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Connaissance des Pères de l'Eglise N° 123, Septembre 2011 : Paulin de Nole
Vannier Marie-Anne ; Desmulliez Janine ; Amherdt D
NOUVELLE CITE
13,45 €
Épuisé
EAN :9782853136570
Dans le Seigneur Dieu Jésus Christ, et en toi tout particulièrement grâce au don et au Verbe de Dieu, j'ai le sentiment et j'éprouve avec liesse que rien ne se peut comparer à un ami fidèle, et que le langage de la grâce abonde chez l'homme bon. Car le réconfort que nous apporte ta charité est pour nous comme un médicament de vie, tes paroles comme des rayons de miel. Une bonne nouvelle de ta part venue d'une terre lointaine est pour nous l'eau fraîche de ceux qui ont soif. Cette nouvelle, en nous indiquant ta bonne santé et en nous redisant avec éloquence ta charité, engraisse nos os : elle nous comble ainsi tout ensemble de liesse et de joie puisqu'elle nous est apportée et délivrée par nos fils dans le Seigneur, tes serviteurs, de sorte que nous ne recevions pas seulement une lettre, mais aussi une part de toi-même. Que rendrons-nous à Notre Seigneur au-delà de tout ce qu'il nous a donné ? Pour cette grâce encore : toi, que, naguère, dans notre amitié profane nous chérissions déjà tout particulièrement, Il t'a attaché à nous dans ses oeuvres aussi - ce qui n'a pas de prix à nos yeux - par une fraternité spirituelle, pour être notre inséparable compagnon et partager notre condition. Vraiment, oui, tu es notre parent, notre frère et notre prochain ; toi, qui accomplis en nous aussi la volonté de Dieu et la plénitude de sa loi, tu nous aimes comme toi-même, ô notre ami dans la charité du Christ et notre frère dans la régénération de Dieu". Paulin De Nole, Lettre II, 1 et 6 (à Sulpice Sévère) ; traduction Cédric Vanhems, CSEL 29, pp 60 et 64.
Résumé : "La prière pure n'est jamais exempte d'impressions et de pensées matérielles. Sinon, il ne s'agirait plus de prière, mais d'une révélation qui serait arrivée. C'est uniquement à l'étape des révélations que la pensée est privée d'images et de ressemblances, et qu'elle se tient au-delà des impressions et de la matière, comme l'a dit Evagre : "L'intellect qui regarde Dieu au temps de la prière est libre des impressions et de la matière", ce qui en fait une révélation au-delà de la parole. Sinon, toute prière vocale, dans la mesure où la pensée y demeure pure, ne peut pas être au-delà des impressions. II ne dépend pas de nous que des pensées étrangères circulent ou ne circulent pas en nous au temps de la prière ; mais s'y arrêter pour les méditer ou ne pas s'y arrêter, cela dépend de nous [...]. L'ouvrage du priant est de se tenir dans la vigilance, afin de garder pure sa pensée, et de la détacher sans cesse de ce qui la lie aux objets, jusqu'à ce qu'il atteigne la conduite spirituelle et qu'en priant, il soit élevé au-delà de la lutte, parce que sa pensée aura été élevée au-delà de toutes les formes du monde présent ". Isaac Le Syrien, Oeuvres spirituelles II, Centurie III, § 11, Bellefontaine, Spiritualité orientale n° 81, 2003, pp. 201-202.
