Thomas Bernhard avait déclaré à un journaliste qui l’interviewait que lorsqu’il voulait rire, il lisait un de ses livres. Celui-ci est, selon moi, le plus drôle d’entre eux. Sous titré « Comédie », le "Maitres Anciens" de Bernhard est un chef-d’œuvre littéraire qui porte à son paroxysme l’art de la répétition qu’a cultivé l’auteur dans le développement de son inimitable « style irrité ». Le passage fameux dans lequel un des personnages évoque le profond dégoût qu’il éprouve pour Heidegger, « une tête kitsch, un faible penseur pré-alpin » est d’une drôlerie jouissive. « De quoi ça parle ? » me demandent parfois mes proches, quand il m’arrive de me perdre en éloges alambiqués et sibyllins de cet texte magistral, espérant par là me ramener sur terre. J’en suis alors réduit à bredouiller, embarrassé : « Eh bien, c’est un homme, qui attend un autre homme dans un musée devant un tableau du Tintoret. Il pense à sa rencontre prochaine avec l’autre homme, au tableau et au gardien du musée. Puis l’autre homme arrive, et ils discutent. ». Je ne manque alors pas de perdre le peu d’attention blasée qu’ils consentaient encore à m’accorder. C’est comme si l’on prétendait décrire le théâtre de Beckett en expliquant que « En attendant Godot » racontait l’histoire de deux homme qui attendent Godot. Je me contenterai donc d’écrire ici en conclusion qu’il faut avoir lu Bernhard pour comprendre ce qu’est Bernhard, et que ce livre est une des meilleures portes d’entrée à son œuvre. Robin
Les peintres n'ont pas peint ce qu'ils auraient dû peindre, mais uniquement ce qu'on leur a commandé, ou bien ce qui leur procurait ou leur rapportait l'argent ou la gloire, a-t-il dit. Les peintres, tous ces maîtres anciens qui, la plupart du temps, me dégoûtent plus que tout et qui m'ont depuis toujours donné le frisson, a-t-il dit, n'ont jamais servi qu'un maître, jamais eux-mêmes et ainsi l'humanité elle-même. Ils ont tout de même toujours peint un monde factice qu'ils tiraient d'eux-mêmes, dont ils espéraient obtenir l'argent et la gloire ; tous ils n'ont peint que dans cette optique, par envie d'argent et par envie de gloire, pas parce qu'ils avaient voulu être peintres mais uniquement parce qu'ils voulaient avoir la gloire ou l'argent ou la gloire en même temps que l'argent.
Une irritation. Forêt, forêt de haute futaie, des arbres à abattre : tel est le cri du coeur (et le cri de guerre) que ne peut s'empêcher de pousser le comédien du Burgtheater au cours du dîner artistique donné en son honneur, à l'issue de la première du Canard sauvage, par les époux Auersberger, représentants on ne peut plus typiques de cette société artistique viennoise que l'auteur-narrateur abhorre et avec laquelle il se flatte d'avoir rompu une bonne fois pour toutes quelque trente ans auparavant. Cette épouvantable société artistique viennoise qu'il s'était juré de fuir à jamais et à laquelle il est bien forcé de constater qu'il n'a pas cessé d'appartenir.
Brebis galeuse d'une famille attachée à ses traditions, héritier d'un domaine dont il n'a que faire, Murau, le narrateur, rentre au château familial de Wolfsegg, en Autriche, pour enterrer ses parents et son frère, morts dans un accident de voiture. Dans ce lieu grandiose, aux rites respectés et bafoués à la fois par son père, ancien membre du parti nazi, et par sa mère, maîtresse de l'archevêque Spadolini, haut dignitaire du Vatican, Murau évoque le passé, les souvenirs inquiétants, comme pour se désenvoûter de cet univers oppressant, et "éteindre" définitivement tout ce qui le rattachait encore à son enfance et à sa jeunesse. Dans cet ultime roman, Thomas Bernhard se livre à une analyse familiale caustique et jubilatoire. II met en scène les personnages les plus vils et grossiers, sinistres marionnettes dans une tragédie moderne emplie d'amertume.
