des politiques plus incitatives, nous serions dorénavant entrés dans l'ère de l'activation des politiques sociales. On assiste à l'émergence de toute une nouvelle rhétorique de l'action publique. Elle en appelle aux récits singuliers, à la mobilisation des capacités individuelles, à l'autonomie, à l'engagement. Dans ce contexte, le recours par les sciences sociales aux notions de parcours, de trajectoires, de bifurcations, de carrières doit être interrogé. Il s'agit de poser le cadre des évolutions politiques actuelles, tout en essayant d'éclaircir la portée de ces notions.
Cet ouvrage tente de défricher un espace encore à peu près vierge: celui d'une réflexion systématique sur l'ancrage empirique des énoncés dans les sciences sociales qualitatives. Dans la mesure où toute enquête de terrain (sous forme d'insertion prolongée du chercheur) produit des données discursives et observationnelles, on doit s'interroger sur la nature du lien entre le "réel de référence" et ces données, comme sur le lien entre ces données et les énoncés interprétatifs et autres "théories" figurant dans le texte écrit final. Comment définir une "politique du terrain"? Que signifie comprendre ou exprimer "le point de vue des acteurs"? Sur quelles procédures repose l'observation? Quelles sont les conditions de la rigueur dans les approches qualitatives? Quel est leur régime de véridicité ou de plausibilité? Quelle place accorder à la subjectivité du chercheur? Peut-on minimiser les pièges de la sur-interprétation ou les biais des idéologies scientifiques? Ce livre s'adresse aux étudiants avancés, aux doctorants et aux chercheurs. Il propose, en termes accessibles et sans jargon, une réflexion de fond originale, solidement documentée et argumentée, appuyée sur quarante ans d'expérience de l'enquête de terrain. Biographie de l'auteur Jean-Pierre Olivier de Sardan est professeur (directeur d'études) à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (France). Il vit et travaille au Niger, où il est un des membres fondateurs du LASDEL, une structure de recherche en sciences sociales qui regroupe une vingtaine de chercheurs béninois et nigériens autour de l'étude empirique, par des méthodes qualitatives de type socio-anthropologique, des diverses formes de délivrance et de gestion des services et biens collectifs ou publics.
Cet ouvrage donne la parole à des praticiens-chercheurs chevronnés, immergés dans des "lieux d'exils", où vivent des populations mises au ban du social, marquées par un entrelacs de relégations et de discrédits. Qu'elles soient migrantes, immigrées ou autochtones, elles vivent différents exils qui ont des répercussions sur leurs parcours, leurs relations sociales, leurs économies psychiques et affectives. Ces auteurs "font savoir", à partir des vécus d'expérience. Issus de divers secteurs (santé mentale, aide sociale, sans-abrisme, enseignement et aide à la jeunesse), ils inventent une pratique anthropologique et clinique innovante, qui rend visible l'invisible, crée des passerelles entre les mondes et les disciplines. Leurs enquêtes de terrain donnent à penser ; elles créent les conditions de trouvailles, d'expérimentations, adaptées aux conditions de vie, aux codes et supports sociaux des groupes et des personnes, à leurs sensibilités et aspirations.