Là où les racines de la tradition restent vivantes, le grand arbre Afrique, si dangereusement secoué par les vents contraires, peut plier mais ne pas rompre". Né dans une famille aristocratique française, bouleversé par ce qu'il a vécu pendant la Guerre d'Algérie, Eric de Rosny part au Cameroun pour y enseigner dans un collège jésuite de Douala. La crise d'un élève, un soir au dortoir, étrangement secouru par ses camarades, lui fait ressentir la distance culturelle immense qui le sépare de ses élèves. Il s'installe alors dans un quartier de la ville pour en apprendre la langue locale. Il y découvre, fasciné, la vie quotidienne et ses traditions, notamment la connaissance des plantes qui guérissent, et la lutte contre l'emprise malfaisante de la sorcellerie. Il est ainsi initié au monde de la nuit. A la fin de sa vie, il est consacré beyoum ba bato, c'est-à-dire sage et homme-souche. Tout au long de ce chemin, Eric de Rosny consigne tout ce qui risquerait de s'oublier de la mémoire culturelle et, avec des chercheurs africains, il conduit des travaux en botanique, en droit, mais aussi sur les grands récits de la Tradition. La compréhension de l'héritage culturel est mise constamment en défi, non sans angoisse et parfois avec violence, par les bouleversements majeurs de la modernité : exode urbain, extension de la médecine des hôpitaux, système judiciaire importé, nouveaux mouvements religieux, transformations des relations familiales. Il observe aussi l'attrait croissant de la migration internationale qui emporte avec elle la sorcellerie sur d'autres terres. Cet ouvrage rassemble pratiquement tous les articles d'Eric de Rosny, jusqu'ici uniquement publie ? s de fac ? on disperse ? e dans de multiples revues africaines ou internationales ; ils ont été regroupés par des chercheurs de l'Université de Neuchâtel Avec un grand sens de la narration, a` travers chacun de ces tableaux a` l'e ? criture cisele ? e, de Rosny s'efforce de faire voir - presque sentir - ce qu'il de ? couvre, en ne cachant pas la difficulte ? des rencontres et les multiples questions qui se posent a` lui en tant qu'anthropologue et je ? suite. La première partie du livre comprend e ? galement deux pre ? faces par Prince Rene ? Douala Manga-Bell et Jean Benoist, ainsi que des "Regards" , e ? crits par des spe ? cialistes qui ont bien connu Eric de Rosny : Roberto Beneduce (Universite ? de Turin), Jacques Fe ? dry, s. j. , Peter Geschiere (Universite ? d'Amsterdam), Emile Kenmogne (Universite ? de Yaounde ? I et Universite ? de Paris Est Marne-la-Valle ? e), Berthe Elise Lolo (Psychiatre a` l'EPSMD de Pre ? montre ? et docteur en anthropologie psychanalytique), Thomas The ? ophile Nug Bissohong (Universite ? de Douala) ainsi que Gilles Se ? raphin (Universite ? de Paris Nanterre).
Devenir parent, voilà quelque chose qui vient changer les vies... Quelle occasion de développement ! Mais qu'est-ce qui peut aider une personne à devenir parent - à changer d'identité, à apprendre de nouveaux gestes, à comprendre ce que cela signifie ? Dans un monde où les cultures et les traditions s'érodent et se mêlent, comment résoudre la tâche de nommer l'enfant à venir ? Au travers des procédures de choix de prénoms, ce livre examine les ressources symboliques - les traditions religieuses et culturelles, mais aussi les livres, les films, les chansons - que de futurs parents ont mobilisées durant les neuf mois de cette transition vers la parentalité. Ces ressources symboliques facilitent et canalisent le choix du prénom ; celui-ci peut ainsi marquer une place dans une généalogie... mais aussi désigner une chanson, qui contient si bien le souvenir d'une première rencontre amoureuse ! Il apparaît aussi que ces mêmes traditions, films et romans permettent de guider, symboliser et contenir les processus de changements psychologique et social que vivent les futurs parents. Ainsi, en faisant usage de ressources symboliques, de futurs parents font plus que de mettre au monde un enfant : ils engendrent la nébuleuse symbolique qui l'accueillera, et que le prénom cristallise ; mais aussi, et surtout, peut-être s'engendrent-ils eux-mêmes. En combinant des apports de la psychologie sociale et culturelle et de la psychanalyse, ce livre pose les jalons d'une psychologie culturelle du développement de l'adulte - une personne en changement qui, à la croisée de déterminations sociales et culturelles, psychiques et affectives, bricole du sens et de l'action.