La fête de Noël a pris une telle place dans notre monde qu'elle tend à éclipser celle de Pàques, qui est pourtant la fête des fêtes, le centre de l'année liturgique. Mais si Noël apparaît fondamentalement comme la fête de la lumière, le déploiement commercial qui l'accompagne dès les premiers jours de novembre tend à estomper son sens véritable : l'avènement du Christ, notre Sauveur. Fête populaire, avec tout un folklore qui y est associé, Noël est une fête relativement récente, liée à la mise en place de l'Empire chrétien. Le chronographe la date de 354. Mais elle existait déjà avant, dès 330. En effet, "la célébration de Noël à Rome remonte aux alentours de 330 . Contemporaine de la construction de la basilique constantinienne de Saint-Pierre, elle semble s'être primitivement localisée au Vatican, dirigeant vers le Christ les hommages que le peuple romain venait rendre sur la même colline aux divinités de l'Orient. Le choix de la date du 25 décembre (solstice d'hiver), les allusions explicites des Pères au symbolisme du Christ soleil de justice (M/4, 2) et lumière du monde (Jn 8, 12) ne nous permettent pas de douter de l'intention qui fut celle de l'Eglise : opposer une fête chrétienne à celle du Sol invictus, qui était le symbole de l'ultime résistance du paganisme ". Initialement, la fête de Noël était liée à celle de l'Epiphanie (à laquelle nous avons consacré le numéro 80 de CPE), où le Christ est l'épiphanie de Dieu. Dans ce numéro de Connaissance des Pères de l'Eglise, nous allons suivre la genèse de la fête de Noël, en nous attachant à ceux qui en ont le mieux dégagé le sens : Ephrem le Syrien, les Cappadociens, Augustin et Léon le Grand. En un premier article, Nicolas Egender nous introduit aux Hymnes d'Ephrem qui célèbrent le mystère de Noël et qui ne sont pas sans annoncer Romanos le Mélode, qui a largement marqué toute la chrétienté occidentale. Puis, Raymond Winling dégage l'apport théologique de la prédication des Cappadociens pour Noël. Comme Augustin, ils mettent l'accent sur la dimension sotériologique du mystère de Noël et sur l'invitation à la divinisation qui est proposée. Mais il faudra attendre Léon le Grand, que présente Laurent Pidolle, pour que le mystère de Noël devienne sacramenlum dans la liturgie. Si les homélies de Léon le Grand sont de véritables joyaux, celles des Cappadociens et les Hymnes d'Ephrem ne le sont pas moins et nous invitent à entrer dans le mystère. D'une autre manière, picturale, cette fois, les moines de la Reichenau, fortement marqués par la lecture des Pères, nous ont laissé une remarquable enluminure sur Noël, que commente Louis Ridez et que nous reprenons en couverture de ce numéro. Marie-Anne VANNIER
Ils n'avaient qu'une âme et un cœur dans le Seigneur" (Ac 4,32). Si la charité a fait de tant d'âmes une seule âme et de tant de cœurs un seul cœur, quelle est la grandeur de la charité qui unit le Père et le Fils? Elle peut être plus grande en vérité que celle qui unissait ces hommes qui n'avaient qu'un seul cœur. Si donc cette multitude de frères n'avait qu'un seul cœur à cause de la charité, si cette multitude n'avait qu'une seule âme à cause de la charité, diras-tu de Dieu le Père et de Dieu le Fils qu'ils sont deux? S'ils sont deux dieux, ce n'est pas en eux que se trouve la charité suprême. Car si, ici-bas, la charité est telle qu'elle fait une seule âme de ton âme et de l'âme de ton frère, comment au ciel, le Père et le Fils ne sont-ils pas un seul Dieu? Que jamais la foi sincère n'admette une telle pensée! A quel point du reste cette charité l'emporte sur les autres, comprenez-le à ceci : autant il y a d'hommes, autant il y a d'âmes; s'ils s'aiment, ils forment une seule âme; néanmoins on peut encore parler de plusieurs âmes quand il s'agit des hommes, car leur union n'arrive jamais à une telle perfection. Là, au contraire, tu peux dire qu'il y a deux ou trois dieux. Cela te souligne la surabondance et la perfection suprême de cette charité, telle qu'il ne peut en exister d'autre. S. Augustin, Homélies sur l'Evangile de Jean XIV, 9, BA 71, pp743-745.
