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Critique N° 937-938, juin 2025 : Frontières du noir
Cerisuelo Marc ; Tadié Benoît
MINUIT
18,50 €
Épuisé
EAN :9782707356598
Le quatre-vingtième anniversaire de la "Série noire" , fameuse collection criminelle publiée par les éditions Gallimard, offre l'occasion rêvée de revenir sur l'emprise d'un genre littéraire populaire qui a essaimé bien au-delà de ses frontières états-uniennes d'origine, très vite conquis le cinéma - avant les séries télévisées et la bande dessinée - et gagné des lettres de noblesse institutionnelles : personne ou presque n'oserait contester son statut de "grantécrivain" à un Raymond Chandler. Frontières du noir, titre choisi en hommage à Eric Ambler, se propose d'explorer en priorité les domaines français, américain et britannique (avec tout de même une excursion japonaise) en privilégiant tout d'abord le pas de côté : Charles Dickens ou Francis Carco, Michael Curtiz ou François Truffaut, ces noms donnent quelque idée d'une approche volontiers périphérique. Le noir s'étend dès lors sans se diluer et permet de penser à nouveaux frais les enjeux d'une permanence d'un genre pensé comme un recours, plus inquiétant qu'apaisant, aux angoisses du temps.
Assurance sur la mort et Boulevard du crépuscule, Certains l'aiment chaud et Sabrina : dans le drame comme dans la comédie, Billy Wilder a signé certains des films les plus célèbres de Hollywood. Il n'est pourtant pas seulement ce merveilleux metteur en scène qui a donné leurs plus grands rôles à Marilyn Monroe, Audrey Hepburn, Jack Lemmon ou William Holden. Derrière le cinéaste se cache le scénariste, et l'Américain glorieux dissimule mal l'Européen exilé. Cet essai biographique et esthétique qui retrace toute sa carrière est le premier ouvrage en langue française à prendre en compte la période autrichienne et allemande de l'auteur, en présentant ses travaux de journaliste et de scénariste à Vienne comme à Berlin. Il s'attache par là à comprendre les lignes de force de l'oeuvre entière : l'importance accordée au scénario et le désir de rendre compte sans fard de la réalité, des heures les plus sombres du siècle aux comédies les plus hilarantes. Les thèmes récurrents de l'échec, de la prostitution et de la substitution d'identité sous toutes ses formes ne sont pas de simples artifices de création : ils montrent, à la suite d'Ernst Lubitsch, la persistance d'une dynamique européenne (et pas uniquement germanique) dans l'élaboration des vingt-cinq films réalisés à Hollywood mais aussi à Berlin, Londres ou Paris. Marc Cerisuelo, professeur à l'université Gustave Eiffel et membre de l'Institut universitaire de France, est critique à Positif et à Critique. Il a publié de nombreux livres d'histoire et d'esthétique du cinéma. Son précédent ouvrage aux éditions Capricci, Comédie(s) américaine(s), est paru en 2021.
Les films naissent inégaux entre eux. Les plus réussis connaissent le lot des autres belles œuvres qui sont " filles de leur forme qui naît avant elles ". Encore ne faut-il pas tout confondre, et parler par exemple de film en abyme, de film-dans-le-film, de film au second degré, de " métacinéma " comme s'il s'agissait d'expressions équivalentes - ou étendre cette synonymie aux autres arts (qui n'en demandent pas tant) en plaçant sur le même plan " réflexif " les avatars d'une troupe théâtrale, les tourments d'un " mage romantique " ou la difficulté d'un tournage pour la seule et simple raison que ces histoires fort diverses ont pour commun dénominateur d'être des scénarios de cinéma. Hollywood à l'écran propose une étude historique des grandes fictions américaines consacrées au cinéma - et seulement à lui - en les reliant à un socle théorique qui apporte quelque précision. La double ambition du livre est d'y voir plus clair et d'en savoir plus long. D'où un va-et-vient entre la théorie et l'histoire qui détermine l'ouvrage tantôt comme une étude de cas (car les " métafilms hollywoodiens " forment un genre avec ses invariants et configurations propres), tantôt comme un récit qui, de Show People de King Vidor à The Party de Blake Edwards - en passant par Sunset Boulevard, Singin' in the Rain ou The Bad and the Beautiful - ne peut manquer de croiser l'histoire du cinéma lui-même. Aussi éloigné du Tout-Image contemporain que des dérives néoformalistes, Hollywood à l'écran renoue à la fois avec l'esthétique classique (et contemporaine) du cinéma et l'étude des œuvres pour présenter les linéaments (et un premier exemple) d'une poétique historique des films.
Résumé : Un barbu californien qui fait ses courses en robe de chambre, trois bagnards évadés, un coiffeur silencieux, une photographie de femme sur la plage, un bébé sur le toit d'une voiture... Qui peut évoquer les frères Coen sans que surgissent des scènes et des personnages marquants ? Mais loin de se limiter à sa dimension formelle, l'oeuvre de Joel et Ethan Coen est encore davantage celle de conteurs qui s'emparent, à chaque film, de la culture populaire américaine: musique, cinéma, littérature. Dylan, Preston Sturges, Raymond Chandler, comptent parmi les noms que les deux frères emportent dans leur grande traversée des Etats-Unis. Marc Cerisuelo et Claire Debru les pistent film par film, de Sang pour sang (1984) à leur tout récent diamant noir, Inside Llewyn Davis (2013).
Résumé : Un barbu californien qui fait ses courses en robe de chambre, trois bagnards évadés, un coiffeur silencieux, une photographie de femme sur la plage, un bébé sur le toit d'une voiture... Qui peut évoquer les frères Coen sans que surgissent des scènes et des personnages marquants ? Mais loin de se limiter à sa dimension formelle, l'oeuvre de Joel et Ethan Coen est encore davantage celle de conteurs qui s'emparent, à chaque film, de la culture populaire américaine : musique, cinéma, littérature. Dylan, Preston Sturges, Raymond Chandler, comptent parmi les noms que les deux frères emportent dans leur grande traversée des Etats-Unis. Marc Cerisuelo et Claire Debru les pistent film par film, de Sang pour sang (1984) à Macbeth (2021), en s'interrogeant sur leur héritage et l'empreinte qu'ils laissent d'ores et déjà dans l'histoire du cinéma.
Je suis dans la chambre de ma mère". Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : "Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement" L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur. En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'oeuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.