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Critique N° 747-748, Août-septembre 2009 : Libérer les animaux ?
Bailly Jean-Christophe ; Balibar Françoise ; Chama
MINUIT
15,00 €
Épuisé
EAN :9782707320926
Nous sommes des animaux. Et depuis que nous sommes persuadés de cette vérité, les animaux nous embarrassent. On cherchait encore, dans les années 1970-1980, à déterminer ce qui - malgré tout ! - différencie l'homme de l'animal. Aujourd'hui, la question est plutôt de savoir quel type d'obligations cette vérité nous impose. Comment, entre animaux, partager le monde ? Faut-il, comme le proposent certains, étendre les droits de l'homme aux " autres animaux " ? Notre titre reprend délibérément une injonction ou un slogan très politique : " Libérer les animaux ", auquel a été ajouté un point d'interrogation pour marquer la distance ou le recul que doivent prendre, comme c'est leur vocation, la philosophie et la littérature pour aborder ce problème. Parmi les questions qui en découlent, certaines sont très concrètes : faut-il renoncer à la côte de boeuf ou peut-on se contenter de l'assurance que les bêtes sont abattues sans souffrance ? D'autres le sont moins : admis que l'homme est un animal, peut-on sans indécence assimiler hommes et animaux en multipliant, par exemple, les rapprochements entre élevage et abattage industriels, d'une part, phénomène concentrationnaire et extermination d'autre part ? Ce numéro, dirigé par Françoise Balibar et Thierry Hoquet, ne cherche à constituer aucune unanimité artificielle. Il rassemble des contributions très diverses : de scientifiques, de philosophes, d'écrivains, d'hommes et de femmes diversement engagés dans ces débats que les animaux humains du troisième millénaire ne peuvent plus éluder.
Biographie de l'auteur Jean-Christophe Bailly est écrivain et enseigne à l'Ecole du Paysage de Blois. Il est l'auteur, notamment, du livre Le Dépaysement (Seuil, prix décembre 2011). Aux Editions Bayard, ont paru Le Versant animal (2007) et plusieurs petites conférences.
El Pelele est ce qui reste d'un "projet Goya" qui m'a accompagné pendant des années, depuis, en tout cas, la partie consacrée à un tableau de Goya dans ma pièce Fuochi sparsi créée à Parme en 1994. Jamais je n'ai véritablement songé à écrire une pièce en costumes, une évocation du temps que Goya traversa et subit. Je voyais plutôt quelque chose comme une sorte de remémoration, à partir de l'exil de Bordeaux et du mystérieux et tardif voyage à Paris, d'où le peintre ne ramena qu'un seul dessin : une vieille femme sur un chariot tiré par un chien, avec ce commentaire : "Yo lo he visto en Paris." La pièce est un reste comme l'est ce dessin, et Goya y est davantage une matière qu'un motif, son nom, jamais prononcé, agit comme une sorte de clef musicale fixant la tonalité. A certains moments, toutefois, même si l'action se déroule de nos jours, la référence à ses images est active, de façon au moins implicite. El Pelele est le titre du carton de tapisserie de Goya de 1791 où l'on voit quatre femmes faire sauter en riant un pantin au-dessus d'un drap tendu. Il s'agit du nom du pantin lui-même. J'ai choisi de donner ce nom à la pièce et au personnage principal, d'une certaine façon pour en fixer l'origine et la localisation, dans l'espace sinon dans le temps. Comme dans beaucoup d'oeuvres de jeunesse de Goya, on voit pointer, sous des dehors encore gracieux, le renversement qui sera sa marque exclusive, et mon personnage va dans le sens de cet assombrissement."
Une ville qui n'existe pas, mais décrite par le menu, avec une précision (une joie, aussi) de maquettiste: rue par rue, lieu par lieu, avec ses grands passants, ses fantômes, son ton. Ville du bord de l'eau (comme si, entre la Garonne et la Loire, un autre fleuve et un autre estuaire avaient existé), ville où la donne de l'utopie a été plus généreuse qu'ailleurs, ville qui a donc beaucoup rêvé et qui, à son tour, fait rêver. Ecrite à partir de son plan dessiné un jour de désoeuvrement, Olonne est devenue une sorte d'absolu de la fiction, une sorte de vertigineux "comme si", qui est aussi comme un roman. Description d'Olonne a obtenu le prix France Culture en 1992.
Commentaires Ceux que la littérature romantique allemande passionne n'ont sans doute pas oublié cette anthologie publiée en 1976 et salueront sa réédition. Vingt-cinq ans après, on redécouvre – avec émerveillement parfois – une vivacité de ton, une audace et une hauteur de vue bien éloignées des radotages soporifiques et scolaires souvent de mise en pareil cas. Car Bailly fait montre ici d'une ambition réconfortante : il s'engage, risque des opinions, des formules, et ne déploie son érudition que pour la faire accoucher d'un enfant bien vivant. Dûment replacé dans son contexte politique, sociologique, philosophique, chaque auteur reçoit comme son épitaphe, éclairée par une réelle poésie, une délicatesse, un sérieux et un respect absolu de la mémoire. On pouvait craindre le pire avec de si brefs extraits – quelques textes, quelques poèmes pour des titans comme Hölderlin ou Novalis –, mais ils sont si intelligemment choisis que la vie, l'intensité tragique et lumineuse des œuvres explosent, à côté de quelques découvertes stupéfiantes comme les fragments de Karoline von Günderode, ou le bouleversant hommage de Waiblinger à Hölderlin. Un précieux livre de chevet, qui complète bien utilement l'anthologie de La Pléiade. --Scarbo --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.