Dans le Kunsthistorisches Museum, à Vienne, Atzbacher, le narrateur, a rendez-vous avec Reger, le vieux critique musical. Atzbacher est arrivé une heure à l'avance pour observer Reger, déjà installé dans la salle Bordone, assis sur la banquette qu'il occupe chaque matin depuis dix ans, face à L'Homme à la barbe blanche du Tintoret. Pendant une heure, le narrateur se rappelle les citations de Reger ou des conversations portant sur lui. Dans un deuxième temps, qui commence à l'heure précise du rendez-vous, c'est la parole même de Reger qui résonne dans la salle Bordone, comme sous l'effet d'une nécessité vitale. Sur le mode de la diatribe, variant avec fureur et allégresse se succèdent les thèmes (qui sont des cibles) chers à Bernhard dans cette comédie (le sous-titre de l'oeuvre) qui n'est autre que celle de l'art, des artistes, des écrivains, des compositeurs... Aux exagérations coutumières, l'auteur ajoute le mauvais goût des Hasbourg, l'institution des musées, l'autorité des maîtres anciens, l'enfance, les toilettes viennoises, les journaux, les femmes de ménage, Beethoven... Des imprécations, en une langue exaltante et libératrice, qui finissent toujours par forcer le rire au bout du désespoir. --Céline Darner
Trois jeunes pianistes plus que prometteurs - Glenn Gould, le narrateur et son ami Wertheimer - se sont rencontrés autrefois au Mozarteum de Salzbourg pour y suivre un cours donné par Horowitz. Rencontre déterminante au cours de laquelle Glenn Gould fait d'emblée figure de génie triomphant au point de détourner brutalement et définitivement les deux autres de leur carrière de pianiste virtuose. Mais si le narrateur, après s'être séparé de son Steinway, se mue alors délibérément en un "artiste de la représentation du monde" (Weltanschauungskünstler) tout entier voué à la rédaction toujours recommencée d'un interminable essai sur Glenn Gould, son ami Wertheimer s'engage sur la voie fatale du vaincu, du "sombreur", comme Glenn Gould en personne l'a plaisamment mais fort exactement surnommé aussitôt après avoir fait sa connaissance. Vingt ans plus tard, au terme d'une longue plongée dans son propre malheur, Wertheimer le sombreur mettra fin au tourment de son existence en se pendant haut et court devant la maison de sa soeur. C'est le destin cruel et dérisoire de ce naufragé de l'existence, son ami de toujours, que le narrateur interroge en fait tout au long de son essai sur Glenn Gould et, à travers ce destin, c'est évidemment toute la misère du monde, celle également du génial Glenn Gould et la sienne propre, que Thomas Bernhard analyse avec la minutie - et avec la fureur - qu'on lui connaît, au fil d'un récit qui procède entièrement du soliloque déclenché chez le narrateur par le suicide de son ami - un de ces impitoyables et envoûtants soliloques-fleuves dont l'auteur a le secret.
Ce volume contient les oeuvres suivantes: Le Traité du Narcisse - Le Voyage d'Urien - La Tentative amoureuse - Paludes - Les Nourritures terrestres - Les Nouvelles nourritures - Le Prométhée mal enchaîné - El Hadj ou Le Traité du faux prophète - L'Immoraliste - Le Retour de l'enfant prodigue - La Porte étroite - Isabelle - Les Caves du Vatican - La Symphonie pastorale - Les Faux-monnayeurs - L'École des femmes - Robert - Geneviève ou La confidence inachevée - Thésée. Introduction de Maurice Nadeau. Notices et bibliographie par Yvonne Davet et Jean-Jacques Thierry.
Résumé : Cette édition s'efforce de présenter les écrits purement littéraires de Chateaubriand dans un ordre à la fois chronologique et thématique. Ainsi le lecteur pourra relire un écrivain qui ne fut pas seulement chantre de sa propre désespérance et du néant, artiste frileux réfléchissant sur son art, historien consciencieux, mais aussi le plus intraitable génie contestataire. Toute son ouvre en effet s'insurge contre une religion mal comprise qui mutile l'homme, contre une fausse civilisation égoïste et cruelle qui monopolise morale et culture. Reflet de son temps, Chateaubriand l'est également du nôtre. Le texte a été établi d'après celui des Ouvres complètes parues chez Ladvocat. On a consulté les manuscrits accessibles et découvert des sources de l'ouvre qui s'ajoutent, nombreuses, à celles que nous connaissions déjà, surtout à propos des Martyrs et du Voyage en Amérique. Cette édition devient ainsi un instrument de travail enrichissant et suggestif.
Une personnalité rebelle mêlée à un cœur tantôt tendre, tantôt ardent… Et souvent intransigeant. Une lecture toute en souplesse, où chaque élément fait sens et où chaque action a des répercussions bonnes ou mauvaises sur les personnages et le monde qui les entoure. Red Queen est une lecture puissante, un monde gouverné par une dictature scénarisée, par le despotisme mais également par un espoir frappant qui nous prend directement aux tripes. Une saga à dévorer !
Ce texte de Sartre, qui met à distance, ironise, son rapport à la littérature en en situant l’émergence dans son enfance, constitue paradoxalement (quoique) un ouvrage d’une rare qualité littéraire.
Un univers complexe au service d'une fantasy dynamique où l'on suit des personnages hauts en couleur, pris dans la réalisation du casse du siècle, l'extraction d'un mage d'une forteresse réputée imprenable ... Dans l'univers de Grisha, porté à l'écran sur Netflix.
Jeune fille timide, Emily est désemparée lorsque Sloane, sa meilleure amie, disparaît tout l'été sans laisser d'adresse. Son seul indice : une liste de 13 défis à réaliser. Au départ totalement démunie, Emily va toutefois se prendre au jeu et faire des rencontres qui pourraient bien bouleverser sa vie ... Un roman sur le dépassement de soi, parfait pour l'été ! A partir de 13 ans