Qu'est-ce que le bolchevisme ? réunit les rares écrits de Léon Chestov (1866-1938) qui renvoient directement à une actualité politique. Le plus important d'entre eux, qui donne son titre au recueil, est rédigé en 1920 à Genève où le philosophe exilé venait de trouver refuge, et très vite publié en traduction française dans un numéro du Mercure de France. Il s'inscrit ainsi dans toute une série de textes consacrés alors en France à l'"énigme russe", dont l'historien Jean-Louis Panné dresse un panorama exhaustif dans sa postface. Les deux autres articles sont publiés ici en français pour la première fois. "Les oiseaux de feu", écrit quelques mois seulement après les événements d'Octobre, est déjà une critique acerbe des idéologues russes qui entretiennent à coups de décrets l'illusion d'une révolution. Par son titre même, "Les menaces des barbares d'aujourd'hui", publié en Inde en 1934 dans une revue d'inspiration théosophique, prend une résonance toute particulière aujourd'hui. Chestov y met au jour l'étrange ressemblance entre les bolcheviks de la Russie soviétique et les nouveaux "barbares" de l'Allemagne nazie.
Chestov Léon ; Schloezer Boris de ; Montmollin Isa
VIIe tome des OEuvres complètes voulues par Léon Chestov, Sur la balance de Job regroupe, sous le signe de Job et de sa douleur "plus lourde que le sable de la mer", certaines des plus belles pages du philosophe russe. Autour des 52 aphorismes d'"Audaces et soumissions", ces "Pérégrinations à travers les âmes" nous conduisent en effet de Tolstoï et Dostoïevski - avec le livre Les Révélations de la mort, initialement paru chez Plon en 1923 - à Plotin et à ses "Discours exaspérés", en passant par Descartes, Spinoza ("Les favoris et les déshérités de l'histoire") et Pascal ("La nuit de Gethsémani").
Chestov Léon ; Steiner George ; Schloezer Boris de
Dostoïevski et Nietzsche n'écrivent pas pour répandre leurs convictions parmi les hommes et pour instruire leur prochain. Mais ils cherchent eux-mêmes la lumière ; ils ne peuvent croire que la lumière qu'ils distinguent soit la vraie lumière et non pas un feu follet ou bien, pis encore, une hallucination de leur imagination maladive. Ils s'adressent au lecteur ainsi qu'à un témoin ; ils veulent obtenir de lui le droit de penser à leur propre façon, d'espérer, d'exister." Léon Chestov, "Préface" à La Philosophie de la tragédie, janvier 1903
Six nuits sur l'Acropole est l'unique roman publié, à titre posthume, par le poète Georges Séféris, prix Nobel de Littérature en 1963. Portrait hachuré d'une poignée de jeunes gens "en quête de cohésion" sur le rocher de l'Acropole, à la pleine lune, ce récit, d'une grande liberté de ton et d'allure, apparaît aussi comme le portrait d'une ville, Athènes dans les années 20, d'une génération s'ébrouant dans une bohême qu'on dirait encore neuve, et d'une jeunesse revisitée : celle de l'auteur lui-même, partagé entre un passé amputé, omniprésent, et l'apprentissage de sa liberté.
Du temps a-t-il passé encore? Toujours la tempête. Et quelqu'un s'y fraie un chemin pour nous rejoindre tous les trois au premier plan, à l'abri du vent. Est-ce lui? Oui, c'est Gregor, nom de résistant: Jonathan, et il porte quelqu'un d'autre dans ses bras. Est-ce elle? Oui, c'est Ursula, nom de résistante: Sneena, la Neigeuse, sa soeur. Et elle n'est plus en vie. Ou: Elle est encore en vie, pour un instant, à moins que je me trompe?, debout, affaissée, assise, couchée, mourante. Ses parents, mes grands-parents, reprennent peu à peu leurs esprits. Et les deux disent:"Je le savais"."
Ayant par miracle survécu à cinq années de Goulag, Julius Margolin (1900-1971) est l'auteur d'un témoignage majeur, Voyage au pays des Ze-Ka, écrit dès son retour à Tel-Aviv en 1946. On y quittait Margolin à la sortie du camp, à l'été 1945, sans savoir comment se terminerait son odyssée. Luba Jurgenson a retrouvé et rassemblé des textes inédits de l'auteur relatant le retour, "Le chemin vers l'Occident, Slavgorod, Lodz, Varsovie, Paris, Marseille, après une année passée dans l'Altaï où il fut assigné à résidence à sa libération. Mais aussi une autobiographie inachevée,"Huit chapitres sur l'enfance", qui sont comme un prélude à"l'éducation européenne"de Margotin, permettant de comprendre le cadre social et intellectuel à l'intérieur duquel se forgera le récit de l'expérience fondamentale, celle de la confrontation de l'individu à la violence d'Etat."
Publié en 1924 et traduit en français dès l'année suivante, Route des Indes est le dernier et le plus complexe des romans de Forster. La tentative de relier deux mondes que tout oppose, déjà au coeur de ses livres antérieurs, y acquiert une tout autre dimension, confrontant cette fois la réalité infiniment confuse et mystérieuse, insaisissable, de l'Inde à l'orgueil et aux préjugés britanniques. Le roman est ici suivi d'Au fil de l'Inde, recueil d'articles écrits par Forster à la suite de ses voyages, en 1914 et 1923, et réunis par lui sous ce titre en 1936.