Des réflexions intéressantes se construisent ici en respectant une sorte de "prolégomènes" du métadiscours ainsi que son interrogation apologétique. Car "l'histoire de la critique africaine est sans doute celle de la forme du texte". Ces instances de discursivités successives transparaissent dans les "Actes" de ce Colloque, non à la manière des ponctuations majeures à travers la réflexion, mais plus directement, comme des "enjeux d'une théorie de la critique africaine". Les postulats de la première "critique littéraire" voulaient que les oeuvres inspirent les méthodes d'analyse, et que les prescrits de "lecture" indiquent les orientations des productivités. Ce qui semble constituer des préliminaires immédiats restait cependant en marge des limites par lesquelles les arguments et les doctrines probables visaient à définir les travaux autour des littératures "africaines". Lors des Colloques, des Séminaires et autant de "symposiums", les "Rapporteurs des séances" s'ingéniaient à élaborer des synthèses qui soient en mesure de coordonner les expériences éventuelles. Ce "Colloque-ci" apparaît comme une contrepartie des efforts fournis en vue de rétablir l'heuristique et de faire émerger les présupposés d'une "critique africaine". Ces "Actes" devraient donc marquer les grandes étapes d'une lucidité construite, consécutive au déroulement des méthodologies appropriées.
Cet ouvrage tente de situer les moyens de communication au gré des mutations sociopolitiques du Gabon. Il dresse d'abord un aperçu du paysage médiatique qui émerge au sortir de l'ouverture démocratique de 1990, en questionnant son rapport à l'Etat et son positionnement vis-à-vis des enjeux électoraux. Puis il mesure l'impact des réseaux socionumériques en tant que nouvelles plateformes de diffusion d'informations, d'échanges et de débats.
Dans ce livre, la sémiotique narrative d'Algirdas Julien Greimas, les théories récentes de l'énonciation, des passions, etc, et la morphogenèse du sens fondent l'invention d'une sémiotique topologique appelée Sémiotique des formes. D'un côté la Sémiotique des formes réinterroge les concepts et méthodes qui se sont intéressés aux corpus africains, ainsi que leurs objets et rationalismes, de l'autre, elle se manifeste comme une critique de la théorie sémiotique générale appliquée aux corpus africains. Son défi : esquisser une théorie sémiotique littéraire de portée générale à partir des corpus oraux et écrits d'un univers propre, permettant ainsi de se réapproprier différemment le projet critique africain. En même temps, l'ouvrage interroge les philosophies du signe disponibles pour introduire une théorie sémiotique du langage inspirée par l'intelligence africaine du signe, du discours et du sens.
La signification la plus décisive de l'expérience littéraire ngalesque nous enseigne que l'édification d'un espace littéraire autonome et déharnaché de toute autre préoccupation qui ne soit interrogation sur les figures de la littérature ne peut se réaliser que si celle-ci est sémiotiquement assumée comme telle par des sujets opérateurs d'assomption dont Viko est l'exemple. L'œuvre littéraire de Georges Ngal peut paraître, de ce point de vue, doublement significative. En première approximation, par cette prise de position autrement idéologique, elle fonde radicalement une figure narrative inaugurale dans le champ littéraire africain, qui a fait varier, de manière substantielle et tout aussi radicale, la figure du narrateur de l'espace subsaharien de langue française depuis 1975. En seconde approximation, Ngal serait enclin à exiger une sorte de rupture épistémologique entre liens établis autour de la littérature, de l'histoire et de la politique en Afrique. C'est en cela que sa production littéraire paraît telle une conscience anticipative : de Giambatista Viko et de L'errance, elle a annoncé, de façon audacieuse, ces formes de subjectivités intransitives dont se revendiquent aujourd'hui les jeunes écrivains comme Josué Kossi Efoui, Abdourahman Ali Waberi, Sandrine Bessora, etc.
