Le cinéma traverserait-il une zone de turbulences ? Si le cinéma est représenté depuis ses origines comme un média en perdition, ce numéro de la revue Théorème entend analyser la prégnance, les reconfigurations et les usages de cette métaphore. Dans ce contexte marqué par l'omniprésence, la généralisation ainsi que l'expansion sans fin de "la crise" dans tous les domaines, l'usage courant de ce terme pour désigner la "zone de turbulences" que traverserait le paysage audiovisuel à l'ère numérique, offre l'opportunité d'interroger de façon critique le sens et la portée d'un tel concept au regard de la situation actuelle et des évolutions, bouleversements ou ruptures dont elle est ou serait porteuse - à la veille de la crise sanitaire née en 2020. Au travers d'une démarche pluridisciplinaire, ce projet implique d'examiner la rhétorique de la crise, d'abord liée au devenir du dispositif cinématographique, tout en explorant d'autres "mises en crise" du cinéma, de l'audiovisuel et des nouveaux médias.
Allard Laurence ; Mofy Amanda ; Picon-Lefebvre Vir
En lieu et place d'un immeuble obsolète qui fermait toutes vues, toutes communications, Carpe Diem s'est définie dès la phase de conception comme un projet d'ouverture. Ce choix valorisant et utile à l'environnement immédiat a permis de requalifier l'espace public en pied de tour, de créer des percées visuelles et d'installer des cheminements entre l'esplanade de La Défense et la ville de Courbevoie. La tour Carpe Diem répond à deux certifications ou normes dont les cibles se complètent. Outre la certification HQE® (Haute Qualité Environnementale), le projet de Robert A. M. Stern Architects recherche des niveaux de satisfaction élevés pour les normes américaines LEED® niveau platinum, en particulier au plan énergétique. La tour Carpe Diem a deux visages. Deux façades parallèles en "pointes de diamant" marquent un geste esthétique fort, par le biais des multiples facettes qui réfléchissent la lumière. La reprise du dessin, introduit un même "climat" architectural entre les deux "devants", reliant ainsi la dalle de La Défense à la ville de Courbevoie. Les deux autres façades lisses offrent un visage différent et contribuent à donner une véritable singularité à la tour Carpe Diem. Le contenu présente la genèse de la tour à travers textes de fond et interviews des différents intervenants : les agences, les maîtres d'ouvrage, les entreprises ayant participé à la construction... Les aspects techniques de l'ouvrage, l'avancement du chantier et le résultat architectural de cette entreprise sont rendus grâce à une iconographie en couleur, riche et diversifiée.
Au-delà des polémiques franco-françaises sur les dangers liés au téléphone portable, le mobile est désormais un symbole de globalisation culturelle. A la fois produit de masse et support de personnalisation, il invite à dépasser les discours sur la fracture numérique. Jusqu'à inverser les rapports Nord/Sud dans ce domaine. Car l'avenir de la mythologie du téléphone portable se trouve en Afrique ou en Inde, à Gaza ou en Iran, bref, dans les pays du sud, nouveaux inventeurs de la culture mobile de demain.
Cet ouvrage vise à présenter une voie francophone et originale dans le foisonnement de textes publiés dans le champ des Mobile Studies. Il s'inscrit dans la lignée des travaux menés depuis 2013 par le groupe de recherche Mobile et Création de l'Institut de recherches sur le cinéma et l'audiovisuel (IRCAV) de l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. A partir de plusieurs études de cas, l'ouvrage déplie les relations qui se tissent entre mobiles, esthétique et art. Il est organisé en trois parties. Outils. Quels effets esthétiques produisent les mobiles en dehors des " mondes de l'art " ? Quels sont leurs effets dans le champ de l'art en tant qu'outils de réalisation ? Quels instruments et quels dispositifs sont les plus adaptés pour faire exister des productions artistiques mobiles innovantes ? Espaces. Que font les mobiles à l'art en tant qu'opérateurs facilitant l'accès aux oeuvres telles qu'elles sont données à voir dans les musées et dans les institutions culturelles ? Quelles sont les résistances manifestées par ces espaces ? Comment réagissent les usagers ? Enfin, peut-on parler d'un espace de l'Art mobile ? Processus. Deux grands types de processus sont analysés : ceux qui relèvent du transmédia et ceux visant à transformer les productions vernaculaires en productions artistiques. Diversifiant angles d'approche, méthodes d'analyse et modes d'intervention - personnel, collectif, académique ou technique -, cet ouvrage illustre et spécifie la démarche engagée par l'équipe Mobile et Création.