L'anthropologie patristique est encore assez peu étudiée. Or, elle demande à être redécouverte, car elle n'est pas sans anticiper certaines questions contemporaines. Nous retiendrons un point de cette anthropologie pour ce numéro : la question de la divinisation, qui n'est pas sans analogie apparente avec le transhumanisme. D'autre part, ce numéro renouvellera les études patristiques qui, tant avec l'ouvrage de Jules Gross qu'avec celui de Myrrha Lot-Borodine, montraient que la réflexion sur la divinisation vient des Pères grecs, alors que les Pères latins en traitent également, comme l'expliqueront un certain nombre d'intervenants, ce qui amènera à apporter un certain nombre de nuances et à rééquilibrer les perspectives.
VOICI le premier numéro de l'année 1988. Nous ne sommes plus au temps des voeux, mais je voudrais en formuler un. Or, que peut-on souhaiter aux lecteurs d'une revue, sinon d'en être contents ? Notre désir est ainsi de continuer à vous plaire en cheminant avec vous à travers le monde des Pères. D'ailleurs, il existe un moyen pour que ce souhait se réalise pleinement : c'est de nous faire part de vos remarques et de vos demandes. Grâce à elles nous pourrons continuer d'améliorer "Connaissance des Pères" . Ce numéro est intitulé : "Judaïsme et chrétienté" . Il est la continuation du précédent. Mais le changement de titre indique un changement de tonalité. Les relations entre le judaïsme et le christianisme ont connu deux phases. La première correspond à la situation de l'Eglise jusqu'au quatrième siècle. Elle est alors minoritaire dans un monde païen qui, très tôt, lui est hostile : c'est le temps des grandes persécutions. Au quatrième siècle on assiste à un retournement de situation. Le christianisme, toléré officiellement, devient religion d'Etat. Ainsi, aux quatrième et cinquième siècles, l'empire devient un pays de chrétienté. Une telle transformation ne pouvait manquer d'affecter les relations de l'Eglise avec le judaïsme. C'est ce que l'on vérifie effectivement en lisant les Pères contemporains de ce changement. Mais on retrouve, comme à la période précédente, la même variabilité d'attitudes. l'aide de deux des Pères les plus célèbres de l'époque, Jean Chrysostome et Augustin, nous vous proposons de découvrir comment était perçu le judaïsme dans des cultures et des lieux différents. Jean Chrysostome est sans doute le Père qui a été le plus accusé d'antisémitisme. Il n 'est pas facile de répondre. D'une part, Jean est sémite et sa langue maternelle est un dialecte araméen, le syriaque. D'autre part, à Antioche, comme en Syrie à cette époque, l'Eglise connaît une situation paradoxale : des chrétiens continuent de fréquenter régulièrement la synagogue. La réaction virulente de Jean est dans la ligne de Paul : continuer pour un chrétien à suivre les coutumes juives, c'est nier l'oeuvre salvatrice du Christ Jésus (cf Ga 5, 2) : à chacun de lire l'ensemble et de se faire son opinion. J. FANTINO, o. p.
Ce numéro est consacré aux symboles de la foi, ce que l'on désigne sous le nom plus familier de "Credo" . Avec cette appellation, on voit tout de suite de quoi il s'agit. On sait en effet que le "Credo" fait partie intégrante de la messe et que ce texte exprime l'essentiel de la foi de l'Eglise. Dans notre liturgie il en existe deux versions : le symbole de Nicée-Constantinople et le symbole des Apôtres. Mais il y en eut bien d'autres. Tous remontent au temps des Pères. Ces symboles de foi étaient utilisés essentiellement lors de la préparation au baptême des candidats qui, à cette époque, étaient pour la plupart adultes. On retrouve cela aujourd'hui : les catéchumènes adultes reçoivent le symbole de la foi lors d'une célébration préparatoire au baptême. Cet exemple montre l'enracinement liturgique des symboles. La liturgie en effet a toujours été le coeur de la vie des chrétiens : lectures, hymnes, prières, prédications, catéchèses, paroles et gestes des célébrations ont façonné la vie et la pensée des communautés chrétiennes au long des siècles. Ainsi la liturgie a été un lieu essentiel de création et de composition à toutes les époques en fonction des événements. C'est dans ce creuset que s'est forgée la théologie. C'est dans ce trésor que, tels les scribes avisés dont parle l'Evangile, les Pères ont tiré de l'ancien et du nouveau. C'est des textes qu'ils entendaient ou chantaient, qu'ils puisèrent les formules des premières confessions de foi, qui servirent notamment lors des célébrations baptismales. J. FANTINO, o. p.
