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Les corps vils. Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles
Chamayou Grégoire
LA DECOUVERTE
24,90 €
Épuisé
EAN :9782707156464
Ecoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez Pasteur demander à l'empereur du Brésil des corps de détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez Koch préconiser l'internement des indigènes auxquels il administrait des injections d'arsenic. "On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d'importance", disait Furetière en 1690 dans son Dictionnaire universel. Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés à mort, les "corps vils" qui ont historiquement servi de matériau expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire ignorée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de l'allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de l'innovation? qui en récolte les bénéfices?), il interroge le lien étroit qui s'est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe et la dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d'être vécues. Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu se développer ce qu'il faut bien appeler des "rationalités abominables", chargées de justifier l'injustifiable? Cette étude historique des technologies d'avilissement appelle ainsi à la constitution d'une philosophie politique de la pratique scientifique. Biographie de l'auteur Grégoire Chamayou, ancien élève de l'ENS-LSH, est agrégé de philosophie.
Biographie de l'auteur Jonathan Craryest professeur de théorie de l'art moderne à l'Université de Columbia à New York. Il est notamment l'auteur de L'art de l'observateur, vision et modernité au XIXe siècle, paru chez Jacqueline Chambon en 1994.
Résumé : Tandis que le philosophe Carl Schmitt veut convaincre, en 1932, le patronat allemand de la nécessité d'un Etat fort, le juriste antifasciste Hermann Heller lui répond à boulets rouges en dénonçant le projet d'un libéralisme autoritaire, étrange synthèse entre libéralisme économique et autoritarisme politique. Le 23 novembre 1932, au seuil de l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne, le philosophe Carl Schmitt prononce une conférence à l'invitation d'une organisation patronale, la Langname Verein. Ce discours fut un événement décisif, qui contribua à rallier le patronat allemand à l'option autoritaire. Son titre annonce le programme : Etat fort et économie saine. Mobilisant des moyens de puissance inouïs, promet Schmitt, ce nouvel Etat fort ne tolérera plus l'émergence en son sein de forces subversives. Alors que la politique démocratique confond Etat et société, la politique autoritaire-totale dépolitisera la société et renforcera l'Etat, ceci dans les strictes bornes d'une distinction bien comprise entre Etat et économie. La lutte des classes ayant ainsi été placée sous le talon de fer de l'Etat, l'économie pourra refleurir. Lorsqu'il lit ce texte de Schmitt, son adversaire de toujours, le juriste antifasciste Hermann Heller, ne saisit que trop bien de quoi il s'agit. Peu avant de prendre le chemin de l'exil (il mourra en Espagne l'année suivante), il laisse un court texte qui compte parmi les plus clairvoyants de la période. Nous assistons là, analyse-t-il, à l'invention d'une nouvelle catégorie politique, un petit monstre conceptuel, le programme d'un libéralisme autoritaire. Ce recueil rassemble ces deux textes majeurs de la pensée politique, encore inédits en français, avec un appareil critique et une longue introduction qui restitue le contexte et problématise l'actualité de la notion de libéralisme autoritaire.
Ces treize textes de Kant sur le corps et l'esprit recouvrent tous les domaines explorés par le philosophe : la métaphysique, la philosophie critique et l'éthique. Ils permettent de découvrir un versant inédit de la philosophie kantienne : le thème de la maîtrise de soi, de la diététique philosophique du corps, inspiré des grandes morales antiques.
Écoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez Pasteur demander à l?Empereur du Brésil des corps de détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez Koch préconiser l?internement des indigènes auxquels il administrait des injections d?Arsenic. « On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d?importance » disait Furetière en 1690 dans son Dictionnaire universel. Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés à mort, les « corps vils » qui ont historiquement servi de matériau expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire occultée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de l?allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de l?innovation? qui en récolte les bénéfices?), il interroge le lien étroit qui s?est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe, et la dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d?être vécues. Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu se développer ce qu?il faut bien appeler des « rationalités abominables », chargées de justifier l?injustifiable? Critique et informé, l?ouvrage fait apparaître les crises, les dissensions internes autour de définitions et pratiques antagoniques de la rationalité scientifique et de la recherche expérimentale. Grégoire Chamayou montre en particulier que les dispositifs permettant d?acquérir des corps changent, depuis l?introduction de l?inoculation, en 1721, jusqu?au début du XXe siècle, où le cobaye moderne se rapproche du salarié? libre de consentir à la tâche qu?on lui propose. Il éclaire les limites d?une problématisation strictement éthique de l?expérimentation scientifique. À travers notamment l?étude historique des apories du consentement - catégorie centrale de la bioéthique moderne, qui postule les sujets libres et égaux alors qu?ils connaissent, dans leur situation réelle, la contrainte et l?inégalité -, l?auteur montre qu?une éthique de la recherche ne suffit pas. Cette étude historique des technologies d?avilissement appelle ainsi à la constitution d?une philosophie politique de la pratique scientifique.
