Qu'en est-il du sexuel aujourd'hui? Dans la perspective psychanalytique, sexualité et organisation du psychisme sont consubstantielles. Pour la psychanalyse la sexualité humaine ne se réduit pas au biologique, elle est une psychosexualité, et le sexuel est organisateur du psychisme et des conduites. Plus précisément la théorie des pulsions place la sexualité au centre du psychisme, ce qui constitue la révolution copernicienne initiée par Freud. La sexualité est la condition même du devenir humain, c'est-à-dire du développement du psychisme et de la culture dans la mesure où il n'y pas de sexualité sans culture, ni de culture sans fondement pulsionnel. La problématique abordée dans ce livre est celle de la nécessité structurale de la reconnaissance de la différence des sexes, qui s'articule en aval à la différence moi/non-moi et en amont à la différence des générations. Avec la question du genre, les théories "queer" s'y opposent: elles remettent en cause les distinctions proposées en avançant qu'elles sont imposées par l'ordre social et sa répression, et elles prônent les bienfaits de la désexualisation. Ce point de vue est discuté par les auteurs de notre réseau de recherche, qui dans des approches variées et complémentaires, prennent en compte la complexité des contextes culturels et les spécificités d'une crise contemporaine du sexuel, tout en maintenant la référence freudienne au sexuel au coeur de leur réflexion.
Au regard de la clinique contemporaine, tant individuelle que collective, il semble important de distinguer le sadisme et la cruauté qui sont des manifestations des pulsions agressives et destructrices, c'est-à-dire des expressions des pulsions de mort. Le sadisme et la cruauté entretiennent cependant des liens différents avec les pulsions sexuelles et d'autoconservation. Dans la première partie des Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud remarque qu'avec le sadisme il s'agit de prendre du plaisir en infligeant de la douleur, le sadisme étant emprunt de sexualité et celui qui agresse s'identifiant à celui qu'il fait souffrir. Les contributeurs de cet ouvrage reprennent l'idée d'André Green retravaillée par Dominique Cupa qu'il existe une destructivité à but autoconservatif, narcissique et non pas de jouissance : la cruauté. Celle-ci est prise dans un mouvement où l'autre n'est plus investi, mais désinvesti comme sujet, où il est déshumanisé et peut être alors traité avec la dernière des barbaries. Le fil rouge de ce travail a donc été tissé autour de réflexions sur des figures de cruauté qui, au-delà de la sphère thérapeutique, peuvent désorganiser, malmener au plus haut point et marquer, influencer les sphères sociales, culturelles, éthologiques et artistiques.
Par rapport à l'entrée directe dans la vie dite active, le cadre des études supérieures offre la possibilité d'un espace d'expérimentation et de mise à l'épreuve entre l'adolescence et l'âge mûr. Une période plus ou moins prolongée s'ouvre ainsi, durant laquelle peut s'organiser une aire de transition, combinaison d'immaturité prolongée et de précocité provoquée (E. Erikson, 1972). Si l'université est un cadre qui présente en apparence de nombreux attraits socio-affectifs, notamment en terme de liberté, ce sentiment peut se heurter à la difficulté de maîtriser les contours propres à ce nouvel univers ; véritable "passage" au sens ethnologique, avec son ? temps d'étrangeté "d'apprentissage" des règles, voire des rites, l'étudiant devra en décrypter les contours, ? s'affilier et en faire transitoirement son "métier ? (A. Coulon, 1997). Dans ce contexte, l'intégration sociale reste déterminante, et le risque d'isolement et de rupture toujours possible. Mais que peut-on dire, spécifiquement, du phénomène de mal-être chez les étudiants ? Essentiellement, qu'il se situe dans un entre-deux : entre les manifestations symptomatiques de l'adolescence, faites d'investissements et de désinvestissements massifs, et la psychopathologie de l'adulte. Ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre. Si notre société offre aux adolescents et jeunes adultes la possibilité d'un sas aux limites aussi floues que de plus en plus étendues, dans le même temps, le droit à l'erreur académique est limité, tout échec pouvant conduire à une sortie du système sans grande possibilité de retour ultérieur. Ajouté à cela qu'aujourd'hui les jeunes vivent dans un climat de grande liberté, avec pour consigne : Fais ce que tu veux mais sois performant ! et nous avons là les ingrédients d'une situation anxiogène non négligeable.
Marty François ; Danan Albert ; Cady Sylvie ; Sibo
Toute psychothérapie, qui touche à l'âme et au corps et qui se veut novatrice, doit entraîner une autre vision de la thérapeutique. Cet ouvrage entend montrer qu'à partir de la relation donnée, il est possible de créer des méthodes psychothérapiques nouvelles pour prendre soin des personnes présentant une pathologie psycho- somatique à un moment crucial de leur vie. Psychothérapies qui ne s'avèrent efficaces que parce qu'elles constituent avant tout des moyens de faire des découvertes, dans le sens de la connaissance de l'autre. Disons-le clairement il ne s'agit pas ici d'appliquer une méthode, au risque de s'enfermer dans la redondance, mais plutôt de créer pour que chacun, selon ce qu'il fait, ce qu'il est, apporte librement sa contribution. Et il est important que tout cela aboutisse à un ensemble où peuvent se reconnaître l'unité et la diversité d'une seule et même situation relationnelle. Si, d'un bout à l'autre de ces travaux, l'affect et la pathologie psychosomatique constituent le fil conducteur de toute visée thérapeutique, il y a là comme une manière de restituer à la relation et à la conscience onirique une place qui doit lui revenir, mais que ne cesse d'occulter une adaptation s'effectuant à l'intérieur d'un contexte socioculturel marqué par le banal.
Biographie de l'auteur Philippe Gutton est psychiatre, psychanalyste. Professeur honoraire des universités, il a fondé en 1983 et dirige depuis la revue Adolescence.
La violence s'étend. Comme une mauvaise herbe, elle s'enracine dans nos sociétés européennes avec une sauvagerie nouvelle qui engendre la peur au point de sembler moins l'effet d'une politique locale que d'une civilisation, peut-être même de l'abandon de toute idée de civilisation. Parce que ce livre est composé à plusieurs voix, il jette un éclairage bref mais précis sur les différentes causes de la violence. Des auteurs de plusieurs pays et de différents corps de métiers analysent la singularité de la violence selon l'angle où chacun l'observe. On découvre ainsi que la violence n'est pas monolithique, anonyme, mais qu'elle procède de l'histoire des pays, parfois de l'oubli de leur histoire. Architecte-urbaniste, avocat, journaliste, psychanalystes psychiatres, psychologues mais aussi ados d'une de ces banlieues oubliées, aident à préciser les conditions des manifestations de la violence dans la ville, dans la société, dans la clinique et les différentes fonctions qu'elle peut prendre. Ainsi, ces ados des cités témoignent ici que, convertie, la violence peut aussi devenir vie, énergie et régénérer pour créer, comme ce "polar" qu'ils ont publié alors que brûlaient des autobus.