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NOMMER L'HISTOIRE - PARCOURS PHILOSOPHIQUES
BINOCHE BERTRAND
EHESS
22,00 €
Épuisé
EAN :9782713227585
Les philosophes nomment l'histoire. Ils l'appellent, par exemple, "perfectibilité", "philosophie de l'histoire", "civilisation", "tableau historique", "généalogie", etc. Or, en la nommant, ils la prennent en charge et l'écrivent à leur manière qui n'est pas toujours celle des historiens. Ainsi les philosophes racontent toutes sortes d'histoires, autrement dit ils élaborent des récits, éventuellement fictifs et extrêmement divers, mais qui sont toujours des instruments de vérité attachés à la résolution d'un problème particulier. Ce sont ces historicités philosophiques que cet ouvrage prend pour objet sous la forme d'un échantillon qui s'étend de Rousseau à Foucault. Aucune théorie générale n'est ici possible, il n'existe que des cas singuliers dont l'étude retourne l'histoire contre elle-même.
Etre "le pays des Lumières" est l'un des grands thèmes nourrissant l'autosatisfaction française. Mais la révérence obligée n'a-t-elle pas édulcoré le message de ces Lumières et gommé la force polémique qui anime leur oeuvre, de Montesquieu à Voltaire, d'Helvétius à Diderot ? Dans ce livre, Bertrand Binoche montre combien ces auteurs aujourd'hui vénérés furent tout sauf consensuels en leur temps ? au point de passer pour certains quelque temps en prison. Il éclaire les luttes, souvent violentes, qu'ils ont menées contre ce qu'ils nomment les "préjugés", contre la superstition qui nourrit "l'idolâtrie et le despotisme", contre l'esclavage - et l'on est esclave de ses préjugés comme de ses tyrans. Les Lumières, "effervescence générale des esprits" disait d'Alembert. "On n'y trouve certes pas une philosophie en bonne et due forme, mais l'infatigable agitation d'intelligences se mouvant en tous sens avec audace et agilité", écrit Binoche. "Qu'est-ce donc que les Lumières ? Une nouvelle appréhension de l'activité philosophique tout entière ordonnée à détruire collectivement le "préjugé" et contrainte de ce fait à s'inventer de nouveaux modes d'existence. Il y en eut beaucoup. C'est pourquoi l'on dit les Lumières. Et ce pluriel est une merveille."
Propose une comparaison systématique de trois entreprises, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, visant à résoudre le problème de la scission genèse-histoire : le tableau historique français, l'histoire naturelle écossaise de l'humanité et la théodicée allemande de l'histoire.
En 2004 est paru à l'Institut National d'Etudes Démographiques (Paris), sous l'autorité du Groupe Condorcet, un impressionnant volume intitulé Tableau historique des progrès de l'esprit humain : Projets, Esquisse, Fragments et Notes (1777-1794). Ainsi découvrait-on un énorme chantier dont la fameuse Esquisse n'était que l'une des composantes, aussi célèbre que mystérieuse pour autant qu'elle était soustraite jusqu'alors à l'entreprise globale où elle s'insérait. Une réévaluation d'ensemble s'imposait, qui prenne la mesure de cette formidable tentative dans les ambiguïtés de son inachèvement. Elle ne fait ici que s'engager en se demandant d'abord ce que Condorcet avait somme toute en vue, l'élaboration d'une philosophie de l'histoire spécifique, "à la française", ou une fondation des sciences sociales. Elle interroge ensuite les connotations rhétoriques, épistémologiques et théologiques du syntagme tableau historique, lequel était à l'époque d'usage fort courant. Elle se demande enfin comment ce tableau devient de fait historique quand le récit s'arrime à l'Orient. Ce ne sont là que les amorces d'une réinterprétation générale dont d'autres, éblouis à leur tour, prendront tôt ou tard le relais.
Que nous éprouvions aujourd'hui le besoin de régresser aux multiples discours tenus par les Lumières sur l'histoire, cela résulte très naturellement de ce que nous avons cessé de nous percevoir comme inscrits dans le temps de l'Histoire : celle-ci ne faisant plus écran, ceux-là retrouvent titi relief longtemps devenu indiscernable. Les études ici rassemblées démêlent, de Leibniz à Condorcet, l'enchevêtrement des trois grandes strates qui se dessinent alors : la genèse abstraite de l'obéissance politique, la civilisation comme processus ordinaire qu'accomplit en son temps chaque nation si les circonstances le lui permettent et, enfin, la pluralité des histoires empiriques dont le traitement fait l'objet de démarches très diverses. Prendre la mesure de cette complexité, c'est commencer d'en finir avec la représentation très convenue d'une histoire de nos croyances en l'Histoire qui s'élaborèrent en réalité toujours dans l'ambivalence et le conflit.
Dans une Italie communale qui bénéficie, au cours des XIIe et XIIIe siècles d'un essor sans précédent de la production et des échanges, le paysage urbain se hérisse de tours, tandis que les rues résonnent en permanence du pas de ces puissants chevaux de guerre qui peuplent tant de fresques et de tableaux de la première Renaissance. Tours et chevaux symbolisent la supériorité d'une classe sociale, la militia, qui pendant longtemps restera ouverte à tous ceux qui ont les moyens d'acheter un cheval de guerre et de s'entraîner pour le combat monté. Composée pour l'essentiel de propriétaires fonciers, la militia n'en présente pas moins une grande diversité de conditions sociales qu'accentue encore la participation plus ou moins active de ses membres aux secteurs les plus dynamiques de l'économie marchande. Seuls en fait les profits tirés de la guerre et la défense des privilèges qui lui sont reconnus en échange de ses prestations militaires expliquent l'étonnante cohésion de cette classe et sa capacité à perpétuer un système de domination qui s'identifie, jusqu'au début du XIIIe siècle, avec le régime des consuls. Et pourtant, la militia se verra contrainte, en l'espace de quelques décennies, de renoncer à ses privilèges et d'abandonner le pouvoir à de nouvelles catégories de la population regroupées sous la bannière du popolo. Comment expliquer une débâcle aussi rapide ? Par l'irrésistible montée en puissance du popolo, sans aucun doute, et par les décisions internes de la militia. Mais elle apparaît plus encore comme la conséquence inévitable d'une culture de la haine qui, malgré tous les mécanismes destinés à en limiter les effets, conduit à l'implosion d'un tel système de domination.
Observer, participer, comprendre, décrire sont les étapes clés du travail de l'ethnographe. Elles ont donné lieu à de véritables controverses, d'autant plus intenses que s'est accru l'engagement du chercheur dans la cité. Présentant des textes récents, mais déjà classiques, L'engagement ethnographique se lit comme une anthologie de réflexions sur le travail de terrain. Enquêter, c'est s'engager dans des activités, s'impliquer dans des échanges, collecter des informations et, dans le même mouvement, transformer des savoirs et se transformer soi-même. L'expérience du terrain est ici irremplaçable: elle permet une pensée en prise sur le concret. Et contre tout dogmatisme, elle aide à trouver de nouvelles solutions à des problèmes éthiques et politiques. Du terrain aux comptes rendus de situations sociales, l'ethnographie est, plus qu'une méthode, un art de mener l'enquête. Ses pratiques ont connu de grandes transformations, à l'épreuve de la mondialisation. Elles s'enrichissent des apports de l'histoire et de l'analyse de réseaux. De territoire circonscrit, le terrain devient flux. La tâche de l'ethnographe est désormais de suivre de site en site des personnes, des capitaux, des marchandises, des techniques, des histoires, des conflits... Il se retrouve aux avant-postes de la réflexion sur la globalisation.