Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Walker Evans dans le temps et dans l'histoire
Chevrier Jean-François
ARACHNEEN
24,99 €
Épuisé
EAN :9782952930253
En cinq textes, dont deux inédits, Jean-François Chevrier propose une nouvelle approche de l uvre de Walker Evans (1903-1975). Le premier est une étude image par image d American Photographs, le livre d Evans paru en 1938 à l occasion de sa première rétrospective au Museum of Modern art. Le texte suivant commente un reportage réalisé par Evans sur le parti communiste américain pour le magazine Fortune en 1934. L auteur analyse ensuite le faux vrai dialogue entre Evans et Henri Cartier-Bresson autour de leurs images d Amérique, puis la réception de l oeuvre d Evans par les artistes américains des années 1960, et ses échos dans les travaux photographiques de Dan Graham. Dans le dernier texte, il met en relation Many Are Called (1966), le livre constitué de portraits anonymes pris dans le métro new-yorkais à la fin des années 1930, et les portraits dramatiques, « anti-pop », d Andy Warhol.
Cette somme rassemble un choix de textes partis et inédits, fruit de trente années de recherche sur l'art du dix-neuvième siècle à nos jours. Elle propose un récit foisonnant, vivant, lacunaire, érudit. L'art moderne a renouvelé les modes de perception, les définitions et les hiérarchies, le vocabulaire et la syntaxe des formes; depuis l'invention de la photographie, premier procédé d'enregistrement, il n'a cessé de se réinventer, entre oeuvre et activité. Jean-François Chevrier écarte les périodisations convenues (modernisme, postmodernisme) et les labels. Il fait apparaître des mécanismes de création, des réseaux de figures et des territoires qui participent de l'histoire autant que de la poésie. II retrace des situations spécifiques dans lesquelles une pensée et un geste ont fait surgir une forme, ici et maintenant, au-delà d'une conception étroite de l'actuel. Une phrase de Mallarmé pourrait servir d'épigraphe aux sept livres: "Mal informé celui qui se crierait son propre contemporain."
Ce que nous voyons c'est Anselme Boix-Vives, sauvage émerveillé, créant des fables à une allure incroyable, fables de sa propre vie. Des créatures éclatantes, florissantes, ensorcelantes, prennent vie." Corneille, 1966.
Accompagnée d une lettre inédite de Marcel Proust, voici la réédition d un essai de 1982 du plus grand historien français de la photographie, Jean-François Chevrier Le livre se compose de deux parties. Proust et la photographie propose une analogie entre la mémoire involontaire, à l origine de la vocation littéraire de l auteur d À la recherche du temps perdu, et les mécanismes inconscients à l oeuvre dans la photographie. La résurrection de Venise assemble des fragments: un brouillon pour Le Temps retrouvé, une lettre inédite de Proust de 1903, des croquis et daguerréotypes de l historien de l art John Ruskin (dont l importance de la pensée pour Proust est connue), qui mettent l accent sur la place de Venise dans la genèse de la Recherche. Dans un essai rédigé pour ce recueil, Jean-François Chevrier entre dans ce réseau de correspondances, soulignant la place de la correspondance dans l élaboration d une écriture qui, en 1903, « s agite dans les ténèbres ». Le recueil s achève sur un épilogue qui met à nouveau face à face Proust et Ruskin, autour du « petit monstre » de la cathédrale de Rouen gravé par Ruskin et remarqué par Proust. De quoi ce petit monstre est-il l image, si ce n est de l humain innommé, éternellement perdu de vue et retrouvé par la force de la pensée?
Le titre, Autoportrait dans l'atelier - un thème iconographique familier de l'histoire de la peinture -, doit être entendu ici à la lettre : ce livre est un autoportrait, mais seulement dans la mesure où, à la fin, le lecteur pourra en déchiffrer les traits à travers le patient examen des images, des photographies, des objets, des tableaux présents dans les ateliers où l'auteur a travaillé et travaille encore. Le pari d'Agamben est, dès lors, celui de réussir à parler de lui seulement et exclusivement en parlant des autres : les poètes, les philosophes, les peintres, les musiciens, les amis, les passions - en somme les rencontres et les confrontations qui ont décidé de sa formation et ont nourri et nourrissent encore sa propre écriture, de Heidegger à Elsa Morante, de Melville à Benjamin, de Giorgio Caproni à Giovanni Urbani. Les illustrations font donc partie intégrante de ce livre, elles composent avec le texte non pas une autobiographie mais une autohétérographie des plus fidèles, et intemporelle.
