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Cahiers du Monde russe N° 46/1-2, Janvier-juin 2005 : La Russie vers 1550 : Monarchie nationale ou e
Berelowitch André ; Nazarov Vladislav
EHESS
32,00 €
Épuisé
EAN :9782713220555
La thèse communément admise en Russie est que les princes de Moscou, lorsqu'ils ont réuni sous leur sceptre la majeure partie des territoires dépendant jadis des grands-princes de Kiev, entreprennent d'édifier un Etat centralisé qui préfigure la Russie moderne. Mais s'agit-il bien d'un Etat, au sens de Max Weber ? Peut-on parler d'Etat centralisé à propos d'une bureaucratie qui évoque, démesurément agrandie mais bien reconnaissable, l'administration encore rudimentaire d'un domaine seigneurial ? La nouvelle entité politique ressemble-t-elle aux monarchies nationales anglaise, espagnole, française, ou faut-il la comparer à ses voisins, le royaume polono-lituanien et les khanats héritiers de la Horde d'Or ? Ces problèmes cruciaux pour la compréhension de l'histoire russe sont abordés dans une trentaine d'articles qui traitent les sujets les plus variés, depuis l'étude du crime de lèse-majesté à travers l'Europe jusqu'à l'image d'Alexandre Nevski dans l'histoire, la légende et le cinéma. Ils sont l'?uvre des professeurs et auditeurs, venus de toute l'Europe et des Etats-Unis, qui ont pris part à l'école d'été tenue à Paris, à l'EHESS, en septembre 2003.
Spécialiste renommé de l'histoire militaire, John Keegan retrace ici leur ascension et analyse leurs combats, leurs stratégies et leur psychologie. II montre ainsi que ces quatre personnages à l'envergure et aux charismes différents incarnent quatre grandes familles de commandement militaire qui illustrent autant d'âges successifs des conflits: Alexandre en représente l'âge héroïque; Wellington, le "duc de fer", est, lui, l'antihéros par excellence; Grant symbolise la proximité avec ses hommes et la capacité d'adaptation; enfin, Hitler, la démesure caractéristique de la guerre totale. A travers cette étude magistrale, Keegan nous fait mesurer combien le masque dont s'affublent les chefs en fonction de l'attente qu'ils perçoivent de leurs supérieurs ou de leurs subordonnés est aussi important que les traits de caractère qu'on leur prête communément. Un essai ambitieux sur l'art de la guerre qui permet enfin de comprendre comment le temps du nucléaire a supplanté l'ère du commandement.
Francs-tireurs de l'intelligence, ils ont souvent profondément modifié leur époque en bousculant les conventions. Penseurs dissidents, ils partagent une même passion, une même originalité et s'appellent Machiavel, Vico, Montesquieu, Hume, Moses Hess, Verdi ou Georges Sorel. Isaiah Berlin étudie dans les essais qu'il leur a consacrés la capacité mystérieuse qu'ont ces esprits exceptionnels de naviguer "à contre-courant". Il fait la preuve de la formidable actualité de ces démarches philosophiques, esthétiques ou politiques, pour lesquelles le réel n'est pas seulement rationnel et l'existence autre chose qu'un schéma abstrait. Après l'essai sur Les Penseurs russes (Albin Michel, 1984), ce plaidoyer passionné d'Isaiah Berlin pour le pluralisme confirme l'importance de l'un des plus grands penseurs libéraux d'aujourd'hui.
Résumé : À la fin du XVIIe siècle, au seuil de la " modernisation " voulue par Pierre le Grand, la société russe nous semble bien énigmatique. Pour tenter de la comprendre, il ne faut ni tomber dans le piège des ressemblances avec les sociétés occidentales, ni succomber à la maladie bien historienne du classement. André Berelowitch évite ces deux écueils de façon magistrale en donnant à l'historiographie française de la Russie une de ses plus belles études. Rompant avec les stéréotypes (influence asiatique, " féodalisme ", etc.), analysant au plus près les pratiques, les rituels, l'imaginaire de la noblesse russe, éclairant l'apparente irrationalité des incessantes querelles de préséance qui agitent le monde de la cour, André Berelowitch parvient à faire entrer peu à peu le lecteur dans un univers original, cosmos humain qui se veut reflet du divin. Le sacré est au c?ur de la combinatoire des places, attribuées selon des règles à la fois savantes et mobiles. L'honneur, la fidélité, le service des armes n'y ont pas moins de valeur que l'âge, la fonction ou l'ancienneté du clan. Société hiérarchique, qui pourrait bien être restée intacte jusqu'à nos jours, en dépit des vicissitudes d'une histoire tumultueuse. André Berelowitch est chargé de conférences à l'Ecole pratique des hautes études et spécialiste de la Russie d'Ancien Régime.
L'Homme poursuit l'enquête engagée dans le précédent numéro : quelle est donc cette curieuse chimère à deux têtes qui orne sa couverture depuis sa fondation ? Selon Claude Lévi-Strauss, qui l'a choisie, il s'agirait d'un "dieu Tortue" de la culture pré-colombienne Coclé, en Amérique centrale. Que sait-on de cette culture et de ses productions graphiques ? A quel genre de dieu, et à quel genre de tortue, correspond ce personnage ? Et que dire de la bicéphalité joyeuse et hypnotique qui le caractérise ? Richard G. Cooke et Carlo Severi apportent quelques éclaircissements sur ces questions. Trois "Etudes & Essais" forment le coeur de ce numéro, illustrant une nouvelle fois l'ouverture épistémologique de notre revue. Camille Chamois explore à quelles conditions ethnographiques, philosophiques et psychologiques une théorie perspectiviste peut envisager la multiplicité de points de vue d'êtres différents, humains ou non humains. Abigaël Pesses nous conduit ensuite chez les Karen de Thaïlande et nous présente un curieux motif dessiné sur l'envers d'un plateau de riz, dans lequel toute une cosmologie se voit sobrement condensée afin de guider les morts sur le chemin de l'au-delà. Sophie Blanchy et Haddad Salim Djabir, pour leur part, restituent les échanges cérémoniels qui rythment et organisent les relations entre groupes de descendance sur l'île de Mohéli dans l'archipel des Comores, de même que le processus historique de la préservation de ces usages sous l'influence de riches marchands étrangers. Laurent Berger, enfin, clôt ce numéro par un nouveau commentaire critique du livre de Charles Stépanoff, Voyager dans l'invisible. Techniques chamaniques de l'imagination (La Découverte, 2019), en réexaminant la corréla¬tion entre naissance de la hiérarchie et mode de médiation reli¬gieuse. Il est ainsi question de cosmologies, dans ce numéro, et de la matière cérémonielle et picturale par laquelle une population figure - et donc rend disponible - le monde relationnel qu'elle habite et qu'elle produit.
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".