Même après la publication des récents travaux d'Emmanuel Faye, certains défenseurs inconditionnels de Heidegger continuent à relativiser son nazisme. S'il est devenu impossible de nier son engagement au sein du NSDAP, on entend souvent dire qu'il faudrait distinguer sa philosophie de sa pensée politique, que son ontologie serait d'une complexité et d'une pureté telles qu'elle ne saurait être confondue avec quelque « égarement » partisan. S'opposant déjà à ce discours négateur, Pierre Bourdieu faisait paraître en 1975 le présent texte, entendant dévoiler le caractère fondamentalement politique de l'ontologie heideggérienne, traduction en termes philosophiques de la pensée des révolutionnaires-conservateurs de l'Allemagne de Weimar.
Le discours philosophique, comme toute autre forme d'expression, est le résultat d'une transaction entre une intention expressive et la censure exercée par l'univers social dans lequel elle doit se produire. Ainsi, pour comprendre l'oeuvre de Heidegger dans sa vérité inséparablement philosophique et politique, il faut refaire le travail d'euphémisation qui lui permet de dévoiler en les voilant des pulsions ou des phantasmes politiques. Il faut analyser la logique du double sens et du sous-entendu qui permet à des mots du langage ordinaire (Fürsorge, par exemple) de fonctionner simultanément dans deux registres savamment unis et séparés. Mettre en forme philosophique, c'est aussi mettre des formes politiquement: c'est présenter sous une forme philosophiquement acceptable, en les rendant méconnaissables, les thèmes fondamentaux de la pensée des « révolutionnaires conservateurs ». C'est donc à condition de reconstruire les différentes variantes de la vision du monde qui s'exprime crûment chez les essayistes de l'Allemagne de Weimar et la logique inséparablement intellectuelle et sociale du champ philosophique qui est le véritable opérateur de la transmutation de l'humeur völkisch en philosophie existentielle, que l'on peut comprendre l'ontologie politique de Martin Heidegger sans opérer les clivages trop commodes entre le texte et le contexte, ou entre le recteur nazi et le « berger de l'Être ».
A travers de très longs entretiens avec des chercheurs français et surtout étrangers, et des confrontations scientifiques avec des groupes de spécialistes, ethnologues, économistes et sociologues - de l'art, de la religion, de la littérature, etc. -, Pierre Bourdieu, dont l'?uvre a fait l'objet, au cours des dernières années, de nombreuses interpellations, s'explique : il éclaire certains aspects mal compris de son travail, explicite les présupposés philosophiques de ses recherches, évoque la logique concrète de ses investigations, en même temps qu'il discute ou réfute les objections qui lui sont le plus souvent opposées. La vivacité du discours improvisé permet de voir à l'?uvre un mode de pensée qui, comme le montrent bien certaines interventions, peut être aussi un instrument, libérateur, de socioanalyse. En s'appliquant à lui-même la méthode d'analyse des ?uvres culturelles qu'il défend, ce qui le conduit à évoquer l'espace des possibles théoriques tel qu'il se présentait à différents moments de son itinéraire intellectuel, Pierre Bourdieu offre les moyens de se donner une connaissance à la fois objective et compréhensive de son travail. Et du même coup, c'est tout le débat entre les sciences de l'homme et la philosophie qui, échappant aux insinuations obscures de la dénonciation sournoise ou aux faux éclats de la polémique publique, se trouve placé sur son véritable terrain, celui de la confrontation rigoureuse et loyale.
« Les auteurs arabes rapportent que le calife Omar aimait à dire, en jouant sur la racine frq, qui en arabe signifie division : "L'Afrique (du Nord), c'est le fractionnement !" Telle est bien l'apparence que proposent le passé et le présent du Maghreb. Diversité ou unité ? Continuité ou contrastes ? À ne retenir que les différences, ne risque-t-on pas de laisser échapper l'identité profonde ? » Premier ouvrage publié de Pierre Bourdieu (1958), cette lumineuse étude sociologique annonce l'oeuvre à venir d'un géant de la sociologie contemporaine.Table des matières : IntroductionChapitre premier. ? Les KabylesLes structures socialesLa démocratie gentiliceChapitre II. ? Les ChaouïaL'organisation domestiqueLes structures socialesChapitre III. ? Les MozabitesLe défi du désertStructure sociale et gouvernement urbainPuritanisme et capitalismeLa permanence par le changementChapitre IV. ? Les ArabophonesLes citadinsLes nomades et les semi-nomadesLes nouveaux sédentairesChapitre V. ? Le fonds communInterpénétration et différenciationÉconomie et vision du mondeL'Islam et la société nord-africaineChapitre VI. ? L'aliénationLe système colonialLa société colonialeLa déculturationLa structure des rapports de classe
Résumé : L'accès aux trésors artistiques est à la fois ouvert à tous et interdit en fait au plus grand nombre. Qu'est-ce qui sépare des autres ceux qui sépare des autres qui fréquentent les musées ? Les amoureux de l'art vivent leur amour comme affranchi des conditions et des conditionnements. Ne fallait-il pas qu'ils fussent prédisposés à recevoir la grâce pour aller à sa rencontre et pour l'accueillir ? Pourtant, le musée est un des lieux où l'on ressent le plus vivement le poids des obligations mondaines : la pratique obligée peut-elle conduire à la vraie délectation ou bien le plaisir cultivé est-il irrémédiablement maqué par l'impureté de ses origines ? Chaque visiteur des musées est enclin à suspecter la sincérité des autres : mais ne trahit-il pas par là qu'il sait que son amour doit aux arguments de la raison et à la force de la coutume autant qu'à l'inspiration du c?ur ? Ce livre essaie d'apporter à la question des réponses sociologiques, c'est-à-dire à la fois logiques et empiriques. Sans craindre de manquer au bon goût, il prétend soumettre le bon goût à la rigueur de l'examen scientifique. En mettant en évidence les conditions sociales de l'accession à la pratique cultivée, il fait voir que la culture n'est pas un privilège de nature mais qu'il faudrait et qu'il suffirait que tous possèdent les moyens d'en prendre possession pour qu'elle appartienne à tous. La présente édition est augmentée des résultats des enquêtes menées dans cinq pays européens : l'Espagne, la Grèce, l'Italie, les Pays-Bas, la Pologne.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je ne sais pas. " Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. " Quand même, dit Anne Desbarèdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. "