Les premières journées transversales de l'UFR Sciences humaines de l'université Rennes 2, intitulées "Savoir, éducation, apprentissage aujourd'hui : regrads croisés en sciences humaines et sociales" sont à l'origine de cet ouvrage. Elles sont le fruit d'une année de réflexion entre sept doctorants issus de trois laboratoires : psychologie, psychopathologie et sciences de l'éducation. Le pari était de faire dialoguer ces champs discipliniares autour d'une même thématique - l'agentivité dans le domaine de l'éducation - avec comme volonté de proposer une expérience décloisonnée de la recherche. Les réflexions collectives menées ont conduit à une approche en "regards croisés", permettant d'introduire une discussion entre différents paradigmes. Cet ouvrage interroge : qu'est-ce que savoir, apprendre et éduquer dans notre modernité ? Cette question, actuelle en raison de transformations sociales vives, fait l'objet d'un intérêt partagé. Dans ce contexte, le caractère ontologique de la notion d'agency semble offrir diverses modalités de réflexion, notamment en sciences humaines et sociales. Interaction, action, acte, acteur, agent, mouvment, transaction : autant de termes qui parcourent cet ouvrage, pour contribuer à définir cette notion et à penser l'éducation, en croisant les regards.
Remontant aux prémisses fondamentales de la théorie kantienne du droit, ce livre établit que le droit de propriété privée, loin d'être pour Kant un droit formel, dont l'effectivité pour chacun serait contingente, est au contraire la condition universelle de la liberté concrète : tout être humain a droit d'avoir un lieu sur terre pour vivre libre. Au siècle suivant, Marx a montré comment l'économie capitaliste a transformé ce droit en un instrument de dépossession qui sépare le sujet, entendu comme une entité abstraite, de ses conditions organiques d'existence. Dans l'espace fini d'une terre entièrement occupée, les logiques de l'économie capitaliste et de la politique des Etats-nations se conjuguent pour pérenniser cette séparation. Elles sont génératrices d'exclusions qui bafouent frontalement l'universalité du droit à la liberté : entre répression et assistance paternaliste, les politiques publiques visant les pauvres et les migrants dénient dans la pratique à leurs destinataires la qualité de sujet de droits.
L'oeuvre de Marx connaît aujourd'hui un renouveau d'intérêt, dont témoignent les republications et les nouvelles traductions de ses écrits ainsi que la publication de nombreux ouvrages récents qui lui sont consacrés. Les articles composant le présent volume, issus d'un colloque qui s'est tenu en mars 2015 à Rennes, éclairent les raisons de ce renouveau d'intérêt en mettant en évidence divers aspects des analyses marxiennes qui s'avèrent d'une remarquable actualité. Qu'il s'agisse de la conception de la critique en général, de la critique de l'économie capitaliste ou de celle de la politique, Marx nous offre toujours un trésor de ressources conceptuelles et analytiques dont la portée est loin d'être épuisée.
Un nouvel intérêt se manifeste en France pour l'oeuvre de Max Weber. Des traductions récentes rendent enfin accessibles au public français des textes majeurs jusqu'alors ignorés, tandis que les questions qui traversent cette oeuvre, celle des formes de domination, des logiques d'individualisation et de socialisation, des conflits de valeur, imposent leur actualité à une époque où l'expansion planétaire de certains types de rationalité d'origine occidentale va de pair avec la remise en question irréversible des représentations eurocentriques du sens. Le moment est venu d'une lecture philosophique, puisant aux textes et à leur commentaire érudit les moyens d'une reconstitution du programme scientifique wébérien, en le dégageant des mythes d'hier (la « sociologie compréhensive ») comme des distorsions d'aujourd'hui (la « crise de la modernité » ), également incapables de renoncer aux postulats téléologiques que Weber n'a cessé de critiquer. Au fil de ses études, Catherine Colliot-Thélène s'y emploie en passant de la question des rationalités à celle des conditions historiques et à la genèse des systèmes juridiques. Instituant les confrontations nécessaires (Marx, Gierke, Schmitt, Elias, Wittgenstein, Habermas, Foucault), elle centre son alternative aux récupérations idéalistes de Weber sur trois concepts contingence, conduites de vie, puissances de socialisation, dont l'ensemble fait de Weber le pionnier d'un nouvel universalisme sans fondation ni mission.