Popularisées à travers des applications telles qu'Instagram ou TikTok, les pratiques de la food porn - photographies ou vidéographies mobiles de mets culinaires - interrogent les usages numériques des mises en scènes de la vie quotidienne et leur esthétisation à travers des artefacts techniques (filtres, cadrages, métadonnées). Sous l'étiquette #foodporn, le partage de ces images devient une pratique culturelle en tant que telle et ses enjeux articulent des problématiques liées à l'économie du mobile aussi bien qu'aux logiques des plateformes socio-numériques. Face à l'un des hashtags les plus populaires sur les réseaux, ce dossier cherche à analyser les "mobiles" du #foodporn dans toute leur complexité culturelle. En interrogeant sous divers angles les représentations visuelles de la nourriture organisées sur les réseaux sociaux mobiles, il est question de saisir les enjeux à la fois socioesthétiques et socio-politiques qui motivent et participent des pratiques du #foodporn. Les contributions de ce dossier multiplient les approches de la "pornification" du culinaire mis en spectacle sur des applications mobiles : de l'histoire séculaire de " l'iconophagie ", à l'analyse féministe du "regard masculin " (male gaze), en passant par le questionnement des rhétoriques visuelles et des logiques publicitaires du #foodporn. Cette problématique contemporaine dépasse désormais les manières de " gaver d'images " nos smartphones et questionne plus amplement les processus d'exploitation des individus au sein de l'économie de la FoodTech, soulevant ainsi la nécessité de mettre en avant une économie alternative des images de la chaîne alimentaire.
Le numéro 21 de la revue des études théâtrales Registres se compose de deux dossiers. Le premier dossier est consacré à la fiction théâtrale et ses pouvoirs. Il remet en question la place de la fiction, qui revient en force dans la pratique comme dans la théorie du théâtre. Cette réflexion présente une nouvelle théorie de la fiction théâtrale, tant au plan technique que pragmatique. Le second dossier est un hommage à Yves Bonnefoy, écrivain disparu récemment. Il aborde le pan théâtral, encore méconnu, de l'oeuvre de cet immense poète.
Indexée sur l'expérience d'un lieu, l'écriture de Jean Rolin se situe au coeur des renouvellements thématiques et esthétiques de la littérature de ces trente dernières années : à partir d'une immersion dans un espace concret - visite réitérée, incursion, séjour prolongé - elle définit une forme littéraire située au croisement du documentaire et du romanesque, en prise sur les espaces contemporains, tentant d'élaborer les conditions d'un possible témoignage. Selon quelles modalités s'opère la saisie incarnée et située d'un territoire ? Comment l'expérience vécue est-elle recomposée par l'écriture, en marge des catégories génériques du reportage ou du récit de voyage ? Comment s'actualise la situation de l'écrivain dés lors que son rapport au monde prend soin d'écarter toute prétention didactique ? C'est à toutes ces interrogations que ce volume s'efforce de répondre à travers des lectures croisées, qui font dialoguer entre elles les différentes oeuvres de Jean Rotin pour mieux en cerner les constances, les récurrences et les évolutions.
A l'image des cas psychanalytiques de Freud, les romans de May Sinclair sont des objets déconcertants placés sous le signe du singulier, du particulier et de l'inattendu. Souvent qualifiés de textes hybrides qui se tiendraient à mi-chemin entre les écritures victoriennes et modernistes, ils offrent un contrepoint intéressant aux modèles woolfiens de représentation du féminin en accordant une importance toute particulière aux discours théoriques. Esprit curieux au parcours atypique, Sinclair est en effet aussi une essayiste prolifique, dont les nombreuses publications sur le vote féminin et la condition des femmes, les articles de psychologie et de psychanalyse, les critiques littéraires et les essais philosophiques sont en dialogue constant avec les romans. Ceux-ci ne sont jamais pour autant des romans à thèses : bien au contraire, la prose sinclairienne s'attache systématiquement à remettre en question le cadre de référence, à prolonger le questionnement ou à affiner l'analyse. Explorant la complexité des épistémologies modernistes, cet ouvrage se penche ainsi sur l'influence de la pensée par cas sur la fiction sinclairienne, qui oscille entre l'énigme, le modèle, l'abstrait et l'inconnu.
La théorisation actuelle du personnage de fiction demeure tributaire, pour l'essentiel, de présupposés structuralistes qui ont conduit à le concevoir comme un être de papier et d'action, et comme partie d'un système. Assurément opératoire sur un vaste corpus, cette manière de penser le personnage n'en est pas moins débordée par les usages fictionnels contemporains, qui ambitionnent de documenter le fait humain tous azimuts. Dès lors, un geste d'ouverture et d'ajustement théoriques s'impose pour saisir ces nouveaux usages et leurs implications. Les études réunies dans le présent ouvrage participent ainsi de trois perspectives : poétique, pragmatique et culturelle. Attentives à leurs objets propres comme aux enjeux conceptuels qui les traversent, elles donnent à voir la singularité des nouveaux possibles des oeuvres (littéraires, cinématographiques ou numériques), et contribuent à la nécessaire historicisation des théories du personnage.