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Plaisirs de mémoire
Beucler André
GALLIMARD
17,15 €
Épuisé
EAN :9782070236381
Gide au piano, Valéry faisant des calembours, Malraux voulant fréter un avion pour aller trouver Staline et le persuader du danger allemand, à la veille de la guerre... Voilà quelques-unes des nouvelles images que nous livre Beucler. On y retrouve le charme, l'humour, l'insolite qu'offraient déjà les chapitres de son précédent volume de souvenirs, De Saint-Pétersbourg à Saint-Germain-des-Prés. Témoin incomparable, mais acteur aussi, Beucler essaie d'organiser l'attelage de deux célèbres noctambules parisiens, Léon-Paul Fargue et Joseph Kessel. Mais leurs nuits de Paris ne sont pas les mêmes, et, malgré le talent de Beucler pour faire naître des amitiés, cette fois l'entreprise échoue, non sans mélancolie de part et d'autre. Beucler nous parle aussi d'Emmanuel Berl, de Marie Laurencin, de Dunoyer de Segonzac, de Van Dongen, des célébrités qui ont posé pour Jacques Thévenet, de sa visite à Clemenceau. Il raconte comment, pendant la guerre, il a rapporté à Bonnard, de Paris au Cannet, pour un milliard de toiles, roulées comme un vulgaire balot. On aimerait que tous les témoins aient cette grâce, cette légèreté, ce don de sympathie.
Quand Beucler "racontait Fargue", j'étais toujours étonné par la façon dont celui-ci écoutait. Il ne se lassait pas d'entendre cette biographie facétieuse, ce roman d'aventures poétiques, artistiques, citadines, mondaines, dont il était le héros. Il faut dire que Beucler narrait divinement. Il n'était pas homme de lettres pour rien. Fargue, dans son lit, la cigarette éteinte aux lèvres, éparpillant de la cendre sur son ventre dont on voyait un morceau écartant la chemise et qui paraissait tout gris, ajoutait un détail au roman de sa voix graillonnante et mélodieuse. Ces interruptions faisaient plaisir à Beucler d'une façon touchante : on devinait qu'il les enregistrait scrupuleusement afin d'enrichir plus tard, à loisir, son grand monument à l'amitié. Beucler, qui n'admirait pas seulement Léon-Paul, mais encore l'aimait et lui ressemblait, soit par nature soit par mimétisme d'amitié, ne tombait jamais dans les caricatures. Fargue tel qu'on le voit dans les bouquins qu'il lui a consacrés a toute sa densité charnelle et spirituelle. On ne l'entend pas seulement parier, on le voit marcher, être gai, être mélancolique, être transparent, être mystérieux. Beucler peignant Fargue a l'oreille de Liszt transcrivant pour le piano des chants du terroir hongrois ou bohémien. " Jean Dutourd En octobre 1924, André Beucler, jeune écrivain monté à Paris, fait la connaissance du poète Léon-Paul Fargue, de vingt-deux ans son aîné. C'est le début d'une amitié sans ombre. Fargue entreprend d'initier le futur auteur de Gueule d'amour à la subtile géographie des cercles littéraires. En suivant les pas du " piéton de Paris ", André Beucler rencontre Gide, Valéry, Picasso, Ravel, Stravinsky, Giraudoux... A la mort de Fargue, en 1947, Beucler décide de lui consacrer l'hommage d'un livre - ce livre que nous rééditons aujourd'hui.
