Depuis la fin du XVIIIe siècle, l'Europe constitue le théâtre privilégié des passions révolutionnaires. Mais durant la même période, jusqu'aux événements qui marquent le début du XXIe siècle, le monde non-européen résonne également d'attentes et de crises révolutionnaires. Comment comprendre les passions révolutionnaires ayant vu le jour hors du continent européen? Dans quelle mesure ont-elles été conditionnées par les matrices européennes auxquelles elles se référaient? Ont-elles, à leur tour, donné naissance à des modèles exportables? A travers le "Tri-continent" - espace latino-américain, moyen-oriental et indien -, les trois auteurs interrogent le fait révolutionnaire dans un dialogue avec le maître-livre de François Furet Le passé d'une illusion, rétrospective sur "l'idée communiste" publiée en 1995 peu après la chute du Mur de Berlin. Nationaliste, religieuse, prolétarienne, internationaliste, anticoloniale, ou simplement libertaire et égalitaire, vécue pacifiquement ou réprimée dans la violence: au-delà de cette diversité de forme, la révolution, son passé comme son avenir, s'avèrent néanmoins un analyseur de nos sociétés.
Résumé : En lanc?ant son "Opération spéciale" le 24 février 2022, Vladimir Poutine, qui la veille ou presque jurait sur l'honneur n'avoir aucune intention belliqueuse, espérait voir l'Ukraine capituler en quelques jours, les démocraties occidentales reculer une nouvelle fois et son projet d'une nouvelle "Grande Russie" prendre corps. Quelques semaines ont suffi à mettre en lumière ses multiples erreurs. Passée la sidération entretenue par un flot continu d'informations, cette guerre entre démocratie et anti-démocratie permet de tirer des enseignements sur l'une comme sur l'autre. Elle vient clore l'ère ouverte avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement de l'Union soviétique, marquée par l'aveuglement et les errements de démocraties libérales qui se sont crues d'abord triomphantes, puis fragiles et fatiguées ? au point de capituler devant l'affirmation d'un pouvoir hostile suscitant en leur sein quelque fascination. Elle vient tout autant révéler les insuffisances et la perte de prise avec la réalité du pouvoir poutinien marqué par l'hubris d'un homme en décalage avec son ex-Empire, voire avec sa propre société. Les démocraties des années 2020 n'auront d'autre choix que de s'armer face aux anti-démocraties, la chose est désormais entendue. Mais leur véritable puissance ne peut venir que d'une confiance renouvelée en leur propre modèle politique, susceptible d'ouvrir une voie d'avenir aux populations qui se débattent aujourd'hui sous la tyrannie.
La Turquie envoie des signaux contradictoires à l'Europe. Candidate depuis plusieurs années à l'adhésion à l'Union européenne, elle est dirigée par un gouvernement réputé "islamiste modéré". Elle dispose de structures formellement démocratiques, mais les militaires jouent un rôle décisif dans la définition de ses politiques intérieure et extérieure. Ouverte sur le monde, et plus particulièrement sur l'Europe, elle ne s'enferme pas moins dans un syndrome de "forteresse assiégée", dont la "sécurité nationale" serait menacée aussi bien par les ennemis extérieurs qu'intérieurs.Ce livre apporte des clefs pour comprendre cette situation, en suivant l'évolution de ce pays tout au long du XXe siècle. En proposant une information fiable et une lecture synthétique de l'histoire récente de la Turquie, il permettra aux lecteurs de langue française de mieux connaître et comprendre les enjeux et la signification de la volonté de la Turquie de rejoindre l'Union européenne.
S'étendant jadis des portes de Vienne au Yémen, de l'Algérie à l'Irak, l'Empire ottoman s'effondre en 1923 et cède la place à la république de Mustafa Kemal. Aujourd'hui, la Turquie d'Erdogan, impliquée dans de nombreuses guerres régionales, suscite des inquiétudes dans les pays occidentaux. L'Empire ottoman connaît plusieurs siècles de conquêtes territoriales, notamment celle de Constantinople en 1453 par le sultan Mehmed II. Le règne de Suleyman le Magnifique parachève cet empire universel. Sa longévité, plus de 600 ans, est une exception dans le monde musulman. Au début du XIXe siècle, il tente de se réformer : absolutisme éclairé, règne autocratique d'Abdülhamid II, révolution jeune-turque de 1908... Après une décennie de guerre, marquée par le génocide des Arméniens, un régime autoritaire, celui de Mustafa Kemal, voit le jour. A la lumière de ces sept siècles d'histoire, Hamit Bozarslan donne à comprendre la Turquie contemporaine, incarnée par son leader islamo-nationaliste Erdogan.
Souvent, le Moyen-Orient est associé à une modernité avortée, à l'islamisme ou encore au tribalisme. Au-delà de ces grilles de lecture qu'il revisite, cet ouvrage définit le Moyen-Orient contemporain comme le produit d'une histoire mouvementée. Il analyse notamment la question de l'autoritarisme, trait commun à l'ensemble de la région qui surdétermine le fait politique, en partant du double concept d'hégémonie et d'ingénierie sociale. Il insiste sur la reproduction des Etats autant par la coercition que par une série de ressources de durabilité, parmi lesquelles un complexe jeu de cooptation. Prenant acte d'une fatigue sociale généralisée qui se traduit par une démobilisation ancrée dans la durée, il souligne l'importance de nouveaux modes de résilience et de contestations observés dans de nombreux pays de la région. Enfin, il accorde une attention particulière aux faits communautaires et minoritaires, produits de processus historiques complexes, aux rapports intergénérationnels et aux représentations du corps comme autant de déterminants de l'action politique et dans certains cas du radicalisme, islamiste ou non, dans l'ensemble du Moyen-Orient.
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?
Septembre 1993 : Serge Moscovici devient docteur honoris causa de l'université de Séville. Le discours qu'il prononce alors allie bilan critique de la théorie des représentations sociales. retour réflexif sur son propre parcours et nouveaux horizons de recherche. Avec ce texte inédit. Moscovici érige la psychologie sociale, dont il est l'un des fondateurs, en véritable anthropologie du monde contemporain.