Quand a-t-on commencé à parler français ? Le français vient-il du gaulois ? Comment s'exprimaient les rois de France ? Pourquoi des pays, dont le français n'est pas la langue maternelle, l'ont-ils choisi comme langue officielle ? Pourquoi le français ne cesse-t-il d'évoluer ? D'où viennent le féminin et le masculin ? Pourquoi l'imparfait du subjonctif est-il en voie de disparition ? Pourquoi les Français sont-ils si attachés à leur orthographe ? Entre tradition et modernité, cet ouvrage donne leur place aux controverses actuelles et retrace l'histoire de la langue française en tirant profit des études menées sur les changements en cours (sociolinguistique). Il interprète, à partir des théories de l'énonciation, quelques grands changements intervenus dans la langue et illustre son propos de textes commentés du Ve au... XXIe siècle.
Les théories de l'énonciation mises en place, dans le domaine des sciences du langage, permettent une analyse rigoureuse et argumentée du statut du narrateur, ainsi que de la place, au sein du récit, de la situation d'interlocution entre l'auteur et son lecteur. En amont d'une véritable grammaire du texte, cet ouvrage précise les notions linguistiques indispensables à celle-ci, comme le statut des prédéterminants et des embrayeurs, la construction de la référence, l'emploi des temps, la situation de l'énonciation et le discours rapporté. La démonstration s'appuie sur de nombreux exemples empruntés tant aux textes littéraires qu'aux faits divers relatés dans la presse écrite.
La peur d'attaques terroristes se fait grandissante. Des prédicateurs itinérants salafistes et des imams radicaux tentent d'exercer leur influence dans les mosquées, sur la place publique au moyen de stands de distribution de textes de propagande et par une présence régulière dans les prisons, les foyers de réfugiés et les écoles. Ils propagent une interprétation ultra-conservatrice de l'islam, empêchant tout renouvellement. Saïda Keller-Messahli se penche depuis des années sur les associations islamiques et leurs mosquées en Suisse et en Europe. Dans son livre, elle révèle des évolutions inquiétantes. Le monde politique est perplexe et les autorités agissent de manière naïve - alors que seule une politique conséquente de tolérance zéro serait à même de freiner les agissements des islamistes.
Toman Sigmund ; Honsberger Michèle ; Mouron Martin
Sigmund Toman fait partie des derniers survivants des camps d'Auschwitz, Blechhammer, Dachau. Dans les entretiens qu'il accorde à ses interlocutrices, Michèle Honsberger et Martine Mouron, il témoigne de l'extraordinaire énergie qui lui permit de survivre à sa déportation. Il nous emmène à travers le récit de ses jours et de ses nuits, nous fait partager ses combats quotidiens, son immense volonté de vivre et de préserver son humanité.
Je pense que de nombreuses constructions de notre époque n'ont pas été bien comprises" notait l'architecte Robert Meystre lors de l'entretien qu'il nous a accordé au printemps 2020. Ce trente-huitième numéro des Cahiers de l'Institut neuchâtelois se donne ainsi pour but de faire découvrir et déchiffrer l'architecture moderne et contemporaine du canton de Neuchâtel grâce à une série de regards croisés. Architectes, historiens de l'architecture et photographes en livrent chacun leur vision par le biais d'entretiens, d'articles thématiques et de photographies. Une abondante illustration inédite agrémente le discours qui associe aspects techniques, historiques, pratiques et humains. Le livre contient plus de 200 images.
Les Juifs de Budapest et le reste des Hongrois ont été saisis d'une immense panique. Je m'en suis aperçu lorsque le matin suivant plusieurs milliers de gens effrayés implorant d'être protégés ont afflué devant mes bureaux. [...] La ruée vers mon bâtiment n'a cessé de s'amplifier et de gagner en véhémence au fil des jours, car Eichmann ne perdant pas de temps, les déportations de la province hongroise vers les camps d'extermination polonais avaient déjà commencé." Face au désarroi des Juifs de Hongrie, Carl Lutz cherche un moyen légal de les protéger de l'extermination. C'est ainsi qu'il décide d'élaborer un astucieux système de lettres de protection et de passeports collectifs. Même dans les pires moments de la guerre, le vice consul ne cesse de négocier avec les Allemands et le gouvernement hongrois pour que les Juifs sous sa protection ne subissent pas la " solution finale ". Son action permettra de sauver plus de 60 000 personnes de l'holocauste. Mais malgré tous ses efforts, il ne se pardonnera jamais de n'avoir pas réussi à en sauver davantage. Ce récit est un exemple impressionnant de courage civil en période de totale immoralité. Ce livre retrace le parcours de Carl Lutz de sa jeunesse en Appenzell dans une famille piétiste à son émigration aux Etats-Unis d'Amérique, où il se forme et entre dans le service diplomatique suisse, son mandat en Palestine dans les années 1930 et son rôle primordial dans le sauvetage de juifs à Budapest dès mars 1944 en Hongrie. Devant le manque de reconnaissance du gouvernement suisse qui lui reprochera de n'avoir pas obéi aux ordres, son action tombera momentanément dans l'oubli. Toutefois, Carl Lutz a été nommé Juste parmi les nations en 1964 et a été réhabilité par le gouvernement suisse en 1995.