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Les Traces du spectateur. Italie, XVIIe et XVIIIe siècles
Decroisette Françoise
PU VINCENNES
20,00 €
Épuisé
EAN :9782842921781
Ante nécessaire de l’oeuvre et de sa représentation, le spectateur de l’oeuvre dramatique, parlée ou musicale, en est aussi la composante la plus secrète. Cette singularité silencieuse et éphémère de celui qui perçoit ne peut s’analyser qu’à travers les traces ou les restes, fragiles et subjectifs, laissés dans les oeuvres soit par les auteurs eux-mêmes, soit par ces témoins privilégiés que sont les critiques, chroniqueurs et commentateurs, plus rarement les spectateurs anonymes. Une pragmatique de la rencontre originelle entre une oeuvre et les spectateurs qui en ont construit l’existence est-elle envisageable ? Est-il possible de saisir, sinon de restituer, le présent enfui des représentations passées, de cerner la relation fondatrice et complexe du spectateur à l’oeuvre, d’en redessiner les contours ? Peut-on en écrire l’histoire ? Les sept études rassemblées dans ce volume tentent de répondre à ces questions en prenant comme objet d’analyse des oeuvres écrites et représentées en Italie au cours des deux siècles (XVIIe-XVIIIe) qui voient l’affirmation de la comédie impromptue, du drame en musique, et du théâtral professionnel dans le contexte particulier des salles publiques vénitiennes. Un terreau particulièrement fertile où, à travers son interpellation dans le paratexte, son questionnement scénique et sa prise de parole, s’invente le spectateur moderne.
Vantant au moins 130 livrets d'opéras et 35 pièces, Giuseppe Foppa est, entre 1790 et 1815, une figure incontournable de la vie théâtrale et opératique vénitienne. Son indéniable réussite professionnelle interroge : son succès est-il aussi personnel et exclusif qu'il le prétend dans ses Mémoires ? Quelle part de mérite propre lui revient-il ? Au sein d'une production si abondante, quels ingrédients foppiens ont pu contribuer, alors, à la réussite du spectacle ? Dans quels termes, aujourd'hui, soutenir que se dégage de ses écrits une forme singulière d'auctorialité, contre les préjugés durables et dévalorisants frappant le livret d'opéra ? Pour réhabiliter Foppa, cet ouvrage promène un double regard sur une personnalité et sur un métier, en démêlant les facteurs externes, la dynamique et le génie créatif propres à l'auteur.
Quelques mois après L'Amour des trois oranges, 'fable théâtrale' que Carlo Gozzi invente pour contrer les succès théâtraux de Carlo Goldoni et de Pietro Chiari, les spectateurs vénitiens applaudissent une deuxième fable, Le Corbeau, tirée du même recueil de contes, Lo cunto de li cunti de Giambattista Basile. Moins connue que la précédente, elle marque pourtant un tournant dans la carrière du dramaturge qui d'ailleurs la rédige entièrement, avec une longue préface, pour la première édition de ses oeuvres en 1772, ce qu'il refuse à la précédente. Dans Le Corbeau la satire et la polémique s'estompent, le tragique et le merveilleux dominent, étroitement mêlés. Malédictions, pleurs, sang et mort marquent les aventures du prince Jennaro qui, par amour pour son frère, le mélancolique roi Millo, contraint à l'impossible quête d'une beauté inaccessible, a enlevé la princesse Armilla. Ce faisant Jennaro a déclenché la fureur vengeresse du père d'Armilla, magicien cruel, qui le condamne à un choix cornélien : voir mourir son frère par sa faute ou être lui-même pétrifié. Le Corbeau n'a fait l'objet que d'une seule traduction en français, en 1856. Cette nouvelle traduction respecte les choix éditoriaux de Gozzi : préface programmatique, alternance des vers et de la prose, alternance des scènes entièrement écrites et des scènes improvisées. L'introduction replace la fable dans son contexte et en analyse les ressorts dramatiques complexes. Le texte de la pièce, établi à partir de la première édition de l'oeuvre, est complété par la traduction d'une première version écrite par Gozzi sous forme de canevas, restée manuscrite.