Premier roman publié de Jane Austen, Sense and Sensibility ne saurait être lu comme une oeuvre encore imparfaite qui servirait de tremplin aux grands romans qui lui succèdent. En mettant en scène, à travers la double histoire d'Elinor et Marianne, l'émergence d'une subjectivité féminine aux prises avec les limites d'une société et d'une culture patriarcales aux structures rigides, Sense and Sensibility ne se contente pas d'exposer des oppositions mais travaille des contradictions culturelles fondamentales. Critique amusée et parodique du roman sentimental, satire sociale parfois acerbe, Sense and Sensibility est déjà un grand roman psychologique. Il est aussi une oeuvre pionnière qui met au premier plan la question même du sens et de l'interprétation, toujours confrontés dans ce texte à leurs limites.
Comme à son habitude, Marie est la première à se proposer pour venir faire les courses avec moi, deux autres jeunes du groupe nous accompagnent. C'est un soir du mois de novembre, il fait froid, nous parlons du temps, va-t-il neiger ou non? L'ambiance est détendue, je raconte une anecdote personnelle Marie, assise à côté de moi se tourne brusquement et me lance froidement "On n'en a rien à faire de ta vie!" Sur le coup je me tais, je ne comprends pas l'agressivité de ses paroles, je passe à autre chose mais au fond de moi je suis blessée. Que s'est-il passé? Pourquoi de telles attitudes, la sienne, la mienne? Pour quelles raisons cela me touche-t-il autant?.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.
Perrat Benoît ; Pitte Jean-Robert ; Guillot Pierre
Résumé : Grand chef cuisinier aux côtés des Escoffier, des Rambert et des frères Rouzier notamment, le Bressan Benoît Perrat (1873-1957) exerça son art dans les restaurants de tout premier ordre (Lyon, Genève, Paris, York, Berlin, Dresde) puis dans les cours princières et royales d'Europe centrale de la Belle Epoque (Saxe, Bavière, Roumanie, Hongrie). Contraint par la Grande Guerre à quitter ceux qu'il avait somptueusement servis, il retrouve ses terres natales et s'installe quelque temps après à Vonnas (Ain), la "Mecque de gueule", où il tiendra jusqu'à la Seconde Guerre mondiale toujours avec panache et distinction, jusqu'au raffinement ultime, la table et le Grand Hôtel Moderne. Il y rédigera sa célèbre "rhapsodie culinaire et gastronomique", Cornus en Bresse (1932) ? rééditée en 2002 ? et en 1938 sa Hongrie gourmande, restée inédite et publiée ici pour la première fois. Ce recueil surprenant assemble une centaine de ses recettes magyares récolées au gré de ses rencontres, de ses pérégrinations, de ses affectations et de ses enchantements. Récolées... ! C'est peu dire. Benoît Perrat y atteste surtout le "véritable esprit de la gastronomie qui est un patrimoine vivant, en évolution constante, ouvert à toutes les influences extérieures qui sont découvertes, apprivoisées, domestiquées, puis intégrées". C'est donc à une savoureuse déclinaison des riches spécialités danubiennes, parfois "métissées de Bresse", que Benoît Perrat convoque ses lecteurs, au premier rang desquelles le fameux gulash, et bien sûr le paprika, piment-roi de la cuisine magyare. Il les invite surtout à mettre avec lui la main au fourneau puis la serviette au cou.
Immobile face à sa femme, il attend les premières séries de l'après-midi. Six mois qu'elle est partie. Elle n'a jamais donné de nouvelles et lui, comme un con, il garde sa photo sur la télé. II s'entend lui chuchoter "ils m'ont viré, tu te rends compte, ces salauds", et il est sûr d'apercevoir aux commissures de ses lèvres l'ébauche désolée d'un sourire. Ici, on voudrait s'aimer et on ne sait pas bien comment ; on parle sans toujours trouver les mots ; on s'accroche au quotidien comme on peut. Au fil des quinze histoires qui composent ce recueil, on croise des individus qui donnent parfois l'impression de marcher à côté de leur propre existence. Le propos est grave, souvent drôle, toujours tendre.