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Voir du pays
Coulin Delphine
GRASSET
20,20 €
Épuisé
EAN :9782246808633
Elle était à dix mille mètres au-dessus du sol et elle volait. L'avion glissait à travers les nuages, rejoignait le ciel bleu, et s'éloignait de la terre à une vitesse si grande que la vallée couleur de sable et les villages qui avaient fait son quotidien pendant six mois paraissaient à présent microscopiques. Aurore regardait par le hublot cette terre qu'elle quittait et ne reverrait jamais.Assise à côté d'elle dans l'avion, Marine avait mis son masque de sommeil, comme Fanny et la plupart de leurs collègues. On se serait cru dans la salle de projection d'un film où les spectateurs auraient eu les yeux cachés par des masques bleus. Tous étaient encore en treillis. Tous essayaient de dormir. De l'autre côté de l'allée, Max se concentrait sur un film, le visage à quelques centimètres seulement de l'écran incrusté dans le siège devant lui, comme si le fait de s'en approcher le plus possible allait l'aider à oublier l'enfer d'où ils venaient. Ses yeux étaient hallucinés, et de temps en temps, il gobait un valium dans la boîte posée sur la tablette devant lui sans même le regarder: son doigt faisait sauter le petit opercule d'aluminium et amenait le cachet à sa bouche par réflexe. Fanny avait fini par lui donner un cocktail explosif, quatre tablettes de comprimés rouges, roses, bleus, jaunes. Plus loin, un colosse aux cheveux roux s'était mis du rap dans les oreilles à s'en faire exploser la tête. Ses mains étaient crispées de chaque côté du repose-tête du siège devant lui, à tel point que sa peau en devenait blanche aux jointures. Ses paupières étaient serrées comme celles d'un enfant qui décompte les secondes avant le début d'une partie de jeu. Les autres cherchaient juste à se reposer pour être en forme en arrivant. Pour eux, l'avion n'était qu'un sas avant le sas. Et le «sas de décompression» à Chypre, c'était les vacances. La liberté retrouvée. L'Europe.L'officier de l'armée de l'air a parlé au micro comme une de ces hôtesses qui vous accueillent à bord d'une voix cotonneuse annonçant que les prochaines heures vont être une bulle de tranquillité et de bonheur où tous les désirs seront exaucés. Aurore sentait ses muscles se détendre un peu, comme si son corps lui-même, son sang, sa peau savaient qu'ils n'avaient plus à être vigilants, que les attaques à l'explosif se conjuguaient désormais au passé, qu'ici elle ne risquait plus rien. Elle a soupiré, cherchant à se relâcher: dans quelques heures, elle serait à Chypre et la vallée de la Kapisa ne serait plus qu'un souvenir.Chypre était juste au milieu entre la France et l'Afghanistan: étranger, mais pas trop, familier, mais pas trop non plus. Un choix bien calculé. L'officier hôtesse de l'air a dit:- Vous allez vous retrouver tous ensemble après avoir vécu les mêmes choses, les mêmes missions, dans un cadre plus détendu, plus agréable, plus... civilisé.
Samba Cissé était pourtant venu de bonne foi à la Préfecture de police de Paris demander le titre de séjour auquel il avait droit, après dix années passées en France. Mais rien ne s?y est passé comme prévu: Samba a été arrêté, devant des dizaines d?hommes et de femmes de tous pays qui attendaient, comme lui, que l?Etat veuille bien reconnaître leur existence. Il ne sait pas encore que le voyage héroïque qu?il a accompli pour venir du Mali jusqu?en France, puis les dix années à s?y faire une place, vont s?avérer moins difficiles que tout ce qu?il va vivre à partir de ce jour-là. Devenu clandestin, il va apprendre tout ce qu?il faut savoir pour survivre en France. Son oncle Lamouna, avec qui il partage un appartement en entresol, lui donne quelques tuyaux. Ce petit homme aux manières d?aristocrate, arrivé à Paris dans les années soixante, a connu les « deux France ». Il ne parle jamais de son passé, mais il semble deviner l?avenir de son neveu. Gracieuse, une fille hors du commun, réfugiée congolaise, dont il va tomber amoureux, lui apprend le plaisir d?un shampooing, et celui de marcher la nuit à Paris. Elle finira par incarner tout ce qu?il est venu chercher ici: le goût de l?autre, la liberté, un ailleurs. Il va aussi rencontrer Wilson, un Colombien, grand salsero et amateur d?oeufs durs en toutes circonstances, Manu, une étudiante en droit aux allures de guerrière, et une narratrice bénévole à la Cimade, qui fume des roulées informes et malodorantes, (dont on taira le nom mais qui aurait pu s?appeler Delphine). Tous vont l?aider au cours de son odyssée dans la France de 2010.
