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L'homme au tablier. Le jeu des contraires dans les films de Ford
Agnel Aimé
PART COMMUNE
15,00 €
Épuisé
EAN :9782844180322
Pour John Ford, comme pour les anciens Grecs, la réalité est double. Il s'agit moins, comme il est souvent dit, d'une ambiguïté qui lui serait propre que d'une vision complexe (non unifiée, non simplifiée) des êtres et du monde. La polarité contraire qui souvent nous dérange et que nous dévalorisons, rejetons, refoulons. Ford en tient compte. Elle l'intéresse. Il accepte donc et favorise sa mise en tension avec la valeur reconnue, convenue. allant de soi. L'avocat Ransom Stoddard (James Stewart, dans L'Homme qui tua Liberty Valance) figure cette complexité fordienne. Le tablier qu'il porte, qui fait de lui une " servante ", symbolise les valeurs paradoxales pour lesquelles il combat. Mais son courage n'est plus celui du cow-boy Tom Doniphon (John Wayne). Ce n'est pas un dépassement viril de la peur, ni la jouissance d'une rivalité bien tenue : c'est un courage éthique qui peut aller jusqu'au sacrifice et qui trouve son fondement dans la part la plus féminine et la plus obscure de son être.
Mona a vingt ans. Depuis dix ans, son père est atteint d'une terrible - et incroyable - maladie. Laquelle? Nul ne le sait. Dès les premiers symptômes, il est devenu gris. Et la maison familiale, elle aussi, a perdu ses couleurs. Une vie en noir et blanc, s'agit-il d'une dépression? Étrange. Comme la relation compulsive, poétique, et totalement irrationnelle, que Mona entretient avec les nombres.Outre sa croyance dans les pouvoirs de la pensée - ainsi, elle est certaine que penser à la mort de quelqu'un suffit à la provoquer -, Mona présente un singulier trait de caractère dès qu'elle possède un talent (courir, jouer d'un instrument, faire l'amour), il lui faut absolument y mettre fin. Car Mona est avant tout ennemie du désordre. Et les mathématiques austères sont un monde imaginaire où il fait bon se réfugier lorsque le chaos menace.
C'est dans le temps de son auto-analyse, de 1913 à 1917, après la rupture avec Freud et la profonde régression qu'elle déclencha, que Jung fit l'expérience d'un autre centre de la personnalité que le moi, d'un centre virtuel, dont il conclura, de nombreuses années plus tard, qu'il agit comme un organisateur inconscient. Ce fut avant tout une expérience, et non une idée qui découlerait d'une réflexion théorique ou d'une pensée déductive : un fait psychique récurrent, s'imposant à l'esprit malgré sa radicale nouveauté impliquant l'existence d'un inconscient impersonnel qui n'est donc plus celui dont Freud a fait la théorie. Ainsi faut-il attendre la publication des Types psychologiques, en 1921, pour que le soi soit nommé et sommairement décrit dans sa relation au moi ("le soi est beaucoup plus vaste que le moi ; il comprend aussi l'inconscient tandis que le moi est surtout le point central de la conscience"). Par cette découverte empirique, la complexité est acceptée pour elle-même sans avoir à la réduire, comme l'a fait dans ses débuts la psychanalyse, au point de vue souvent unilatéral du moi. C'est l'homme total, conscient et inconscient, corps et esprit, qui reçoit cette expérience. Le moi gagne toujours à s'ouvrir aux mouvements souterrains du soi, ses cheminements aléatoires que l'on peut suivre à travers les rêves et qui l'engagent dans d'heureuses bifurcations, mais il demeure celui par qui, dans les limites humaines de l'espace et du temps, le réel nous parvient. C'est lui seul, comme le remarque Jung à la fin de sa vie, qui peut donner "une voix et un nom au monde et à lui-même" .
