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Les passages Blanqui : Walter Benjamin entre mélancolie et révolution
Abensour Miguel
SENS ET TONKA
8,50 €
Épuisé
EAN :9782845342064
Lorsque je rééditai, il y a quelques années déjà, en collaboration avec Valentin Pelosse, des textes de Blanqui devenus rares, Instructions pour une prise d?armes ; L?Éternité par les astres (Sens&Tonka, Paris, 2000), je tentai de lire et d?interpréter la geste révolutionnaire d?Auguste Blanqui en m?aidant de Walter Benjamin; nous eûmes ainsi recours à un "collage" de citations en regard du texte des Instructions pour une prise d?armes et nous décidâmes d?insérer dans cet ensemble les thèses de Benjamin, Sur le concept d?histoire. Plutôt que d?une décision arbitraire, il s?agissait de la reconnaissance d?une dette. Benjamin, en effet, notamment dans le texte Paris capitale du XIXe siècle (1935) apparaissait comme un "phare" dont les rayons permettaient de discerner les arrière-fonds philosophiques, cosmogoniques de la radicalité révolutionnaire de Blanqui et donc d?extraire celui que son biographe Gustave Geffroy nommait "l?Enfermé", à l?approche traditionnelle, trop exclusivement politique. C?est dans la direction inverse que j?aimerais maintenant avancer : non plus redécouvrir le visage de Blanqui grâce au regard attentif de Benjamin, mais percevoir ce qui dans l?oeuvre de Benjamin est en rapport avec la présence soudain insistante de Blanqui. Ou plutôt, il s?agirait de repérer, de rouvrir, de parcourir les "Passages" qui vont de Blanqui à Benjamin, de s?attacher aux mouvements et aux arrêts qu?y effectue Benjamin. Bref, les "Passages Blanqui", les Passages ouverts, percés par Blanqui dans l?oeuvre de Benjamin : Quels sont les objets que le choc de cette rencontre a révélés ? Quelle puissance d?éveil accorder à l?image de l?Enfermé ? Quelles sont les pistes neuves, renouvelées ou entrecroisées sur lesquelles cette image a lancé Benjamin ? Quels sont les enjeux qui se sont constitués, noués, quelles sont les affinités électives qui se sont instaurées transversalement dans l?heur de cette rencontre ?". Par ce texte nous poursuivons le travail éditorial que nous avons engagé avec le philosophe Miguel Abensour. Ce texte se situe, dans sa pensée, au carrefour de sa réflexion sur l?utopie (ou l?utopique), la servitude volontaire, la théorie du héros et la pensée de l?émancipation : Comment devient-on réellement libre ?
Critique, cette philosophie politique l'est de par la jonction de deux dimensions, la critique de la domination d'une part, une interrogation permanente sur ses conditions de possibilité de l'autre. A vrai dire, une troisième dimension se fait jour dans ces pages, traversées en quelque sorte par une montée de l'utopie, au point d'infléchir cette philosophie vers une philosophie politique" critico-utopique ", si l'on reprend le terme forgé par Marx pour désigner les socialistes utopiques qu'il tenait, contrairement à la légende, en grande estime pour avoir su donner" l'expression imaginative d'un monde nouveau ". C'est sous des formes diverses, le lien humain chez Pierre Leroux, l'humain chez Emmanuel Levinas, la confrontation entre l'utopie et la démocratie que sont tentées une sortie, mieux, une évasion vers ce qui est différent, vers l'autrement. Contrairement à la" doxa "prisonnière de l'horizon libéral, il n'est pas vrai que la démocratie ait évincé l'utopie, comme si l'époque de la démocratie avait succédé à l'époque de l'utopie en signant à la fin."
?S'opposant à la thèse selon laquelle l'utopie s'éteindrait en 1848, M. Abensour s'emploie à discerner trois formes de l'utopie : le socialisme utopique, le néo-utopies et ce qu'il appelle le nouvel esprit utopique qui persiste après 1848 jusqu'à nos jours. Nous assistons, contre toute attente, à un renouveau de l'utopie, ce qui donne à la pensée du nouvel esprit utopique de l'auteur tout son sens et toute son actualité.
