Pierre Chaunu a été le plus fécond et assurément l'un des plus grands historiens de sa génération. Communicant hors pair, pendant des années il a su rendre attrayant le travail des historiens, en le présentant comme une réponse aux questions d'aujourd'hui. Ses chroniques du Figaro étaient suivies par les nombreux et assidus lecteurs qu'il conduisait vers des travaux universitaires parfois difficiles, toujours enrichissants. Pourtant, rien ne semblait prédestiner ce spécialiste de l'histoire économique des Grandes Découvertes à devenir le porte-voix de Clio, muse de l'histoire, parmi les hommes. Mais tous ceux qui l'ont connu même très jeune ont été frappés par la force de ses convictions et par son aptitude à la synthèse qui le prémunissaient contre l'isolement du spécialiste. II enracinait sa démarche dans ce désir de dire, ce qui ne l'empêchait pas d'être un immense savant. Ce livre ne constitue pas un dithyrambe pour un maître aimé, glacial hommage en forme de tombeau qu'il aurait exécré. Il a semblé nécessaire à ses amis et à ses élèves de cerner le contenu et l'apport de cette pensée où beaucoup ont puisé sans toujours reconnaître leur dette. Au fil des quatre grandes parties de ce volume, le lecteur pourra entrevoir concrètement ce que Pierre Chaunu a apporté à l'histoire, aux historiens et aussi au public de ses lecteurs d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Le souhait de ceux qui ont contribué à cet ouvrage est de proposer une relecture de l'oeuvre, d'inciter ainsi à la redécouvrir, à l'approfondir et à vérifier à quel point, Pierre Chaunu est plus que jamais d'actualité.
Paul SCHOR, Statistiques de la population et politique des catégories aux Etats-Unis au XIXe siècle. Théories raciales et questions de population dans le recensement américain. Margo ANDERSON, The Missouri Debates, Slavery and Statistics of Race : Demography in Service of Politics. Morgane Lassé, Dénombrer les nationalités en Prusse au XIXe siècle : entre pratique d'administration locale et connaissance statistique de la population. John ROGERS, C. NE-SON, "Lapps, Finns, Gypsies, Jews, and Idiots". Modernity and the Use of Statistical Categories in Sweden. Martine MESPOULET, Catégories professionnelles et classement social dans les recensements russes et soviétiques (1897-1939) Patrick SIMON, Les sciences sociales françaises. face aux catégories ethniques et raciales. Varia. Claudia EDWARDS, Martin GORSKY, Bernard HARRIS, Andrew HINDE, Sickness, Insurance and Health : Assessing Trends in Morbidity through Friendly Society Records. In memoriam : Tamara K. HAREVEN 1937-2002. Comptes rendus.
Tabeaud Martine ; Browaeys Xavier ; des Gachons An
Des centaines d'aquarelles. Un seul et même motif : le ciel de la Champagne. André des Gachons (1871-1951), artiste peintre, météorologue bénévole, a saisi presque chaque jour, pendant près de quarante ans, des instantanés du paysage céleste. Il les a associés à des relevés météorologiques. A l'état de l'air, il a ajouté un tableau du ciel, dont les couleurs et les formes changeantes devaient permettre de prévoir le temps du lendemain. Au temps de la Grande Guerre, ces oeuvres sont des documents de premier ordre, lorsqu'on les met en regard des témoignages des soldats et des officiers, qui étaient dans la boue des tranchées, les nacelles des ballons, à bord des avions ou derrière les canons. La "météo" était l'une de leurs préoccupations quotidiennes. Chaque jour, André des Gachons a donné des couleurs au temps. Il nous a laissé des ciels de Champagne qui entrent ainsi dans l'histoire de la guerre 1914-1918.
Résumé : Cet essai porte sur les romans écrits par Georges Simenon au cours des années trente, aussi bien les " romans durs " que les " Maigret ", et en renouvelle profondément la lecture. Il y décèle un scénario latent. Hanté par le " vertige de la perte " qui le pousse à un retour fusionnel dans le Monde-Mère sous les espèces du rien, voire de la mort, l'écrivain l'exorcise en se réfugiant dans le contre-monde du Livre, par instinct de conservation, en " avare " de son désir. Mais il en conçoit de la mauvaise conscience, car il s'éprouve alors comme un escroc, ou un faussaire : c'est donner en effet pour réels, dans ses livres, des êtres et un monde de papier, sans vraie consistance. Pour se laver de ce péché d'escroquerie, il place dans ses romans des personnages qui sont ses doubles, assignés à des espaces mettant en abyme le Livre. Ce sont des boucs émissaires, car ils endossent la faute et, d'une façon ou d'une autre - en mourant, dans bien des cas -, l'expient, ce qui permet d'en dédouaner l'écrivain. Cependant, il n'y a là qu'un subterfuge puisque, en réalité, ce sacrifice expiatoire du Livre et de son démiurge se produit... dans un livre. C'est pourquoi, un roman terminé, Simenon n'a d'autre choix que d'en entreprendre un autre.