Pour Jung, la réalité psychique est plurielle, ambiguë, kaléidoscopique. L'objet qu'il étudie - l'âme - est un objet complexe, paradoxal (contenant les contraires), individuel mais aussi collectif. Lire Jung aujourd'hui, découvrir certains aspects de sa modernité, ce serait donc reconnaître l'existence d'une complexité psychique, d'un " bruit " de l'âme, irréductible aux systèmes, mais qui demande à être circonscrit, interprété au moyen de ce langage à double sens, utilisant " tous les tons de la gamme, du plus haut au plus bas " et donnant, justement parce qu'il n'est pas univoque, " une image plus complète de la réalité ". Cette résonance de toutes les harmoniques implique la réunion et l'échange de plusieurs points de vue, l'apport, la confrontation de différentes disciplines. C'est cet esprit qui a animé, pendant plusieurs années, les six auteurs, psychanalystes et philosophes, de ce " vocabulaire de Jung ".
Publiés respectivement en 1917 et 1919, ces deux articles, qui sont à l'origine des commandes, célèbrent deux auteurs américains dont on commémore les centenaires respectifs. S'ils font aujourd'hui figures de classiques, il n'en était pas de même un siècle plus tôt. Et c'est là que la sagacité de Virginia Woolf montre toute son ampleur et sa justesse. Critique subtile, pénétrante, percutante, elle sait saisir le sens d'une oeuvre, ses fondations comme ses ramifications. Sa grande finesse psychologique, son érudition et sa recherche formelle, qui font d'elle l'une des plus grands écrivains de langue anglaise, sont ici au service de deux auteurs, deux oeuvres, dont les préoccupations peuvent, au prime abord, paraître éloignées des siennes, mais qui la rejoignent dans la revendication d'une liberté, d'une libération conquise de haute main.
C'est Sous-Offs, paru en 1889, qui a fait connaître Lucien Descaves : un scandale a éclaté à la parution de ce roman franchement antimilitariste, qui a valu au jeune auteur et à son éditeur un procès retentissant pour injures contre l'armée. Descaves y dresse le portrait satirique et sans concession de la vie d'une caserne à Dieppe. Une galerie de sous-officiers s'offre à nous, médiocres, souvent ridicules, donnant de l'univers militaire une image à la fois dérisoire et étriquée. Par son naturalisme - qui n'exclut pas une écriture artiste - ce roman nous plonge, grâce à l'évidente jubilation de son auteur, dans un certain pan de la société française de cette fin de XlXème siècle. Proche de certaines idées qu'on qualifierait aujourd'hui de libertaires, Lucien Descaves, par la généreuse virulence de sa plume, devrait trouver aujourd'hui un écho chez nos contemporains.
De leur rencontre en 1846 dans l'atelier du sculpteur James Pradier, jusqu'à leur rupture violente en 1854, Gustave Flaubert et Louise Colet échangèrent d'innombrables lettres. Quoi que l'une des plus belles correspondances amoureuses de la littérature, cet ensemble n'a inexplicablement jamais fait l'objet d'une publication isolée. Ces lettres accompagnent par ailleurs la germination de Madame Bovary. Flaubert, qui est encore un tout jeune homme de 25 ans quand il rencontre la belle et brillante Louise Colet, d'une dizaine d'années son aînée, y apparaît tour à tour tendre, malicieux, tourmenté par les " affres de la création " ou savoureusement paillard. Lire ces lettres, c'est découvrir la vraie nature humaine et littéraire de Flaubert, l'extraordinaire liberté de son génie et son tempérament passionné. C'est surtout s'initier à ce qui constitue sans doute l'un de ses chefs-d'?uvre : sa correspondance !
Panaït Istrati (1884-1935) est un écrivain roumain d'expression française, fils d'un haïdouk, qui, sur les conseils de Romain Rolland, s'est mis à écrire une oeuvre unique, foisonnante, exaltant la vie, la fraternité, la simplicité. Citoyen du monde, homme libre, chantre d'une langue pure et gorgée de sève, avec Pour avoir aimé la terre - que suit une courte autobiographie - il compose une ode à la liberté et aux hommes, aux espérances qu'ils portent et qui les portent, et livre son testament spirituel. Ecrit peu avant sa mort, ce texte lumineux, vibrant est avant tout un acte de résistance d'un homme généreux contre les tyrannies de tout ordre.