Vingt-Quatre heures de la vie d'une actrice. Lors du dernier jour de tournage d'un film, Dorine M. revisite toute sa carrière et s'interroge: qui est-elle vraiment? Elle a interprété plusieurs dizaines de rôles, et ses personnages interfèrent parfois dans sa vie réelle, au gré d'une réplique ou d'une image qui lui reviennent en tête. Et puis elle a été différentes femmes selonles périodes de sa vie... Elle est une mille-vies. Une femme qui, comme chacun de nous, a une vie réelle et des vies imaginaires. Une femme du siècle des images. Et nous? De quelle vie rêvons-nous? Quels rôles interprétons-nous dans la vie? Ne sommes-nous pas tous des "mille-vies'? Biographie de l'auteur Delphine Coulin travaille pour le cinéma et la télévision. Elle a publié un roman, Les Traces, et un recueil de nouvelles, Une seconde de plus, remarqués tant par la critique que par le public."
Résumé : " Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d'humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n'y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd'hui, c'était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six. Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde. "
Résumé : Certains auteurs attendent la fin de leurs jours pour revenir sur leurs premiers pas dans l'existence et en littérature. Oscar Coop-Phane n'aura attendu que ses trente ans pour raconter ce qu'est la vie d'un écrivain aujourd'hui. Ce que cet étrange travail représente pour lui de joies comme de sacrifices. Son récit n'est pas linéaire ou chronologique mais éclaté ; Oscar s'y livre par fragments (définition : morceaux cassés d'une chose), dans de courts chapitres aux titres éloquents (P. I : L'encre, La feuille, L'auteur, La fuite, Le titre... P. II : Parler, S'asseoir, Parader, Boire. .). Il mêle ainsi des souvenirs d'âges différents - de son enfance, son adolescence, sa vie d'homme. Le propos peut d'abord sembler trivial ; les bêtises en classe, les copains, sa découverte des filles, de la littérature ; les petits boulots, pion, barman ou dealer, pour vivre et écrire ; les premiers manuscrits, les refus ; puis le succès, soudain, ses livres en librairie ; et les galères encore, le métier d'écrivain, les interviews, les salons, la peur de la précarité. Mais son récit fourmille de détails qui sont autant de clés : une montre Swatch offerte par sa mère qu'elle prétend être un cadeau de son père, alors qu'il vient de quitter leur foyer ; le geste d'un patron de restaurant près de son lycée qui, chaque fois qu'Oscar s'y rend pour déjeuner, lui rend discrètement le billet avec lequel il vient de payer ; le visage d'une jeune fille, un soir, qui comme lui, semble cacher une cicatrice ; le mépris d'un éditeur ou le regard surpris d'un lecteur qui le voit servir derrière un bar alors que son visage est dans le journal. Car les détails révèlent les événements ; une enfance heurtée par les disputes puis le divorce de ses parents ; une vie de débrouilles pour se loger, manger, dès 16 ans ; le souvenir du corps d'un autre en soi, gamin ; la crainte de ne jamais être publié puis de ne pas pouvoir en vivre. Et aussi, la beauté, tant de joies : la liberté, à Paris, Berlin ou Rome ; les vrais amis et la compagnie des auteurs, Bove, Calaferte ou Dabit ; son premier prix, la fierté ; les rencontres de certains lecteurs ; une femme, l'amour, puis une enfant, sa fille. Et l'écriture toujours. C'est une existence courte, mais intense. Une leçon de courage et de style tant l'écriture ciselée d'Oscar Coop-Phane émerveille. D'une grâce et d'une justesse bouleversantes, ce livre aurait pu s'appeler Morceaux cassés d'une vie autant que Lettre à un jeune écrivain. Ou, s'il avait été écrit par un autre, Et tu seras auteur, mon fils.
Bogdanov Igor ; Bogdanov Grichka ; Tettiravou Marc
Résumé : Que diriez-vous si l'on vous apprenait un jour que l'un des plus grands mathématiciens de l'histoire, Bernhard Riemann, le père de la fameuse "géométrie riemanienne", avait découvert en 1859 une mystérieuse formule qui, selon ses propres mots, "indiquait le chemin qui mène vers Dieu ? ". Une formule impénétrable, qui donne le vertige. Son nom ? L'hypothèse de Riemann. Or, malgré des efforts acharnés, aucun mathématicien n'a encore été capable d'en percer le mystère. L'Institut de Mathématiques Clay offre aujourd'hui une récompense d'un million de dollars à celui qui trouvera enfin la solution. S'agit-il du graal dans lequel seraient enfouies, sous une forme algébrique, les réponses ultimes aux questions que chacun se pose sur le sens de la vie ? Une clef permettant de comprendre que la naissance de l'Univers n'est pas le fruit du hasard ? Fascinés, à leur tour, par le formidable secret que recèle la fonction Zeta de Riemann, Igor et Grichka Bogdanov nous plongent jusqu'au vertige au coeur de cette éblouissante énigme mathématique. Une énigme qui pourrait bien confirmer que l'Univers a bel et bien un sens. Et que notre propre existence repose sur un ordre profond décrit, de manière inévitable, par l'équation Dieu.