Crawley Quinn Josephine ; Pignarre Philippe ; Bonn
Qui sont les Phéniciens ? Un peuple de l'Antiquité auquel les Grecs auraient emprunté l'alphabet ? Des commerçants et des navigateurs exceptionnels partis du Levant (Tyr, Sidon, le Liban actuel) pour fonder Carthage, dont l'empire concurrencera les cités grecques en Sicile ou en Sardaigne, jusqu'à sa destruction par Rome ? Un peuple pratiquant une religion cruelle avec un dieu exigeant l'immolation d'enfants, source d'inspiration du Salammbô de Flaubert ? Pourquoi, comparés aux Grecs et aux Romains, sont-ils finalement presque insignifiants dans nos histoires et nos récits de l'Antiquité ? Comme dans une enquête policière, l'auteure retrace tout ce que l'on sait sur eux et qui renverrait à une " identité " phénicienne, à un peuple original. Elle explore successivement la langue, la religion, les colonies, l'influence régionale de Carthage. Elle s'appuie sur l'épigraphie, la numismatique, l'architecture, les dernières découvertes archéologiques. A chaque fois que l'on croit saisir cette identité, elle s'échappe... On n'est désormais même plus du tout certain que Carthage ait été une colonie de Tyr ou de Sidon... Les Phéniciens constituaient-ils un véritable peuple ? Etaient-ils reconnus comme tel par leurs contemporains ? Ce qui est certain, c'est qu'ils ont fait l'objet d'une multitude d'opérations d'instrumentalisation (et de fantasmes ! ) : par les Grecs, les Romains et, quelques siècles plus tard, par les Irlandais puis les Anglais et, enfin, les Français !
Que signifie "protéger la nature" ? Répondre à cette question concrète, urgente, suppose d'affronter une question proprement philosophique. Car la notion même de "nature" ne va plus de soi. On a pris l'habitude d'aborder l'environnement à partir des oppositions entre nature et culture, naturel et artificiel, sauvage et domestique, que la globalisation de la crise environnementale a effacées : le changement climatique remet en cause la distinction traditionnelle entre histoire de la nature et histoire humaine. Ces oppositions tranchées n'ont plus lieu d'être, mais leur effacement ne signifie pas pour autant le triomphe de l'artifice. On peut continuer à parler de "nature" et même en parler mieux, parce qu'il n'y a plus à choisir entre l'homme et la nature, mais plutôt à se-soucier des relations entre les hommes, dans leur diversité, et la diversité des formes de vie. Que l'on s'intéresse à la protection de l'environnement, aux techniques ou à la justice environnementale, cet ouvrage montre qu'il est possible de concilier le souci de la nature, la diversité des cultures et l'équité entre les hommes ; et qu'il existe aussi des manières d'agir avec la nature et pas contre elle.
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.
Harper Kyle ; Pignarre Philippe ; Rossignol Benoît
Comment Rome est-elle passée d'un million d'habitants à 20 000 (à peine de quoi remplir un angle du Colisée) ? Que s'est-il passé quand 350 000 habitants sur 500 000 sont morts de la peste bubonique à Constantinople ? On ne peut plus désormais raconter l'histoire de la chute de Rome en faisant comme si l'environnement (climat, bacilles mortels) était resté stable. L'Empire tardif a été le moment d'un changement décisif : la fin de l'Optimum climatique romain qui, plus humide, avait été une bénédiction pour toute la région méditerranéenne. Les changements climatiques ont favorisé l'évolution des germes, comme Yersinia pestis, le bacille de la peste bubonique. Mais "les Romains ont été aussi les complices de la mise en place d'une écologie des maladies qui ont assuré leur perte". Les bains publics étaient des bouillons de culture ; les égouts stagnaient sous les villes ; les greniers à blé étaient une bénédiction pour les rats ; les routes commerciales qui reliaient tout l'Empire ont permis la propagation des épidémies de la mer Caspienne au mur d'Hadrien avec une efficacité jusque-là inconnue. Le temps des pandémies était arrivé. Face à ces catastrophes, les habitants de l'Empire ont cru la fin du monde arrivée. Les religions eschatologiques, le christianisme, puis l'islam, ont alors triomphé des religions païennes.