Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Pour demeurer bien vivants
Bertrand Pierre
LIBER CANADA
18,00 €
Épuisé
EAN :9782895787242
Demeurer bien vivants n'implique aucun état d'agitation, d'excitation, d'excès ou d'extase. Cela s'éprouve au contraire dans une atmosphère de paix intérieure. Celle-ci suppose l'abandon. Peut-être ne devenons-nous paradoxalement le plus nous-mêmes que lorsque nous abandonnons ce qui trop souvent nous définit - possessions, réalisations, aspirations, préoccupations, etc. La paix intérieure, qui est sans doute ce que nous pouvons connaître de plus précieux, ne nous est pas donnée par les conditions extérieures, changeantes et souvent provocantes, mais par notre attitude à leur endroit. Elle doit être éprouvée même dans des conditions défavorables. C'est au milieu de nos obligations que nous devons éprouver un certain détachement, au coeur des sollicitations et des provocations que nous pouvons goûter une qualité de calme. Les difficultés que nous rencontrons et les épreuves que nous subissons peuvent contribuer à nous libérer. Seul le noyau le plus intime se sent bien vivant."
Nous sommes des êtres fragiles et la réalité sociale dans laquelle nous nous trouvons en tient fort peu compte, nous proposant au contraire un idéal de performance ou d'excellence. Une part de ce qu'il y a en nous d'humain est oubliée, comme si nous avions honte de notre humanité et des imperfections qui lui sont inhérentes, et que nous nous rêvions surhumains, dieu ou machine. Il en a d'ailleurs toujours été ainsi sur le plan collectif. L'idéal de sainteté puis celui de sagesse ont précédé l'idéal d'excellence, l'idéal d'aujourd'hui. Toujours l'humanité de l'humain est déniée, telle une tare. Ces idéaux détruisent l'être humain, loin de l'aider à se développer et à réaliser la puissance de son être vivant. En fait, il s'agit d'abord et avant tout de voir la réalité telle qu'elle est. C'est grâce à la vision qu'une solution allant dans le sens de la puissance de vivre peut concrètement se trouver ou s'inventer au sein de la réalité telle qu'elle est. L'important est que la vision, même au sein de la répression, que celle-ci soit brutale ou douce, absurde ou argumentée, demeure intacte, que, mieux encore, elle soit rendue plus vive, plus aiguisée par le défi ou l'épreuve. La vision de la réalité est plus puissante que toute injonction émanant de l'idéal." Pierre Bertrand.
La perception est l'acte de l'intelligence du corps entier alors que la pensée est celui de l'intellect comme faculté spécialisée. Alors que la pensée laisse des traces auxquelles elle ne cesse de revenir et de se réalimenter, la perception s'efface en s'effectuant, laissant le champ libre pour une perception nouvelle. C'est parce que la pensée ne va pas au bout d'elle-même, qu'elle est fragmentée et constitutivement inattentive, qu'elle ne peut éclore complètement et qu'elle laisse, par conséquent, nécessairement des traces. C'est au contraire parce que la perception va au bout d'elle-même qu'elle épuise toute son énergie et qu'elle peut disparaître sans laisser de traces, ayant accompli complètement sa puissance de vie. Elle peut donc mourir sans regret alors que la pensée qui ne parvient jamais à vivre complètement ne peut s'empêcher de revenir sur ce qu'elle a raté. C'est parce que la pensée n'est toujours qu'à moitié là, toujours en même temps au passé et au futur, qu'elle doit sans cesse revenir su la moitié qu'elle a manquée. Et même quand elle revient, elle ne le fait encore qu'à moitié, de manière morcelée, ce qui fait que le travail n'est jamais terminé, qu'il doit se poursuivre jusque tard dans la nuit dans les usines du rêve. Seule la perception totalement vivante peut finir le travail, permettant ainsi au corps de se reposer complètement."
Je crois fermement que c'est l'art de vivre qui se trouve au soubassement de tout art particulier, que c'est pour apprendre à vivre, apprendre toute sa vie à vivre, que l'artiste crée, que c'est pour inventer la vie qui passe bien plus que des objets qui restent, que l'artiste donne naissance à des oeuvres. L'artiste est conscient de la vie comme nul autre, de cette vie que l'on ne peut figer, qui demeure éternellement indomptée et énigmatique. En explorant l'inconnu par son art, l'artiste cherche à être à la hauteur de la puissance de vie dont il fait partie. Ce faisant, il apprend et nous apprend à vivre". "Les textes rassemblés ici ont, pour la plupart, d'abord été lus devant divers auditoires. J'ai voulu les réunir d'abord pour répondre au souhait que le public m'a à plusieurs reprises formulé de pouvoir les lire après les avoir entendus. Mais aussi pour garder la trace du cheminement de la pensée et de sa façon de s'adapter aux circonstances. Le thème directeur est celui de la création, mais je m'y exprime aussi, peut-être sur un ton plus direct et plus personnel, sur les autres questions qui me requièrent depuis toujours - la philosophie, la vie, l'immanence, etc. Les textes ont été regroupés en trois parties, entre lesquelles j'ai voulu établir un rapport de symétrie harmonique, façon d'évoquer, dans la structure même du livre, la dépendance mutuelle des sujets abordés et la nécessité de sans cesse les reprendre, de le remodeler, de les reformuler, en espérant chaque fois mieux les observer ou les faire apparaître de manière plus vive". Pierre Bertrand
Tant de choses nous échappent, non par accident, mais ontologiquement, à savoir compte tenu de leur nature et de la nôtre. II y a des choses dont nous ne pouvons pas être conscients. Nous avons beau vouloir ouvrir notre esprit, il y a des limites à cette ouverture. C'est l'un des traits de notre finitude. La philosophie entretient une prétention à l'universalité. Elle tente de s'ouvrir le plus largement possible à la réalité telle qu'elle est. Ce faisant, elle doit être consciente de ses limites. Si elle s'ouvre, c'est aussi en se fermant. Si elle voit certaines choses, elle est aveugle à d'autres. Ces limites se font sentir avec force quand il s'agit de mettre en parole la vision. Celle-ci doit entrer dans la forme de celle-là, avec un sujet ou un substantif, un verbe ou une action, un prédicat ou un attribut. Une telle mise en forme élimine forcément un chaos, une indétermination ou un flou constitutifs de la réalité. Le défi est alors d'exprimer par la parole ce qui pourtant lui résiste, de manière à ce que continue de poindre et d'insister ce qui résiste".