Résumé : " Une petite fille nous aborde : Qu'est-ce que vous cherchez ? Elle a un regard joueur et curieux, je lui explique. Ici, il y a des années, sous le régime khmer rouge, c'était un hôpital, et j'ai enterré de très nombreux corps dans des fosses. Puis l'eau a englouti ce lieu, et on a bâti des maisons. Elle joue avec un petit bout de bois, un peu gênée : Je sais. On dort sur les morts. La nuit, parfois, on les entend parler. J'insiste un peu : Mais tu as peur ? Elle sourit : Non, on n'a pas peur, on les connaît. " C'est à un voyage hors du commun que nous convient Rithy Panh et Christophe Bataille, huit ans après leur livre L'élimination - un voyage vers l'enfance et vers les rizières où furent tués, par l'idéologie, la faim et la violence, 1, 8 millions de Cambodgiens. Le grand cinéaste cherche les lieux où furent enterrés les siens : le tombeau de son père, dans la glaise ; la fosse où furent englouties sa mère et ses soeurs. Mais aussi le grand banyan où il s'abrita, désespéré, à treize ans, avec ses boeufs - sur cette colline, les khmers rouges n'osaient pas s'aventurer. Rithy Panh et Christophe Bataille roulent à travers le pays, s'arrêtent, parlent avec les bonzes, questionnent les villageoises âgées, grattent la terre et trouvent des ossement, des tissus ensanglantés. L'oubli guette, et la négation. Et Rithy Panh poursuit son chemin, cherchant la paix avec les morts et tissant un rapport unique avec les vivants, qu'il côtoie, victimes, bourreaux, complices, anciens cadres khmers rouges : le travail de connaissance ne cesse pas, à hauteur d'hommes. D'une conversation écrite avec Noam Chomsky à des échanges avec le père Ponchaud, d'un entretien avec Robert Badinter aux lettres enfantines rangées dans une sacoche de cuir, d'une méditation sur l'idéologie aux visites aux femmes-devins, les auteurs nous offrent un grand livre.
Résumé : " Peins ma fille, peins... Le jour commençait à baisser quand elle s'était enfin arrachée d'une ancienne fièvre. Une grande toile en était sortie, comme elle n'en peindrait jamais plus, avait-elle aussitôt compris. Une simple bâtisse dans l'herbe rase d'un vert cru, une bergerie, peut-être, tombée du ciel comme un météore... " Ainsi peint Aimée Castain, bergère de Haute-Provence. La montagne est dans le paysage. La mer nappe l'horizon, invisible, brumeuse, à soixante kilomètres. Et partout, la tendre sauvagerie des collines, les oliviers, les bories, la tentation de la couleur. Saisir sur la toile la beauté du monde. Son mari Paul ne comprend pas bien cette passion nouvelle, mais Aimée s'y donne, entièrement, tout en surveillant son troupeau. Peu à peu, son talent franchit la vallée, les amateurs achètent ses toiles, les journalistes écrivent sur le prodige. Une candeur de touche, un talent singulier, comme offert, par l'insaisissable : l'école du ciel, peut-être... La narratrice et son compagnon, Daniel, avocat, cherchent comment fuir Paris et Marseille, la vie épuisante, éclatée. Dans un village de Haute-Provence, une maison leur apparaît, comme offerte elle aussi, par l'invisible. Elle sera leur point d'ancrage. Chaque matin est une promesse nouvelle. Puis Daniel s'enflamme pour l'oeuvre d'une artiste oubliée, une fille de métayers, née pendant la Grande Guerre, une simple bergère. La maison qu'ils viennent d'acheter fut la sienne. Un talent magnifique et méconnu aurait-il vécu entre ces murs ? Elisabeth Barillé nous entraîne à la rencontre d'Aimée Castain et nous livre le roman de la liberté, avec grâce et un sens unique des images : échapper à son histoire, traverser l'enfance, accomplir son destin.
Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.Non non non non, rassurez-vous, ce n'est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s'abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.J.-Cl. G.Prix spécial du jury du prix des Libraires 2019.Prix des lecteurs L'Express/BFMTV 2019.
Résumé : A Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours. Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur. Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l'Histoire. En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l'arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville. Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l'apprentissage du mensonge. Partant d'un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse. Mêlant l'intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l'âme humaine à travers le regard naïf d'un adolescent qui, d'un coup, apprend la vie et son prix.