Le monde d'André Beucler est par excellence celui de l' entre-deux-geurres". Croire qu'il serait pour cela loin de nous relève d'une curieuse déformation d'optique. Ne vivons-nous pas aujourd'hui, à notre façon, entre deux guerres, illusionnés par force sur ce que nous réserve demain ? Les paysages et les intérieurs que nous décrit Beucler ont parfois la grisaille des renoncements. La France était alors fatiguée par la victoire de ses armes - chers payées - et se reposait tout ensemble sur ses lauriers et dans ses pantoufles. Elle rêvait mollement d'ordre et de paix, et se préparait de la sorte à cruellement déchanter. Quelques esprits libres en appelaient aux valeurs du beau désordre - soucieux sans doute de réveiller en douceur leurs contemporains. Ces derniers auraient mieux fait de les écouter. La nouvelle qui donne son titre au présent recueil date de 1925 et avait enthousiasmé Paul Morand. Elle donne le ton. Derrière l'écran de sa feinte légèreté, André Beucler parlait de choses graves. De choses qu'il est peut-être encore bon d 'entendre. "
Le train foulait un sol sonore et se jetait dans un passage à l'encre de Chine où il pleuvait au premier plan. La fumée éclaboussait un ciel bas qui enserrait le monde jusqu'à lui faire mal. Je savais que nous allions à Paris et rien de plus. Il faisait nuit dans mon passé, et j'aurais voulu que le train me tirât jusqu'à un pays de lumière si intense qu'on y pourrait brûler des souvenirs et des angoisses comme des lettres. Le rythme de ma vie était faible et je n'écoutais plus que lui. Je ne pouvais plus entendre Gueule d'Amour, il me fatiguait, exigeait de moi de trop grands efforts et ne m'apprenait rien. Depuis que Madeleine était partie sans essayer de me revoir ou de retarder d'un jour son départ, les histoires des autres ne m'intéressaient plus.
Longtemps, longtemps avant la guerre, un samedi soir, chez Lipp. Fargue vient de commander un sandwich au veau, un quart Vichy bouillant, quatre boîtes de cigarettes anglaises et trois boîtes d'allumettes suédoises. Nous sommes en 1928, il faudrait aller dîner quelque part, il est neuf heures et demie, mais le monde fait encore le gros dos. L'éternité est à la disposition du premier venu. Nous avons le temps. Nous bavardons et nous rêvons. Nous rêvons que nous bavardons...
4e de couverture : Si saisissant de mouvements, si éclatant d'images, si envoûtant de sonorités arabes que soit le Coran, il reste toujours un langage clair. C'est pourquoi, bien qu'il soit intraduisible, on peut en tenter des traductions. Elles disent au moins le sens de l'étonnante prédication de Mahomet (570-632). Depuis des siècles il n'y avait plus de ces grandes révélations qui réveillent l'humanité et après Mahomet il n'y en aura plus. "Dieu seul est Dieu."Notes Biographiques : Jean Grosjean (1912-2006), ordonné prêtre en 1939, renonce à son sacerdoce après la Seconde Guerre mondiale. Commentateur et traducteur de la Bible, du Coran et des tragédiens grecs, il publie aussi récits et poèmes (Terre du temps, Fils de l'homme, La Gloire). Il devient à partir de 1967 membre du comité de rédaction de La NRF, dont il est l'un des contributeurs réguliers à partir de 1955.
«La Poésie est comparable à ce génie des Nuits Arabes qui, traqué, prend tour à tour les apparences les plus diverses afin d'éluder la prise, tantôt flamme et tantôt murmure ; tantôt poisson, tantôt oiseau ; et qui se réfugie enfin dans l'insaisissable grain de grenade que voudrait picorer le coq.La Poésie est comparable également à cet exemplaire morceau de cire des philosophes qui consiste on ne sait plus en quoi, du moment qu'il cède l'un après l'autre chacun de ses attributs, forme, dureté, couleur, parfum, qui le rendaient méconnaissable à nos sens. Ainsi voyons-nous aujourd'hui certains poètes, et des meilleurs, refuser à leurs poèmes, rime et mesure et césure (tout le "sine qua non" des vers, eût-on cru), les rejeter comme des attributs postiches sur quoi la Muse prenait appui ; et de même : émotion et pensée, de sorte que plus rien n'y subsiste, semble-t-il, que précisément cette chose indéfinissable et cherchée : la Poésie, grain de grenade où se resserre le génie. Et que tout le reste, auprès, paraisse impur ; tâtonnements pour en arriver là. C'est de ces tâtonnements toutefois qu'est faite l'histoire de notre littérature lyrique.»André Gide.
Traduction de l'anglais par Madeleine Rossel, André Parreaux, Lucien Guitard et Pierre Leyris. Édition de Pierre Leyris. Traduction de Souvenirs intimes de David Copperfield sous la direction de Léon Lemonnier, revue et complétée par Francis Ledoux et Pierre Leyris.