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Trajectoires de la neutralité
Amiraux Valérie ; Koussens David
PU MONTREAL
31,01 €
Épuisé
EAN :9782760633483
Au cours des débats sur la Charte des valeurs de la laïcité, qui ont animé le Québec d'août 2013 à avril 2014, la neutralité de l'Etat en matière religieuse et les conditions de sa mise en oeuvre ont été âprement discutées. Quels sont les enjeux autour desquels se cristallisent les tensions générées par l'application du principe de neutralité? Que font les Etats laïques en matière de régulation de la diversité religieuse pour établir des régimes de "reconnaissance" implicite? Et comment l'interaction entre acteurs religieux et Etat produit-elle des situations pratiques où ce principe est directement mis à l'épreuve? Ces questions ne se posent pas uniquement au Québec: des discussions similaires ont lieu dans d'autres contextes et appellent une mise en perspective de l'idée du Québec comme " société distincte ". Cet ouvrage donne un aperçu de la variété et de la complexité des trajectoires de la neutralité étatique pluraliste avec des études de cas ancrées dans différents espaces nationaux et des analyses issues des sciences sociales. humaines et juridiques.
Entre 2017 et 2023, une équipe rassemblant chercheurs et étudiants de plusieurs disciplines, artistes multimédia, intervenants sociaux, professionnels de la ville et des adolescents et jeunes adultes de Mexico, Montréal, Paris et Hanoi a réfléchi à la façon dont les jeunes utilisent les espaces publics, physiques et virtuels. Pourquoi ces usages sont-ils souvent jugés transgressifs ? Quelles sont les conséquences de ces pratiques transgressives sur la régulation des espaces publics (physiques et numériques) et la gouvernance urbaine ? TryMontréal (https : //tryspaces. org/montreal/) s'est penché sur les pratiques juvéniles montréalaises, diurnes comme nocturnes, en explorant différents territoires et en prenant soin de s'intéresser à l'anodin plus qu'au spectaculaire. De ces six années d'observation, de conversation et de cocréation ressort une connaissance plus fine de la réalité des pratiques urbaines des jeunes et de leurs besoins, qu'il a parfois été possible de relayer auprès des décideurs comme du grand public.
En Turquie, l'opposition politique à la laïcité dogmatique kémaliste a continûment considéré la référence à l'identité religieuse et à la très forte prégnance sociale de l'Islam comme une ressource fondamentale. Depuis l'arrivée des premiers Gastarbeiter et à mesure de leur installation, l'Allemagne a représenté l'opportunité d'un espace politique moins prohibitif et d'une base sociale de plus de deux millions d'individus à conquérir en termes d'offres sociales, politiques et culturelles. C'est dans l'interaction entre les évolutions de politique intérieure turque et la problématisation politique, juridique, religieuse de l'islam en Allemagne que s'est progressivement mis en place un espace transnational au sein duquel les associations islamo-turques occupent une position centrale en matière de communication comme de mobilisation politiques. La politique d'immigration, l'institution de la nationalité, les dispositifs juridiques, l'approche scientifique et le rapport très particulier entre politique et religieux qui prévalent Outre-Rhin aident à comprendre la réalité complexe de cette dynamique d'interaction entre un espace politique allemand fermé et des lignes de mobilisation proposées par des organisations qui " ramènent au pays ". Partant d'une observation des organisations associatives, l'ouvrage souligne la spécificité des contextes nationaux et des opportunités, avant de la mettre en relation avec les modalités collectives et individuelles de s'engager comme croyant dans une activité militante, associative, voire politique. C'est aussi l'occasion pour l'auteur, à partir d'une approche biographique, de restituer la diversité des profils individuels, féminins et masculins, qui composent les visages changeants de l'islam turc d'Allemagne et, en cela, l'apparentent à ses cousins d'Europe.
En abordant la question de la mémoire, Régine Robin a dressé la carte de ses différentes représentations dans cet essai qui a marqué les études littéraires des années 1990. Mémoire savante, historique ou nationale, mémoire culturelle et collective... C'est cette dernière qui est au coeur du "roman mémoire" étudié dans cet ouvrage, qui montre bien que si le roman est la "mise en forme narrative" du souvenir, la mémoire collective en est le sens. Selon ses propres mots, elle offre un itinéraire intellectuel qui n'entre pas dans les catégories d'usage. "Récit de voyage si l'on veut, voyage intellectuel, spirituel, existentiel, itinéraire qui ne s'arrête pas au découpage convenu des discours."
Les deux livres réunis ici démontrent clairement toute la contemporanéité des écrits de celle qui a contribué à l'implantation du discours féministe au Québec. On n'a qu'à ouvrir le livre au hasard des pages pour constater la pertinence et l'actualité des propos de l'essayiste en un temps où la parole féministe a bien besoin de ses racines. Le prouve aussi cet extrait de la main de l'auteure : "Je suis violente et j'ai horreur de la violence. Horreur des violences qui m'ont été faites et qui sont tapies en moi, couchées là, endormies et prêtes à se relever, à courir comme de grandes folles, irrépressibles, mauvaises comme des eaux déchaînées. Ces violences, je n'ai pu les tuer, on ne tue pas la violence, on ne l'évacue pas, on l'occulte, on la range, mais elle est là, indocile, indomptable."
A force d'entendre dire que les Québécois parlent un français dégénéré, nous avons fini par le croire. Comme nous croyons que le français du XVIIIe siècle était plus pur que celui d'aujourd'hui et qu'on n'a plus d'identité lorsqu'on dit chu au lieu de je suis. Nous sommes aussi convaincus que ceux qui n'utilisent pas de grandes phrases n'ont pas de grandes pensées. Ces croyances et quelques autres sont fermement ancrées dans les esprits et n'ont jamais cessé d'alimenter les débats sur la langue au Québec. Mais sont-elles fondées ? Et sur quoi ? Relèvent-elles des états d'âme ou des états de langue, de l'opinion ou du savoir ? On se pose rarement la question. On devrait. Cela nous permettrait peut-être d'entendre un jour autre chose que le concert des lamentations qu'on nous sert depuis des lustres sur la syntaxe déficiente et la prononciation relâchée des Québécois. Cela nous permettrait d'avoir une vision plus juste, moins réductrice de notre réalité linguistique, et d'échapper enfin tant à la glorification du français parisien qu'à celle du joual.
En littérature comme en politique, quelles sont les conditions d'émergence des discours singuliers ? Sans prétendre épuiser une aussi difficile question, cet essai l'aborde par le biais du récit, posant par hypothèse qu'un récit diffus et structurant parcourt l'ensemble du discours culturel et le contraint. Ce récit commun, Micheline Cambron tente de le retracer, entre 1967 et 1976, avec des textes aussi différents, à première vue, que les chansons de Beau Dommage, les articles de Lysiane Gagnon sur l'enseignement du français, les monologues d'Yvon Deschamps, la pièce Les belles-soeurs de Michel Tremblay, les poèmes de Gaston Miron et L'hiver de force de Réjean Ducharme. Cet essai, qui s'interroge sur le type d'histoire que nous nous racontions en ces années-là, reconstruit avec bonheur tout l'intelligible d'une époque au Québec. S'il s'adresse d'abord au lecteur de littérature québécoise, il se révélera également précieux pour tous ceux qui aiment réfléchir sur la dimension sociale du langage et de la littérature.