« L objectif des pages qui suivent n'est pas l'interprétation de la philosophie hégélienne, et on ne tentera pas de déployer les deux dimensions de l'expérience, celle du savoir et celle de l'éthique, dont Foucault considère à juste titre qu'elles sont pour Hegel inextricablement liées. C'est le sujet politique seul qui retiendra notre intérêt. S'il n'est pas déplacé pourtant d'ouvrir ce livre en nous référant à Hegel, c'est à la fois parce que, mieux que tout autre philosophe de l'époque moderne, il a réfléchi l'historicité des figures du sujet, et parce qu'il a rapporté toutes ces figures à des avatars successifs de la communauté. Démocratie est le nom que nous donnons aujourd'hui à la communauté politique idéale, dont l'on admet que les sociétés occidentales contemporaines constituent des formes approchées. La question centrale de ce livre est l'identification de la figure du sujet politique qui correspond à la démocratie, entendue en son sens moderne. Dans une continuité apparente avec Hegel, et bien que celui-ci ne se soit pas compris comme démocrate, on soutiendra que l'État moderne est le collectif qui a donné à ce sujet les caractères spécifiques qui sont les siens. Les démocraties libérales contemporaines ont plus de traits communs avec l'État hégélien que la lecture libérale ne veut l'admettre, et le citoyen démocrate peut reconnaître dans la personne juridique, le sujet de l'action morale, l'homme de la sphère économique de la société civile, ou encore le citoyen de l'État, les différents aspects solidaires d'une identité feuilletée qui est toujours la sienne. Là s'arrêtera cependant l'inspiration hégélienne du présent livre. Car si Hegel a vu dans l'État une forme encore communautaire du collectif, la thèse ici défendue est au contraire que le sujet politique moderne échappe essentiellement à toute assignation communautaire. Cette thèse va à rebours, non seulement de la pensée de Hegel, mais aussi de toutes les théories qui, aujourd'hui, vantent les mérites de la communauté des citoyens, comme de celles qui, parce qu'elles ne se satisfont pas de la réalité sociale et politique des démocraties libérales contemporaines, s'inquiètent de la possibilité, ou de l'impossibilité, d'une forme inédite de communauté qui accomplirait les promesses non tenues par ces démocraties. » (extrait de l'Introduction)
Subjectivités numériques et posthumain s'inscrit dans le sillage de l'ouvrage PostHumains : frontières, évolutions, hybridités publié dans la collection "Interférences" des presses universitaires de Rennes. Ce recueil était davantage consacré aux mutations, évolutions et hybridations du corps dans un devenir posthumain. Ce livre propose d'explorer l'imaginaire associé à l'émergence d'une subjectivité numérique dans la période contemporaine de l'hyperconnectivité et du développement de l'intelligence artificielle. Tout comme dans la perspective d'une corporéité posthumaine, un esprit qui ne serait plus ancré à un corps organique suscite de nombreuses réflexions et mises en fiction. L'approche proposée dans ce livre est par ailleurs fondamentalement interdisciplinaire car les questionnements relatifs aux devenirs de l'humain et à la définition de son identité que déclenche le posthumain sont universels.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?
Hourmant François ; Lalancette Mireille ; Leroux P
Au Canada, les selfies du premier ministre Justin Trudeau sont devenus un marqueur de son identité politique et une ressource stratégique. En France, Nicolas Sarkozy, et plus récemment Emmanuel Macron, ont multiplié les couvertures de Paris Match, accédant avant même d'être élus au statut de célébrités politiques, n'hésitant pas à jouer sur les ressorts de la peopolisation pour asseoir leur visibilité et leur légitimité. Entre scandalisation et médiatisation promotionnelle, une nouvelle économie politique de la célébrité s'est imposée aux leaders politiques, désormais soumis à ces "tyrannies de l'intimité" dont parlait déjà Richard Senett à la fin des années 1970, comme au panoptisme des réseaux sociaux. En croisant les analyses et les regards transatlantiques, en confrontant les trajectoires - celles de Louise Michel et de Rachida Dati, de Marine Le Pen et de sa nièce Marion Maréchal Le Pen, d'Emmanuel Macron et de Justin Trudeau - il s'agit alors de tenter comprendre ce que la culture de la célébrité fait à la politique. Dévoiement de la politique pour les uns, appauvrissement du débat, disqualification du discours au profit des logiques émotionnelles, danger de démagogie par l'hypertrophie des affects, propension à l'exhibitionnisme des prétendants et au voyeurisme des électeurs, l'irruption de la "topique de la célébrité" peut aussi être considérée comme un outil de revitalisation de la politique à l'heure du désenchantement démocratique et de la crise de la représentation.
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.