L'homme qui ne peut qu'obéir est un esclave; s'il ne peut que désobéir, il est un révolté", écrivait le psychologue Erich Fromm en 1963. "Je suis loin de dire, continue-t-il, que toute désobéissance est vertu, et toute obéissance vice. Ce serait ignorer le rapport dialectique qui existe entre l'obéissance et la désobéissance." Antigone, Socrate, Jésus, Thoreau, Tolstoï, Gandhi, Luther King, l'histoire regorge de contestataires qui ont fait avancer la civilisation. Sans compter les mouvements collectifs de dissidence: quakers, mormons, manifestants contre la guerre, contre les expériences atomiques, contre la pollution, contre la mondialisation néolibérale, etc. À partir d'un rappel de diverses manifestations d'objection de conscience et de désobéissance civile, l'auteur s'efforce de définir ces termes. Il fait surtout une analyse du phénomène d'un point de vue éthique. II s'interroge enfin sur l'attitude que devraient avoir les dissidents, mais aussi les législateurs, les tribunaux, la police, la population. En son fond, l'objection de conscience n'est pas négative; elle n'est ni abstention ni passivité; elle doit, par sa force d'interpellation, témoigner des valeurs mêmes qui sont à sa source. De dérangeur qu'il est, l'objecteur devient ainsi un éveilleur de conscience.
L'essence paradoxale de nos sociétés libérales, qui valorisent l'individu sans pour autant désagréger le collectif (elles le recomposent plutôt), n'est souvent pas prise en compte. Que ce soit à propos de l'individu, que l'on relègue au statut de monade fermée sur elle-même, de la morale, dont on déplore la perte, du monde économique, envisagé seulement sous l'angle d'un capitalisme sauvage qui aurait pour conséquence inéluctable une mondialisation inéquitable, ou encore des médias, responsables de tous les maux du monde contemporain, le jugement est chaque fois tranché et sans nuances. Ce que Gilles Lipovetsky propose au contraire, c'est une description à géométrie variable de nos sociétés libérales, seule apte à rendre compte de l'intégralité du phénomène postmoderne. C'est à pareille description de l'éthique, du monde des affaires et des médias que procède cet ouvrage, qui fait chaque fois apparaître non seulement la complexité des sociétés contemporaines, mais également le sens des responsabilités qu'elles appellent et favorisent.
De même que les individus ont une généalogie, les sociétés s'appuient sur plusieurs piliers culturels, qui eux-mêmes sont le produit de rencontres plus anciennes. Après avoir abordé le pilier gréco-romain (vol. 1), ce deuxième volume d'un ouvrage collectif consacré aux grands récits occidentaux s'intéresse cette fois à la culture judéo-chrétienne. A partir de la conversion au christianisme de l'empereur Constantin, se met en place, dans le monde gallo-romain, un fort pilier judéo-chrétien qui continue à influer sur la marche du monde occidental, malgré le déclin de la religiosité. Que nous disent ces récits que notre mémoire collective a conservés ? Que nous révèlent-ils du monde qu'ils ont contribué à ériger ? En quoi nos "récits de vie" individuels trouvent-ils bien souvent leur ancrage dans ces "grands récits" expliquant le collectif ? C'est à faire voir certaines des ramifications essentielles de ce riche héritage que s'appliquent les essais rassemblés ici.
Qu'est-ce que l'argent, d'où vient-il, pourquoi nous paraît-il si nécessaire et si naturel ? Ces questions constituent le fil rouge de cet ouvrage, qui tente de dénaturaliser l'argent pour mieux s'interroger sur sa place et son rôle dans la société. Naturel, l'argent ne l'est certainement pas. Les discours qui le décrivent comme un objet inévitable de toute vie sociale et un simple instrument d'échange sont à questionner de manière radicale. Il semblerait presque que l'argent ait été inventé pour définir une société à deux vitesses, pour permettre de séparer ceux qui peuvent payer le prix et ceux qui ne le peuvent pas, de quelque prix qu'il s'agisse et pour quelque bien que ce soit. Si presque tous les philosophes ont parlé d'argent, peu se sont pourtant étonnés de le trouver là devant eux, et peu se sont étonnés de son apparente nécessité. Tel est le but que se propose cet ouvrage : nous étonner devant l'argent. La question première est donc moins "qu'est-ce que l'argent ? " que "comment se réapproprier cet objet pour le penser ? " . On pourra plus facilement s'interroger ensuite sur le sens que nous voulons donner à l'économie et au politique, sur la place qu'il convient de donner à l'argent et sur le type de relations que nous souhaitons établir les uns avec les autres.