Qu'attendre d'un film fait "avec" les filmés ? Comment ceux-ci entrent-ils dans l'écriture d'un récit ? Comment certains films réalisés sur une longue période dans des situations complexes d'exclusion, de relégation, d'enfermement accueillent-ils l'écriture fictionnelle ? Pour approfondir ces questions qui, depuis Flaherty, traversent les pratiques du cinéma documentaire, nous avons souhaité mener une enquête auprès de cinéastes et de leurs "acteurs" auxquels nous avons proposé de documenter ce qui trame le réel de leur rencontre, ce qui de leurs vies donne forme au film. Cette réflexion sur les "mises en commun" entre ceux qui filment et ceux qui sont filmés s'inscrit dans la continuité des ateliers menés en 2015 et 2016 pendant les Etats Généraux du film documentaire de Lussas, intitulés "La fable documentaire" et "Les bonnes manières" qui portaient attention à la fonction de fabulation au cinéma. Ainsi les films dont se fait l'écho ce numéro de La Revue Documentaires consacré au film comme forme de vie ? se tiennent au plus prés des vies ordinaires, au moment où elles s'emparent du cinéma pour tenter de décoller des contraintes du monde et dans cet écart ainsi construit trouver matière à rébellion, mise en mouvement d'une vie, acte premier du cinéma. Par la diversité des textes récoltés ce numéro aide à mieux comprendre la double expérimentation qui se joue dans ces films : celle de décrire les vies sans leur imposer une forme qui leur préexiste, et conjointement, celle de tenir ces vies suffisamment à distance dans le respect des secrets des existences fragiles et vulnérables. Ces films cherchent ailleurs. A montrer des formes de vie assumées, à les réfléchir, à en détourner les images, à désynchroniser les sons, à les réutiliser, à les citer, à les reprendre encore, en les déplaçant. Egalité visée des vies capable de délier les corps corsetés dans des images déjà excessives, pour laisser place au jeu, avec le monde. Un cinéma de l'essai quia pour ambition d'accroître la conscience de ce qui se débat.
En 2019, rien ne semble se passer en dehors du nuage. Quelque part dans le brouillard vaporeux, au coeur de la fourmilière frénétique, du cinéma documentaire se fabrique. Enfantés par le mariage du cloud et du web (autant dire du nuage et de la toile), les films documentaires prennent des formes inédites, métisses, recousues et un peu monstrueuses. Parfois peu reconnaissables - déguisés sous des couches de vidéos YouTube low-tech, maquillés par des filtres à selfie - des films "documentaires" s'acharnent à interroger les remous turbulents qui mêlent images et réalité(s). Les travaux documentaires que nous présentons dans ce numéro 30 de La Revue Documentaires nous donnent des prises pour comprendre les nouveaux environnements techniques dans lesquels nous sommes immergés. Ces expériences filmiques nous suggèrent des gestes critiques, attentionnés et soutenables, pour mieux vivre dans les nuages. Alice Lenay & Jacopo Rasmi.
Résumé : Du pont d'un yacht en mer Egée, un homme tombe à l'eau. Yacov, oligarque russe à la tête d'un groupe pharmaceutique vendant sur internet des médicaments plus ou moins frelatés, a été poussé par Olga, sa femme, qui désapprouve ses activités illicites. Venant à sa rescousse, un équipage de plaisanciers français le sauve de la noyade. Parmi eux, Tom, journaliste à la retraite, seul témoin du geste d'Olga. Yacov décide de pardonner à son épouse, de cesser son trafic et de vendre son affaire. Ce faisant, il va s'attirer la colère des services secrets russes qui toléraient son trafic en échange de services inavouables. Il va se cacher, mais le FSB se lance à la poursuite d'Olga, espérant l'atteindre, lui. Tom décide alors de protéger cette dernière qui se réfugie en France. La traque des sbires du FSB, la défense de Tom et de ses amis, bientôt soutenus par les services français, donnent des frayeurs à tous. Toutefois, les autorités russes ont un problème d'un autre ordre qui peut changer la donne...