Deligny Fernand ; Alvarez de Toledo Sandra ; Migue
Dans le cadre de ses tentatives pédagogiques, ou anti-pédagogiques, Fernand Deligny (1913-1996), éducateur, écrivain, a manifesté de tout temps un intérêt pour le cinéma. Dans les textes de ce recueil, il s'interroge d'abord sur ce qu'une certaine pratique cinématographique, qu'il appelle "camérer" (plutôt que filmer), peut bien signifier. Puis, dans un dialogue serré avec lui-même et avec l'énigme de la perception autistique (il a vécu pendant trente ans avec des enfants autistes), il aborde l'image, une et multiple, celle qui ne se voit pas, celle qu'ont en partage le poète et le cinéaste, celle qui fait "repère" , celle qui ne se laisse pas prendre. La quasi-totalité des textes de Deligny et l'iconographie qui les accompagne sont inédits, de même que les essais critiques proposés par les meilleurs connaisseurs de son oeuvre.
Fernand Deligny écrit Lettres à un travailleur social en 1984-1985. Depuis le début des années 1970, il a publié une dizaine de livres qui portent sur la "tentative" des Cévennes avec des enfants autistes. Il s'est éloigné des travailleurs sociaux. Ceux-ci lui reprochent son écriture "hermétique" et voudraient le voir renouer avec l'esprit militant des aphorismes de Graine de crapule (1945). Deligny répond sans répondre. S'adressant à "un travailleur social quel qu'il soit", c'est précisément dans cette langue "en tant qu'outil" qu'il veut persuader les travailleurs sociaux de penser leur tâche. Sa proposition est politique : il pointe les risques d'une liberté indexée sur l'individualisme, et d'une psychologie organisée autour de l'hypostase du "sujet absolu" et de la "conscience de soi". Dans des pages que ne renieraient pas les critiques actuelles les plus radicales sur l'école, il met en garde contre les formes de l'"apprendre" qui négligent les "faits hérétiques", les faits "chiendent", ceux qui résistent à la "sélection". Il suggère de respecter le hasard, et le tacite, dont il reprend la notion à Ludwig Wittgenstein. Il interroge un commun coutumier, indissociable de la pratique qui consiste à "asiler" l'humain, celui en qui la mémoire d'éducation n'aurait pas totalement supplanté la mémoire d'espèce... Dans une postface généreuse et éclairante organisée en trois parties, Pierre Macherey répond en quelque sorte, lui, à l'inquiétude du travailleur social. Dépliant l'écriture de Deligny sans l'expliquer, proposant de lui reconnaître son étrangeté, il souligne la parenté entre la langue et les thèmes abordés : I'"entre", de préférence aux grandes totalisations ; l''"énigme", qui appelle le silence. Puis il analyse l'une des lettres, dont il dégage en particulier le thème de l'"aller ligne" - formule reprise à Henri Michaux -, en montrant qu'elle conduit Deligny de "la simple évocation d'une file d'enfants" à des considérations de portée "tendanciellement cosmique". Il propose enfin un florilège de citations de Lettres à un travailleur social, associées et commentées de manière à en faire apparaître clairement la trame et les principales lignes de force.
Ce livre témoigne d'une réflexion menée pendant une dizaine d'années sur le travail. Il porte la trace d'un déplacement d'accent qui ne doit pas être effacé : l'hésitation qu'il recèle est en elle-même un enjeu. En effet, passer d'une reconnaissance de la dimension émancipatrice du travail comme lieu de désobéissance possible à l'accentuation de son lien à la mort, au négatif, présent dès le départ mais qui l'emporte de plus en plus dans le contexte néolibéral, ce n'est pas changer d'avis sur la signification de la dimension laborieuse de l'existence sociale, mais accepter qu'elle soit le lieu d'une contradiction pour l'instant insoluble. Au lieu d'opposer les deux libérations du travail, celle où le travail se libère et celle où l'on s'en libère, il faut sans doute essayer de penser comment on ne peut se libérer du travail qu'en le libérant. La question cruciale est de savoir laquelle des deux libérations domine l'autre, ou laquelle s'effectue sous domination de l'autre. Disons que l'orientation de ces réflexions penche plutôt vers l'idée que, dans le contexte d'une lutte politique, la libération du travail, sa réorganisation, ne devrait se faire que dans la perspective de son abolition, mais que cette abolition ne peut s'amorcer que sur la base de sa réorganisation, ou de sa désorganisation... Par ailleurs, les destructions à l'oeuvre dans le monde du travail ne peuvent aucunement être confondues avec l'abolition du travail, elles en constituent plutôt une métamorphose qui déploie au maximum sa négativité, et qui renforce le travail tout en le dépassant. Souligner cette perspective, c'est faire apparaître du même coup d'autres orientations, dans lesquelles son dépassement pourrait oeuvrer au contraire à son abolition.