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Extrême-Orient Extrême-Occident N° 27 : Y a -t-il une philosophie chinoise ? Un état de la question
CHENG ANNE
PU VINCENNES
15,00 €
Épuisé
EAN :9782842921729
Y a-t-il une philosophie chinoise ? ". Cette question, issue de l'institution philosophique européenne du XIXe siècle, revient encore de manière plus ou moins implicite près de deux siècles plus tard dans ce qui se dit et se lit actuellement sur la Chine. Il est donc temps, ne serait-ce que pour la déclarer une fois pour toutes obsolète, d'en dresser un état des lieux. C'est elle qui a servi de fil rouge aux travaux, menés de manière collégiale et internationale depuis plusieurs années, qui constituent la matière de ce volume. Il s'agit ici d'un chantier qui s'est constitué dans un échange continu et vivant entre des auteurs français, mais aussi européens et chinois, qui leur a permis au fur et à mesure d'affiner leurs réflexions respectives. Le volume qui en résulte se présente donc sous la forme originale d'un réseau de renvois internes entre les différents textes. On obtient ainsi un effet de prisme qui a l'avantage de démultiplier les points de vue, sans jamais se départir d'une perspective critique ni verser dans des réponses dogmatiques ou réductrices qui sont encore trop souvent monnaie courante en la matière.
Pour les Grecs, le despotisme était le mode de gouvernement rencontré chez les barbares asiatiques qui, parce qu'ils étaient esclaves par nature, se soumettaient volontairement à un souverain héréditaire absolu. La tyrannie en revanche était un moment temporaire dans l'histoire des cités. Le concept de despotisme oriental est repris par les Européens pour décrire l'Empire ottoman d'abord sur le mode d'une menace organisée et implacable, ensuite comme un système au rendement toujours décroissant. Les descriptions du système soviétique au XXe siècle ont suivi ces deux étapes. Bien souvent, au XVIIIe siècle, la référence au despotisme est une critique plus ou moins voilée de la monarchie absolue européenne. En revanche, le " despotisme éclairé " sert à justifier un passage en force pour établir des réformes jugées indispensables. Dans le dernier tiers de ce siècle, il sert de justification aux projets de conquête coloniale dans l'Ancien Monde. Cette conquête, qui voudrait se poser comme libératrice, trouve finalement sa justification dans le despotisme éclairé (fardeau de l'homme blanc, mission civilisatrice). La modernisation autoritaire de ces pays reprend ainsi tout ce discours tout en utilisant une référence identitaire de nature essentialiste. Ainsi un discours produit pour justifier la domination de l'autre peut servir aujourd'hui la perpétuation de régimes autoritaires par les pouvoirs qui régissent les pays concernés rejetant comme étrangères les doctrines libérales. Tels sont les différents aspects du concept de " despotisme oriental ", envisagé dans son historicité et réactivé à la lumière des réalités du monde d'aujourd'hui, qui sont abordés dans ce volume issu d'un colloque tenu au Collège de France en juin 2024.
Un livre qui viendra compléter le «Traité d?efficacité» de François Jullien présenté en résumé dans Réflexion Faite de mai dernier. Anne Cheng en retraçant quatre mille ans de pensée chinoise contribuera certainement à briser la perception réductrice que l?on a malheureusement souvent de cette région du monde et qui ne nous fait retenir que certains aspects religieux ou une simple sagesse.
Un mythe concernant la Chine hante les élites et les intellectuels : les Chinois penseraient différemment des Occidentaux, affichant une radicale altérité. Dans l'Europe des Lumières s'est construite, puis figée, l'image d'une Chine dotée d'une écriture idéographique, soumise à une tradition despotique et isolée du reste du monde pendant des siècles, ce qui expliquerait son immobilisme philosophique, politique et scientifique dont l'Occident serait opportunément venu la tirer, avant d'en découvrir à son tour la sagesse. Cette vision du monde exerce en retour une influence considérable sur la façon dont les élites chinoises ont envisagé leur propre culture, dénigrée du fait de son supposé retard, puis aujourd'hui exaltée par le régime en place comme une identité nationale spécifique. Il a donc paru opportun d'offrir aux lecteurs un état des lieux, inédit et pionnier, de ce qu'est aujourd'hui la pensée en Chine. Ce travail collectif de spécialistes européens et chinois a pour souci premier et constant de fournir une information précise, critique et contextualisée sur quatre grands thèmes : les dynamiques de la modernité chinoise; l'invention des catégories modernes (philosophie, religion, médecine); les questions d'identité (écriture, langue, histoire); l'introuvable altérité, enfin.