Qui peut dire pourquoi telle ou tel a pu écrire, sa vie durant ou presque, sur l'utopie, a pu donner pour visée à son travail de penser l'utopie? Qui peut rendre compte de cette obstination à explorer, certes de façon discontinue, le vaste domaine des utopies? Comment tenter d'expliquer cette attirance, mieux cette attraction que peut exercer l'utopie, où certains ont voulu voir le signe d'une loi d'attraction? Comme si là se tenait un objet essentiel, à la teneur inépuisable qui tout à la fois se manifesterait et se déroberait. L'utopie, énigme en quelque sorte.Quant à l'obstination, elle paraît découler d'une révolte soutenue à l'encontre de la haine de l'utopie. Tous les procureurs du monde dénoncent les «utopies impossibles et coupables», les utopies coupables parce qu'impossibles. Comme on le verra dans ce volume, A. Blanqui a justement pointé cette lutte dans la langue autour du terme utopie. Pour les tenants de l'ordre existant, il importe de rejeter l'utopie du côté de l'impossibilité pour mieux liquider son impulsion à l'altérité. L'intervention de Blanqui est d'autant plus précieuse qu'elle circonscrit très exactement le moment où est née la haine de l'utopie dans la modernité, à savoir les années 1840. Haine qui culminera et deviendra meurtrière lors de la répression sanglante de l'insurrection ouvrière de juin 1848, puisque les pourfendeurs de l'utopie laissèrent la plume pour prendre le fusil. Or, de nos jours cette haine de l'utopie s'est considérablement renforcée en ce que publicistes, historiens, philosophes n'hésitent pas à faire de l'utopie le berceau de la domination totalitaire. On reconnaît là le geste propre à notre époque qui consiste à discréditer tout phénomène en rupture - 1793, la révolution, l'utopie - en l'accusant aussitôt de préfigurer ou de préparer le totalitarisme. Ainsi peut-on lire couramment l'expression l'utopie totalitaire» comme si soudain utopie et domination totale étaient devenus deux termes synonymes. A ces accusateurs pressés et peu soucieux d'exactitude, qu'il suffise de rappeler que l'extension de la domination totalitaire a commencé par liquider tout ce qui de près ou de loin avait un parfum d'utopie. Le totalitarisme, loin d'être l'enfant de l'utopie, n'a pu prendre son essor que sur son cadavre.Pourquoi la conversion utopique? Le vocable retenu ne doit pas faire illusion. Il ne s'agit nullement d'entendre le terme «conversion» au sens religieux et de reprendre à notre compte l'interprétation de l'éditeur catholique de L'Utopie de Thomas More. Estimant que la fonction essentielle du livre de More est la fonction maïeutique, André Prévost s'emploie à montrer que l"Utopie est l'instrument d'une véritable métanoia, d'une métamorphose de l'âme se détournant du monde - et de la cité terrestre - pour se tourner vers Dieu. «Une fois encore - écrit-il - la construction de More se révèle être, non pas un exemple paradigmatique à imiter d'une manière littérale, mais un instrument de renaissance intérieure. Le mouvement dialectique qu'elle suit conduit moins à des réformes ou à des révolutions qu'à une conversion, à un retour, à une communion de nature avec les autres hommes, à l'acceptation de principes fondamentaux qui mettent au premier plan la responsabilité face à Dieu». Si conversion il y a, ce mouvement ne peut être qu'une conversion à l'utopie. La conversion utopique signifie et ne peut signifier que la conversion à l'utopie même et non à ses thèmes ou à ses contenus; entendons, à un complexe d'impulsions, d'attitudes, voire de postures propres à l'utopie. Manifestation de l'héroïsme de l'esprit humain» au sens de G. Vico, l'utopie est cette disposition qui grâce à un exercice de l'imagination ne redoute pas dans une société donnée d'en transcender les limites et de concevoir ce qui est différent, le tout autre social. (...)"
A mon réveil il ne fait pas encore jour. Le trottoir donne une certaine légèreté au sommeil. Le moteur des véhicules devient peu à peu mélodieux, mais les rires et hurlements incessants achèvent la douceur du rêve. Le bitume et sa réalité aux émanations d'urine séchée, se chargent de me tenir éveillé. A cinq heures du matin, le carton et son parfum puant me rendent malade. Mon odeur mêlée aux effluves du carton, en produit une troisième, insoutenable. Je me lève et marche. Alors que le jour point, d'autres dorment, usant les mêmes cartons fétides, les mêmes pieds les effleurent, les mêmes yeux les offensent. Je suis seul à les observer, seul à les percevoir."
Abensour était un homme de l'égalité, un homme du conflit pour mieux établir un lien d'égalité. Dans n'importe quel entretien qu'il vous accordait, il s'arrangeait toujours pour rétablir l'égalité, vous poser une question, vous dire qu'il ne connaissait pas telle référence à laquelle vous aviez lait allusion, tandis que c'est vous qui étiez demandeur de ses références et de ses réflexions. Il récusait le paradigme de l'ordre pour celui du lien, tant dans les rencontres individuelles que dans la communauté politique. C'était son tété Spinoziste : plutôt qu'un pouvoir sur les hommes, valoriser un pouvoir entre les hommes et avec les hommes, parce qu'il augmente la puissance d'agir." (P. V] "Qu'est ce qu'une bonne rencontre, à l'opposé du malencontre, sinon l'événement heureux ou se forme entre les hommes un nouveau lien, un nouveau tissu relationnel tel que ce tissu augmente aussitôt la puissance collective d'agir, la puissance d'agir de concert ? " M. A.
Pendant que l'écologie radicale, arc-boutée à ses préceptes de rigueur, tente de résister, pendant que le Green business s'organise pour récupérer le marché bio, une troisième voie, sans nom, et qu'ici j'appelle "L'alternative ambiante", naît des rumeurs entremêlées analyses contradictoires, bilans de catastrophe, prédictions hasardeuses mais aussi de véritables constats, d'expériences et de recherches sérieuses. L'alternative ambiante regarde du côté de la décroissante sans y adhérer tout à fait, se détourne du Green business jugé excessif et, plutôt que d'espérer un quelconque salut venant des élus de la République, se place dans l'expectative en interrogeant les incidences possibles de l'Effet papillon. Oui, le jardin est planétaire, plus personne ne peut en douter mais tous ceux dont l'esprit alerté mesure les dimensions d'une si ample question se demandent comment on devient jardinier dans ce jardin-là. Aucune réponse ne parvient formulée d'un bloc. L'humanité incrédule, tour à tour endormie par les médias et réveillée par la crise, tente de nouvelles pistes de vie en terrain inconnu. Tout est à inventer, tout semble nouveau".
?S'opposant à la thèse selon laquelle l'utopie s'éteindrait en 1848, M. Abensour s'emploie à discerner trois formes de l'utopie : le socialisme utopique, le néo-utopies et ce qu'il appelle le nouvel esprit utopique qui persiste après 1848 jusqu'à nos jours. Nous assistons, contre toute attente, à un renouveau de l'utopie, ce qui donne à la pensée du nouvel esprit utopique de l'auteur tout son sens et toute son actualité.