Le Christianisme a commencé en Terre Sainte, et on sait qu'il s'est répandu très rapidement. Mais, sait-on qu'il fut très tôt présent dans le monde syro-palestinien qui recouvre les pays qui vont d'Israël et de la Jordanie jusqu'à la Turquie et à l'Iran actuels. Ainsi une Communauté chrétienne existe à Damas dès les années 35-36 : c'est elle qui accueille Paul lors de sa conversion. Il y a aussi Antioche où les croyants reçoivent pour la première fois le nom de chrétiens (Ac 11, 26). Le monde syro-palestinien a donc été très tôt gagné par la foi au Christ. Mais il possède également une autre caractéristique très importante. En effet, dans ces contrées les gens sont en général de langue araméenne. C'est une langue de cette famille que parlaient Jésus et ses disciples. L'araméen est davantage un ensemble de dialectes plutôt qu'une langue unique et uniforme. Toujours est-il que c'est dans cette culture araméenne, et donc sémite, que se fait dès les débuts du christianisme l'évangélisation des contrées du Proche-Orient. Ainsi dès le début il y eut des Eglises de culture araméenne qui parlent cette langue et célèbrent leur foi avec elle. Ephrem est un Père du IVe siècle appartenant à l'une de ces Eglises. C'est par lui que nous avons choisi de vous présenter les Eglises de langue araméenne. Peut-être le connaissez-vous déjà ou avez-vous entendu parler de lui. Ce numéro lui est consacré et commence par une introduction à la culture araméenne, avant de présenter Ephrem et son oeuvre.
Alexandrie, capitale de d'Egypte, est plus qu'une ville , comme Rome elle représente tout un monde, une culture, une histoire. Alexandrie frappe tout d'abord par son caractère cosmopolite , païens, juifs et chrétiens s'y côtoient. Alexandrie est le siège d'une forte communauté juive. L'un de ses membres, Philon, se servit de la pensée hellénistique pour exprimer sa foi. C'est également le lieu d'une communauté chrétienne très brillante où existe dès la fin du deuxième siècle une école de théologie qui est marquée par des noms célèbres : Clément et surtout Origène. Au carrefour de toutes les cultures qui le côtoient, le christianisme bénéficie de leurs influences, notamment juive. Cette rencontre du christianisme avec le judaïsme et l'hellénisme provoque l'émergence d'une réflexion chrétienne originale. Alexandrie est aussi une capitale. Le contraste est grand entre le pays et sa capitale. D'un côté il y a la grande ville, commerçant grâce à son port, de l'autre le pays d'Egypte uniquement agricole. Contraste encore par la langue. D'une part le grec, la langue officielle, celle des commerçants, des fonctionnaires, des lettrés et, d'autre part, la langue du peuple, le copte. Pourtant, malgré ce contraste le pays et sa capitale constituent une réalité profondément une. C'est particulièrement vrai de l'Eglise. Ainsi, par exemple, le peuple chrétien fait corps avec son patriarche, le "pape" d'Alexandrie. Parmi les plus illustres citons Athanase et Cyrille. C'est aussi de cette Eglise et de ce peuple que viennent la plupart de ceux et celles qui vont se retirer au désert pour mener la vie monacale. Et il faut évoquer ici la figure d'Antoine le "Père des moines" . Ce numéro veut vous faire découvrir ou retrouver quelques aspects de ce monde constitué par Alexandrie et le pays d'Egypte au temps des Pères. J. FANTINO, o. p.