Aujourd'hui, l'intensification des circulations crée de nouvelles formes d'exclusion. Il parait donc important de réactualiser la notion de cosmopolitisme. Ce volume examine les voies ouvertes par la littérature depuis le XVIIIe siècle pour "décentrer le cosmopolitisme" en dépassant la tradition élitiste et européenne, dans laquelle on l'inscrit habituellement, et en mettant l'accent sur sa dimension politique et sociale. On y trouvera donc des réflexions consacrées à des lieux, des oeuvres et des pratiques qui ressaisissent la visée critique, voire émancipatrice, du cosmopolitisme. Ne sont pas oubliés non plus les écrivains, essayistes, journalistes et voyageurs, venus d'espaces culturels divers, qui ne se sont pas limités à parcourir le monde pour dire qu'ils s'en sentaient les citoyens, mais qui se sont aussi intéressés à ses marges culturelles et sociales. Ce qui apparaît ici, c'est un cosmopolitisme pluriel et "d'en bas" que la littérature reconfigure, parfois en lui donnant des lettres de noblesse paradoxales (éloge du vagabond, de l'exil ou de l'autodidaxie).
En mettant en avant les passeurs, les alliées et les transfuges français qui se sont rapprochés d'une manière ou d'une autre des peuples colonisés et de leurs cultures, le but de ce Cahier de la SIELEC n'est nullement de réhabiliter la colonisation, ni même d'en euphémiser la violence politique, économique et symbolique sous le prétexte de la complexité. La colonisation fut une entreprise profondément aliénante d'un point de vue culturel, en particulier parce qu'elle assigna colonisateurs et colonisés à des identités culturelles figées qui n'avaient en fait que peu à voir avec la réalité de leur histoire. Même si elle a lieu dans le cadre contraint et inégalitaire de l'institution coloniale productrice d'une culture coloniale qui est principalement un outil de domination, la relation entre les peuples colonisateurs et les peuples colonisés ne se limite toutefois pas au face-à-face du vainqueur et du vaincu. Entre la zone grise des arrangements et la zone rouge des contestations frontales, elle laisse en effet se développer un autre monde fait d'échanges, d'hybridations et de solidarités. Comme processus de mise en contact de peuples à grande échelle, la colonisation occasionne dès les premières prises de contact des rencontres singulières de toutes sortes, faites de doutes et de curiosités, de partages et d'appropriations, de prises de conscience, d'engagements et de révoltes. C'est des modalités de ces passages à l'autre que ce volume aimerait rendre compte dans une démarche typologique, qu'indiquent les trois termes de passeurs, d'alliés et de transfuges et à partir de laquelle il aimerait renouveler la manière habituelle d'écrire l'histoire littéraire et culturelle de la France.
Après avoir longtemps négligé la présence des femmes dans l'histoire littéraire et artistique, l'historiographie s'intéresse à elles depuis trois décennies, en particulier dans le cadre des études sur les avant-gardes de la première moitié du XXe siècle. De ce point de vue, ce volume poursuit et enrichit une recherche déjà engagée en réfléchissant aux façons dont s'articulent, dans les textes théoriques et les pratiques artistiques des avant-gardes européennes de la première moitié du XXe siècle, des questionnements sur les genres littéraires et artistiques et des questionnements liés au genre sexué.
Chick, Alise, Chloé et Colin passent leur temps à dire des choses rigolotes, à écouter Duke Ellington et à patiner. Dans ce monde où les pianos sont des mélangeurs à cocktails, la réalité semble ne pas avoir de prise. On se marie à l'église comme on va à la fête foraine et on ignore le travail, qui se réduit à une usine monstrueuse faisant tache sur le paysage.Pied de nez aux conventions romanesques et à la morale commune, L'Ecume des jours est un délice verbal et un festin poétique. Jeux de mots, néologismes, décalages incongrus... Vian surenchérit sans cesse, faisant naître comme un vertige chez le lecteur hébété, qui sourit quand il peut. Mais le véritable malaise vient d'ailleurs : ces adolescents éternels à la sensibilité exacerbée constituent des victimes de choix. L'obsession consumériste de Chick, née d'une idolâtrie frénétique pour un certain Jean-Sol Partre, semble vouloir dire que le bonheur ne saurait durer. En effet, l'asphyxie gagne du terrain, et l'on assiste avec effroi au rétrécissement inexorable des appartements. On en veut presque à Vian d'être aussi lucide et de ne pas s'être contenté d'une expérience ludique sur fond de roman d'amour. --Sana Tang-Léopold Wauters
Cet ouvrage revient sur l'ensemble de l'oeuvre de l'écrivain Indien Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature 1913. Tagore représente la reconnaissance internationale de l'Inde comme grande nation, une Inde qui devient monde. Aujourd'hui, le rayonnement de l'Inde, son cosmopolitisme, son ouverture culturelle, sa place dans la politique l'inscrivent dans une histoire globale. L'analyse de cette vision de l'Inde universelle au travers des écrits de Tagore conduit à une pensée concernant l'humanité toute entière.
Quand il présente Fenêtre sur cour en 1954, Alfred Hitchcock jouit d'une popularité croissante, bien que la critique peine encore à le prendre au sérieux. Le film est tourné en un lieu unique, un défi séduisant pour le réalisateur qui confirme son inventivité en matière de mise en scène, de montage et d'utilisation de la musique. L'intrigue, quant à elle, offre une dimension subversive évidente : le spectateur se trouve dans la position du héros-voyeur, et tous deux sont déçus quand ils pensent qu'il n'y a pas eu meurtre ; en finissant par assouvir leurs désirs macabres, Hitchcock joue ainsi avec leurs sentiments. Il contourne également la censure, l'épilogue n'étant qu'une façade, au même titre que les murs en briques des immeubles du décor. Comme la caméra qui dépasse le cadre strict de la fenêtre de l'appartement de Jeff dès la scène d'ouverture, cet essai se propose d'étudier ce classique à la lumière des autres réalisations du cinéaste, afin de montrer combien Fenêtre sur cour peut être envisagé comme une synthèse de son oeuvre, périodes anglaise et américaine confondues.